Chapitre 63 Marguerite veut rentrer au Grand-Bail
Vers le commencement des vendanges, Jeanne était seule à la maison avec la maîtresse, qui ne quittait plus guère le lit depuis que les chaleurs étaient passées. Elle vit entrer Marguerite, l’ancienne bergère ; elle était si changée que Jeanne eut de la peine à la reconnaître.
« Tiens ! te voilà ici, toi ! lui dit-elle.
— Mon Dieu, oui, ma Jeanne, et je suis bien dans la peine.
— Est-ce que tu n’es plus en place ?
— Non ; j’ai eu la fièvre à la fin de la moisson, et ceux de la Périnnerie, où j’étais, m’ont renvoyée. Je me suis retirée dans le bourg, chez la mère Feuillet ; la pauvre femme m’a bien soignée, mais le peu d’argent que j’avais y a passé, et il m’a fallu vendre ma robe de cotonnade violette et mon tablier noir. Si je ne trouve pas une place tout de suite, je serai obligée d’aller demander mon pain.
— Eh bien ! Marguerite, je te l’avais bien dit !
— Ah oui ! tu avais bien raison ! j’y ai souvent songé, pendant que j’étais au lit avec la fièvre et que je voyais mon pauvre argent s’en aller. »
La maîtresse, qui ne dormait pas, écarta son rideau et dit durement à Marguerite :
« Que viens-tu faire ici, toi ?
— Maîtresse, si vous vouliez me reprendre, vous me feriez une grande charité.
— Tu sais bien ce que le maître t’a dit ; tu le connais, il ne revient jamais sur sa parole. »
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