V
LE NORD DU MASSIF DE MACTAR[129]
Le massif de Mactar est un de ces pâtés qui jalonnent la chaîne atlanto- apennine et dont le massif de Thala et l’Aurès sont aussi des types. Toute une suite de plis s’y anastomosent. L’ensemble affecte sensiblement la forme d’une immense assiette renversée avec une dépression médiane entourée d’un cercle de hauteurs.
Le rebord du Nord-Ouest est la Hamadat des Ouled-Ayar. Deux divisions s’y observent : le plateau, la montagne. Le plateau est une terre sénonienne doucement ondulée où le seul accident remarquable est une série de bosses (Djebel-Zellès 1.020m, Djebel-Zlam 1.022m) dues à des bombements partiels. Entre eux et le Haraza, la vallée large de l’Oued- Aïn-Dougga est la tête de l’Oued-Sguiffa. Ce plateau est pauvre et n’a que peu de sources. La forêt en occupe une portion notable. Vers le Sers, les 450 habitants du groupe d’Ellès (710m) cultivent 10.000 oliviers.
Au Sud du plateau, l’anticlinal du Haraza détermine une véritable chaîne qui comprend un Dyr, cinq Kalaats et trois Kefs (voir planche D) ayant de 1.117 à 1.293m. Des pluies plus abondantes qu’à Mactar y engendrent plusieurs belles sources : Seddine, Souk-el-Djemaâ, Sidi-Rached, Bez, Magraoua. Si la forêt forme entre l’Oued-el-Hammam et les Kalaats-el- Harat et Es-Souk un boisement non contigu à celui du plateau, les vallées sont le siège des principaux assemblages de population. A l’Oued-Ramel ont leur centre les Ouled-Njim, à la Medjet-el-Laboua les gens d’El-Harat (1.200 oliviers), tandis que les vallées des oueds El- Hammam et Mechref constituent le cheikhat de Bez (8.000 oliviers). Ce dernier a cinq villages dont Mechref, Haouchsfaiat, Kelbine, Chouarbïa, embrassant en tout 70 maisons, sont ensemble, tandis qu’un peu plus loin, les dix maisons de Magraoua gardent l’entrée d’un défilé pittoresque par où l’Oued-El-Mechref gagne le Sers.
Moins imposante est la Hamadat des Ouled-Aoun[130] séparée de celle des Ouled-Ayar par un abaissement de relief appelé le Khalsa (la fin) par où se hisse péniblement la route du Kef à Kairouan par Mactar. La Hamadat des Ouled-Aoun comprend trois parties. Au Sud-Est, l’éocène moyen du plateau de Mactar se continue au delà de l’Oued-Haroun par des terrains mollement étalés, fertiles, assez arrosés par les pluies et non dépourvus de sources (Merjet-Mqaddem, Argoub-Ed-Debra). Autour de ces terres de labour, les calcaires nummulitiques décrivent, de Médoudja jusqu’à l’Ouest de Ksour-Abd-el-Melek, une espèce d’hémicycle presque ininterrompu : Kef-Tassila (1.016m), Kef-Mnara (1.019m). A la ligne de contact des deux terrains, il y a des sources comme l’Aïn-Médoudja, l’Aïn-Gasbat et l’Aïn-Zouza. Le reste de la Hamadat, sénonien et quasi stérile, descend vers la plaine de Siliana et vers le Massouge par une série de monticules étagés parmi lesquels se dressent encore divers kefs nummulitiques comme le Kef-Snoubrine (1.032m). Quant à la corne orientale de la Hamadat, elle est noircie de boisements de pins d’Alep qui sont sur la rive gauche de l’Oued-Ousafa les postes avancés de la forêt de la Kessera.
En contrebas des deux Hamadats, le synclinal Mided-Ousafa offre successivement le Djouf de Mided, le plateau de Mactar et la vallée de l’Ousafa, reliant ainsi à travers le massif les plaines de Rohia et de Siliana.
Encastré entre le Skarna et le Kef-Bdiri où cesse la chaîne des Kalaats, ce Djouf est gréseux et marneux. De là on monte au plateau de Mactar soit par l’Oued-El-Aoud, soit par le défilé de Seddine, entre le Kef du même nom (1.129m) et le Kef-Ouled-Salah (1.250m), étroit khanguet où se risque la voie réunissant Mactar à la route du Ksour à Sbiba. Le plateau de Mactar, à peu près entièrement composé de marnes de l’éocène moyen, coïncide avec la concavité de l’assiette, laquelle s’abaisse vers l’Oued-Ousafa entre 1.000 et 800m d’altitude. On y aperçoit une Garaat dite des Ouled-Khezem. Riches en sources dont les plus belles sont celles de Mactar, les vallons sont largement ondulés en amont et répondent à des sraouate d’excellente qualité (Oued-Ramel, Hadra des Msahla). Le plateau de Mactar est la meilleure partie de tout le massif et comme de plus il se carre au milieu, il n’y a pas à s’étonner qu’on ait placé là en 1887, près des ruines de l’ancienne Mactari, à 924m d’altitude, la capitale de la circonscription administrative la plus centrale de la Tunisie, à peu près à la limite des Ouled-Ayar-Dahara et des Ouled-Ayar-Guebala, et à quelques kilomètres à peine des premiers Ouled-Aoun. De là on gagne la plaine de Siliana en suivant l’Oued-Ousafa qui scinde le plateau de Mactar (sra avec céréales) de la forêt de la Kessera (pins d’Alep sur sol rocheux). Autour de la zaouia de Ksour-Abd- El-Melek (653m), la rivière s’accompagne de bonnes terres, de jardins et d’un demi-millier d’oliviers. Puis, elle prend un caractère alpestre entre la Hamadat des Ouled-Aoun et la forêt de la Kessera. Elle est bordée alors d’environ 4.000 oliviers, la plupart à l’état sauvage.
Hamadat des Ouled-Ayar, Hamadat des Ouled-Aoun et dépression médiane sont une bande de Friguia. Les terres de culture et les sources y sont assez répandues et l’élevage des bovins est en honneur. Mais dès qu’on franchit l’Oued-Ousafa, les facultés du pays empirent notablement. On n’est pas encore dans la Steppe, mais déjà on peut la pressentir.
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[Note 109 : (Les plaines d’Ajjer). Ce nom rend certaine l’identification d’Henchir-Sidi-Amara, situé presque au débouché du Foum-Zelga, avec l’ancienne station d’Aggar. Voir notre « Note sur la position de la ville d’Aggar ou Agger ».]
[Note 110 : « Les plaines de l’armoise. » La leçon « Bahir-Ech-Cheikh » de la Mechra-El-Melki est à écarter.]
[Note 111 : G. TEMPLE, Op. cit., II, p. 82, a très bien décrit ce Frech.]
[Note 112 : « L’endroit au bouc » et aussi « l’endroit à l’engoulevent ». L’Aïn-Mzetta a été captée pour Tunis tout récemment.]
[Note 113 : Les indigènes ont de la peine eux-mêmes à se reconnaître dans ces âpres solitudes. GUÉRIN (Op. cit., II, p. 352-353) relate que son guide, pris à la décherat Bent-Saïdane, faillit l’égarer entre ce hameau et Oum-el-Abouab, et pareille aventure manqua nous arriver sous la conduite d’un habitant de Boutis, entre Boutis et Aïn-Zress.]
[Note 114 : Afrit signifie « serpent, génie » en langue arabe et « grotte » en berbère. La carte au 1/200.000e appelle Foum-El-Afrit le col du Sud. C’est la version des Zlass. D’après les Ouled-Ayar, le Foum- El-Afrit serait le col du Nord.]
[Note 115 : Aggar veut dire en berbère « halte, station ».]
[Note 116 : Lorsque fut étudié le programme des chemins de fer dans l’Est de la Régence, on songea un moment à un tracé Tunis-Fahs-col de Loukanda-Kairouan. On lira dans Les Procès-verbaux de la Conf. Cons. de 1891-1893 les raisons invoquées pour et contre.]
[Note 117 : Par exemple, EL-KAIROUANI, Op. cit., p. 428, 429, 433, 451.]
[Note 118 : Mechra-El-Melki, p. 152 et 154.]
[Note 119 : « Ech-Chehid » (le martyr, le combattant pour la foi), et non pas « Ech-Cheïd ».]
[Note 120 : La piste aménagée après 1881 par le Génie pour relier Téboursouk à Béja décrit des courbes rapides dans les gorges du Djebel- Guerouaou et la route récente de Téboursouk à Sidi-Zehili dégringole véritablement du Nord du Goraa sur Thibar. Avant le chemin de fer de la Medjerda (1879) la piste muletière la plus fréquentée était non pas perpendiculaire, mais parallèle à ce fleuve. Véritable pendant de la route Souk-el-Khemis-Béja, la voie Souk-el-Khemis-Testour contournait le Goraa au Sud et par des vallées orientées Sud-Ouest-Nord-Est (Oued- Faouar ou Oued-Nemcha et Oued-Ermoucha) parvenait sans effort à la dernière section de la vallée du Khalled.]
[Note 121 : Marqué comme cénomanien ou pliocène sur la carte d’AUBERT.
Au point de vue tectonique, la région est encadrée par deux axes aptiens qui sont vers la Medjerda celui du Mergueb et vers le Khalled et le Krib celui du Djebel-Hamed-ben-Khalifa où perce du trias pétrolifère. Le premier est bordé, du côté de la plaine de la Dakhlat, par une bande triasique. Le synclinal éocène du Goraa s’évase entre elle et un anticlinal sénonien démantelé dont l’Oued-Nemcha occupe le milieu. A l’Est, le synclinal de l’Oued-Faouar-Ermoucha dépend du second anticlinal aptien qui penche vers lui les épaulements éocènes du Bou- Debbous et du Chlegoua. La continuation du Djebel-Hamed-ben-Khalifa se retrouve au Sud-Ouest, dans le demi-dôme aptien du Djebaïl-Djouaouda, intimément uni à celui du Mergueb (748m) et où le trias émergeant vers l’Est a légèrement couché le pli au Fedj-el-Adhoum. L’éocène nummulitique s’y voit sous le sénonien.]
[Note 122 : C’est ce dont témoignent les noms de Thim. Bure (Kouch- Batia), Thibursicum Bure (Téboursouk), Thigibba Bure (Djebba). Ainsi dit-on chez nous : Chailly-en-Brie, etc.]
[Note 123 : Biadha (بياضة). Biadh signifie la blancheur, l’état d’une terre qui est nue.]
[Note 124 : Mida signifie « table » en arabe. Les Ouargha prononcent meida.]
[Note 125 : C’est ce que PERVINQUIÈRE, Op. cit., p. 284 a appelé synclinal du Kel-Argueb.]
[Note 126 : Mahibs signifie « vase, bassin, vallée large ».]
[Note 127 : La carte au 1/100.000e a omis le nom d’Abida que PERVINQUIÈRE ne distingue pas du Haodh.]
[Note 128 : Deux autres plaines cul de sac portent non loin de là le même nom, à l’Est de Morsott, entre ce centre et la frontière tunisienne.]
[Note 129 : Nous avons fait de larges emprunts à notre monographie du massif de Mactar, parue en 1901.]
[Note 130 : Dans toute la région, lorsque l’on parle de la Hamadat tout court, c’est de la Hamadat des Ouled-Ayar qu’il s’agit.]