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CHAPITRE SIXIÈME - I

=Le Régime des Eaux=

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LES EAUX SOUTERRAINES

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1o =Le réseau intérieur=

L’eau tombée du ciel s’enfonce en partie dans les terrains perméables sous lesquels on la retrouve grâce à des excavations verticales ou horizontales. Rhar désigne toute espèce de caverne. C’est le nom d’un des villages du Bargou. Djorf est une falaise ou un simple abri sous roche. Ce dernier s’appelle aussi rhorf. La grotte horizontale porte le nom de damous qui vient du latin domus. C’est le souterrain où, à la rigueur, on pourrait habiter. Chgueg est une fente dans un rocher ou les fissures des terres argileuses. Il en est d’énormes, comme celle qu’on voit au Kef-Dougga, en arrière de la falaise orientale. Hofra et zoubia sont des trous verticaux. Le premier a un sens général qui va parfois jusqu’à correspondre simplement à « dépression », le second est l’équivalent du terme français aven (comparer avec le sicilien zubbi). Tous deux étaient appliqués jadis aux fosses à capturer les fauves.

Comme en Europe, des légendes s’attachent à certaines cavernes avec intervention de saints, existence de trésors cachés, etc. En haut du Djebel-Bellota, un damous percerait la montagne de part en part et Si Abd el Melek aurait passé par là d’un versant à l’autre. Perpendiculairement au Foum-Zelga, le Serdj est coupé de deux ravins dont l’un prend naissance à l’Aïn-ed-Deheb (la Source de l’Or) qui s’échappe d’une anfractuosité où des richesses de pacha seraient dissimulées[162]. Près de la source sont deux galeries où brille de la calamine rose. On raconte qu’au bout d’une d’entre elles un escalier plonge sous terre. Un pâtre s’y serait aventuré sur une soixantaine de marches, puis, effaré de voir que les degrés ne s’arrêtaient pas, il aurait eu peur et aurait rebroussé chemin. L’endroit précis où commence cet escalier est aujourd’hui inconnu. De même, on ignore où se cache exactement le fameux Damous-es-Siouf (Caverne des Sabres) du Slata. Mais, ce que l’on sait bien, c’est que les sabres demeurent invisibles et qu’on peut se promener librement dans le damous et en ressortir indemne, à condition de s’abstenir de profaner le trésor. Qui ose ramasser la moindre monnaie est, en revanche, irrémédiablement condamné à périr au moment de reparaître à l’air. Pour triompher de la vigilance des inflexibles gardiens d’acier, quelqu’un s’avisa d’un stratagème. Suivi d’un chien préalablement dressé, il s’introduisit dans la grotte avec une charge de pains. Ayant bourré ceux-ci de dinars, il les déposa sur le sol, puis il quitta la caverne. Une fois dehors, il siffla l’animal qui saisit une des galettes et s’élança. Mais à l’instant, les lames mystérieuses s’abattirent sur le quadrupède et lui tranchèrent la tête. A propos de la source du Kef, le Kitab-el-Istibçar[163] narre que sous la montagne il y a un souterrain où seraient renfermées de grandes richesses et où peut passer un cavalier armé de lance sans toucher la voûte.

On admet généralement que la majorité des avens est due à l’action chimique des pluies. Ces eaux météoriques en s’accumulant dans les déclivités dissolvent lentement les calcaires et les emportent vers le bas avec elles en ne laissant qu’un simple résidu d’argile. Mais l’inspection des plateformes éocènes incite à croire que quelques avens au moins doivent résulter de l’élargissement de fentes analogues à celles qu’on aperçoit de nos jours. Les grottes horizontales ont une origine différente. On ne peut les expliquer que par l’infiltration lente des eaux entre les joints de deux strates. La cavité ainsi créée s’est peu à peu accrue dans la suite tant par érosion que par corrosion. Zoubias et damous constituent dans leur ensemble une sorte de Tunisie souterraine dont l’étude ne manquerait pas d’intérêt.

Des archéologues ont fouillé certaines grottes, mais plutôt pour y quérir des tombeaux inviolés ou des gravures rupestres. Au Nord du Djebel-ech-Chehid, j’ai visité le Rhar-Korid, auprès de la decherat Chetlou. Au Koudiat-Sariat-el-Abida, une grotte à plusieurs étages possède de multiples ramifications. Au Goraa, le Dr Carton a pénétré dans une caverne un peu à l’Est de Djebba[164]. Le plus bel ensemble spéléologique nous est offert par le Djebel-Serdj. Un Marocain plus ou moins sorcier, il y a quelques années, entraîna avec lui des gens de Touama et d’Agraïne à la recherche du trésor de l’Aïn-ed-Deheb. La bande s’aventura dans la caverne de la source et s’avança jusqu’à avoir de l’eau au menton. Elle dut alors rebrousser chemin. Entrée au lever du soleil, elle revit le ciel vers midi, après une marche relativement facile de six heures. A Agraïne même, une galerie de la mine aboutit à une immense grotte, orientée Nord-Sud, haute parfois de 30 à 40 m. et large sur certains points de 200. Elle a été explorée sur 800 m. de long et elle est parée de magnifiques stalactites et stalagmites[165]. Enfin, sur la crête du Serdj se creuse, au-dessus de Zeriba, au Dyr-bou-Mraou, la Zoubiat-el-Gourna. Une autre zoubia existerait au Kef-el-Ahmar, entre Zeriba et Sidi-Hamada. L’une est probablement en communication avec la galerie de l’Aïn-ed-Deheb, la seconde avec la grotte d’Agraïne[166].

La faune de ces cavernes n’a guère jusqu’ici été l’objet d’investigations. Citons seulement comme insecte le loemostenus recticollis, coléoptère assez rare, d’un beau noir bleu, qui se tient dans les lieux sombres et humides. (Char, Hamadat de la Kessera, etc.) Beaucoup de grottes sont infestées de namous (moucherons). D’autres sont littéralement encombrées d’excréments de chauve-souris. Des galeries de l’Aïn-ed-Deheb on aurait extrait, en 1901, plus de mille sacs de guano. Sur les rives de l’Oued-Zarour, près d’Ellès, de vastes grottes recèlent des pigeons et d’autres oiseaux. Tel damous accueille en hiver des indigènes pauvres et justifie ainsi périodiquement son étymologie latine. D’autres servent de silos, de cachette de contrebandiers, etc.

La plupart des grottes, reliées à un dédale de salles et de couloirs, ouvrent l’accès à des réservoirs internes. Sur la Hamadat de la Kessera, il y a, m’a-t-on assuré, à l’Ouest de la Garaat, dans la brousse de chênes-verts, deux fentes, l’une plus petite, l’autre longue de 200 m. sur 4 de largeur, et au fond desquelles on verrait par intervalles luire de l’eau. Ce serait là un regard sur le réseau dissimulé sous l’aire nummulitique. Le jeu hydraulique des grandes esplanades rocheuses est particulièrement net dans les hauts synclinaux éocènes qui, avec leur surface en cuvette et leurs séries de dyrs, offrent les meilleures conditions à l’absorption de la pluie et à la distribution des ressources emmagasinées. La plus considérable de ces tables, la Hamadat de la Kessera est aussi celle qui fournit à cet égard l’ensemble le plus complet, puisqu’il y a un double système hydraulique superficiel et intérieur. Nous allons le décrire tel qu’il s’est manifesté en novembre 1900 où d’énormes abats d’eau l’ont fait fonctionner dans toute son ampleur.

Au Dyr du Kef, à la Guessaa des Beni-Rezg, etc., la pluie qui ne s’infiltre pas dans le sol est évacuée par des ravins. A la Hamadat de la Kessera, au contraire, une bonne partie de cette eau s’arrête dans une garaat. On se souvient de cette vaste table, aux carreaux inégaux et disjoints, bornée par une suite de dyrs et de kalaats et qui couronne la forêt de la Kessera comme une immense forteresse naturelle (voir carte no 7). Légèrement penchée vers la Kessera, elle présente vers son milieu une rainure débutant par une sorte de cirque où loge une garaat. Au débouché de celle-ci, vers l’Ouest, le plateau nous montre le trou béant de l’Aïn-Djebara, qui est tantôt une zoubia et tantôt une source bouillonnante. Cette dernière qualité ne se révèle que sous l’effet de formidables averses. L’Aïn-Djebara vomit alors, durant plusieurs jours, un véritable ruisseau qui file par le sillon central jusqu’au village de la Kessera où il se précipite en cascade du haut de la falaise, juste au-dessus de la source principale, l’Aïn-Sultane. La cascade peut d’ailleurs résulter simplement de l’écoulement des eaux tombées sur la Hamadat, mais alors elle meurt après quelques heures.

[Illustration : Carte 7. — LA HAMADAT DE LA KESSERA]

Le système hydraulique interne n’est pas moins digne d’être exposé. La Hamadat renferme dans son sein une série de réservoirs reliés entre eux et où les eaux absorbées par la plateforme supérieure se réunissent soit par les fentes des calcaires, soit graduellement, par infiltration. La garaat, quand elle a été remplie, est d’un précieux secours pour l’entretien des approvisionnements liquides sous jacents. En temps ordinaire, le bassin intérieur décharge son trop plein par les nombreuses sources, une vingtaine au moins, qui jaillissent du pied des dyrs. Mais lorsque le niveau gonfle, non seulement le débit des sources augmente, si bien que la principale d’entre elles, l’Aïn-Soultane, émet une rivière qui inonde le village de la Kessera, mais encore de nouveaux déversoirs jouent à leur tour. Des damous situés à mi-côte et habituellement paisibles retentissent du bruit de l’eau. On a constaté qu’un filet liquide s’échappe des grottes sises au-dessus d’Aïn-es-Sènia et d’Aïn-es-Souk lorsque la garaat est un étang. Les vieillards m’ont affirmé que la garaat était percée jadis d’un débouché visible, un katavothre, par où elle se vidait dans l’oued qui va vers Mansoura. Mais cet entonnoir s’est comblé depuis et l’on ignore son emplacement exact. Enfin, quand la Hamadat n’est plus qu’une immense éponge imbibée et suintante, quand toutes les excavations sont tellement gorgées que les exutoires latéraux normaux et occasionnels ne suffisent plus, l’eau qui remonte a besoin d’autres issues et c’est alors que l’Aïn-Djebara entre en lice. Dans une certaine mesure, cette garaat est donc comparable au lac de Zirknitz (Carniole autrichienne)[167].

Tous ces phénomènes, dont la coexistence fait de la Kessera un type hydrologique des plus remarquables, se retrouvent plus ou moins dissociés dans d’autres régions calcaires du Haut-Tell tunisien. Le Goraa n’a pas de garaat, mais là aussi, à la suite de pluies abondantes, les damous des falaises, silencieux d’ordinaire, résonnent de la rumeur argentine de l’eau, là également des cascades tombent parfois de la plateforme dans le ravin de Djebba ou vers Nemcha. A Chetlou, les indigènes disent que l’Aïn-Younès, l’Aïn-Chetlou et l’Aïn-Knana sont dans la dépendance de la nappe du Rhar-Korid.

2o =Les sources=

Les eaux souterraines reviennent à l’air libre par des sources (aïn, pl. aïoun) dont les unes bouillonnent en faouar, tandis que certaines sont de simples suintements de rochers (guetlar, de gotra, goutte). Parfois, la source est qualifiée de ras el ma (tête de l’eau), ou encore, si elle est faible, d’el meiou (la petite eau). Fréquentes sur les montagnes de la Friguia et sur les sraouate, les sources sont ailleurs fortement espacées, ce qui est en relation avec la dose des précipitations. Leur apport est extrêmement fantasque. L’écoulement maximum correspond aux crues souterraines provoquées par les pluies hivernales, le débit minimum aux maigres engendrées par les sécheresses de l’été. Entre les deux, la différence est souvent énorme. Sur le sra de Téboursouk, l’Aïn-Zitouna, capable de dégorger jusqu’à 300 m. c. par jour, s’est abaissée jusqu’à 7 m. c. durant l’été de 1903. A la Kessera, l’Aïn-Soultane est très changeante alors qu’au-dessous d’elle l’Aïn-Meklaoui, qui communique avec des réserves plus profondes et par suite plus constantes, jouit d’un régime quasi permanent de 5 litres à la seconde. Voici, à titre d’indication, comment se comportent les principales sources du Haut-Tell :

NOM DES SOURCES DÉBIT A LA SECONDE EN LITRES --- / \ Maximum Minimum Moyen

Aïn-bou-Saadia du Bargou 500 23 »

Aïn-Djouggar 104 29 »

Sources de Thibar » » 15

Source de Téboursouk » » 6

Sources de Djebba 160 34 »

Source du Kef » » 22

Source du Dyr du Kef » » 5

Source de Nebeur » » 14

Sources de Medeïna » » 90

Sources du Ksour 8 6 »

Source de Mactar » » 17

Source d’Ellès » » 6

Aïn-Soultane (Kessera) 150 5 15

Sources de Thala » » 13

Sources de l’Oued-Sbiba » » 33

Dans les calcaires, les pluies n’ont d’ordinaire qu’une vingtaine de mètres à descendre pour rencontrer un plancher de marnes qui les oblige à émerger. Au Bargou ou au Serdj on mesure plusieurs centaines de mètres entre le sommet de la montagne et les sources, mais ils sont rachetés par les avens. Il en résulte que les précipitations ont une répercussion immédiate sur le débit des sources. En été, la phase sèche amène l’arrêt complet de plusieurs points d’eau. Certains épanchements sont éphémères. Tantôt, c’est un puits qui, sous un afflux extraordinaire d’eau souterraine, montera jusqu’à déborder. Sous le village de Mansoura, le Bir-bou-Chekoua devient en hiver un faouar. A 3 km, à l’Ouest de Mactar, un trou de 3 m. de diamètre, appelé Faouar-Ouled-Ali, se creuse à la façon d’un aven dans les calcaires du thalweg. Absolument vide la plupart du temps comme l’Aïn-Djebara, il s’emplit pendant les périodes pluvieuses et il vomit même un ruisseau temporaire. Autour de Dougga, au défilé de Seddine, dans l’Oued-Fernane du Serdj, de nombreux petits filets d’eau s’aperçoivent exclusivement dans les années pluvieuses ou très neigeuses.

Ces changements de puits en aïn, ces jaillissements occasionnels sont- ils moins fréquents que jadis ? En tout cas, on constate soit des diminutions, soit des disparitions de sources depuis l’antiquité. Certes, la baisse du débit romain doit souvent être attribuée à l’encombrement des orifices ou à des fentes, et parfois il a suffi de remédier à ces inconvénients pour voir le volume d’eau grossir jusqu’à égaler probablement son quantum ancien. Mais ailleurs un résultat opposé a été obtenu à cause de l’incompétence des personnes chargées de ce soin. Si quelques sources, comme celle de Mactar, ont résisté aux assauts répétés que leur ont livré des mains inexpertes, d’autres plus délicates ont été gravement atteintes. Chez les Ouargha, l’Aïn-Touiref était autrefois assez forte pour nourrir un ruisselet jusqu’au Mellègue dans la saison pluvieuse. Depuis son aménagement en 1900, c’est à peine si elle est capable de remplir un abreuvoir et d’arroser un petit jardin. Sur la route d’Aïn-Tounga à Téboursouk, une source régimba si bien devant la violence qu’on voulait lui faire qu’elle s’enfonça dans le sol. C’est que les sources sont des organismes particulièrement fragiles dans un pays de calcaires fissurés comme la Tunisie. L’usage de la dynamite pour agrandir les fosses de captage doit être absolument prohibé, car les explosions sont susceptibles de déterminer des décollements dans les strates et d’allonger les fissures préexistantes. De même, il est prudent de ne pas essayer de remonter la cote d’émergence. Par l’augmentation de la pression, cette opération a souvent pour résultat d’inciter la source à se procurer un débouché moins élevé.

L’eau a d’ailleurs une tendance à descendre, en dehors de toute intervention de l’homme. L’Aïn-Djeradou, par exemple, sourdait il y a un demi-siècle à 50 mètres en amont et à 2 mètres plus haut que sa position actuelle qui daterait de 1867. L’Aïn-Zrissa, qui possédait assez d’eau en 1881 pour irriguer quelques vergers, avait à peu près disparu vingt- cinq ans plus tard. Abstraction faite des erreurs dans les captages, il paraît évident, qu’en général, les sources de Tunisie ont diminué depuis l’antiquité. Tour à tour, on a accusé le soi-disant assèchement du climat, un déboisement hypothétique, ou le vandalisme des indigènes. En réalité, le phénomène s’explique naturellement par les lois mêmes de l’hydrologie. En Berbérie comme en Europe, la circulation hydrique, dans les régions calcaires, vise naturellement, si elle est superficielle, à devenir souterraine et, si elle est déjà interne, à s’enfoncer de plus en plus dans le sous-sol. La fissuration des roches et la pesanteur agissent constamment dans ce sens, aidées par les phénomènes physiques et chimiques d’érosion et de corrosion qui agrandissent les couloirs et les cavernes et rendent plus active leur attraction. Cette dessication de l’écorce, cette fuite des eaux, ne sont pas spéciales à la Tunisie. On en a relevé en France, même dans les régions pluvieuses, des centaines d’exemples actuels et, selon le mot d’un auteur qui fait autorité en la matière, la multiplication du nombre de ceux-ci n’est qu’une affaire d’enquête approfondie[168]. Le problème n’est donc pas exclusivement tunisien.

Les travaux des Romains montrent, en outre, qu’il se posait déjà il y a quinze à vingt siècles. Car, sur plus d’un point, ce peuple a été directement chercher l’eau dans les flancs des montagnes par des drains immenses. On parle toujours des aqueducs et des citernes antiques, parce qu’ils s’offrent dans toute leur masse à nos yeux. On est moins au fait des entreprises souterraines. Pourtant, il n’y a guère de source de valeur où une œuvre considérable n’ait été exécutée pour aller quérir le liquide au sein de la terre. Les sources qui alimentaient les centres anciens s’échappent toutes ou presque toutes de drains maçonnés (Le Kef, Djama, Lemsa, Le Ksour, etc.). Au Kef, on a pu suivre cette canalisation d’amenée sur un parcours d’une quarantaine de mètres, jusqu’à des éboulis[169]. L’Aïn-ben-Mizeb, du Ksour, comporte un tunnel de 100m de long sur 0m 40 de large[170]. A Lorbeus, le vieux puits romain Bir-bou- Dzbaba, se remplit par un canal souterrain venant des alentours du Djebel-Lorbeus[171]. Ces aménagements, qui remontent pour le midi du Haut-Tell, au IIIe siècle, sont suprêmement instructifs. Le maintien des boisements étant sans effet utile sur le creusement progressif des eaux dans l’intérieur des calcaires, seules, des explorations souterraines pourraient révéler des endroits propices à l’édification d’ouvrages assez puissants pour retarder l’inéluctable descente. Enfin, il conviendrait, comme les Romains, de saisir l’eau avant qu’elle ne soit abîmée hors d’atteinte.

Combien seraient efficaces des tentatives dans ce sens, c’est ce que prouve tout un ensemble de faits. Dans la plupart des mines, les galeries ont coupé des ruisselets ou pénétré dans des cavernes. Plus d’une exploitation sans eau potable a extrait, en même temps que le minerai, l’eau nécessaire au traitement initial de celui-ci ou aux besoins du personnel (Sakiet-Sidi-Yousef, 350 m. cubes en vingt-quatre heures ; Kalaat-Senane, El-Akhouate, etc.). Sur la conduite d’eau Bargou-Tunis, le boyau de 6 km., foré dans la montagne, suinte par ses divers pores un débit total journalier de 500 m. c. qui est versé dans la canalisation lorsque celle-ci charrie moins de 6.500 m. c. En nettoyant les drains romains ou en en pratiquant d’autres, on pourra accroître les émissions actuelles ou en provoquer de nouvelles comme on fonce des puits. Et il n’est pas téméraire de supposer que certaines des sources de l’époque romaine ont été créées de toutes pièces précisément de cette manière.

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