‹ La région du Haut Tell en Tunisie (le Kef, Téboursouk, Mactar, Thala)Chapitre 31 sur 62 · CHAPITRE NEUVIÈME

CHAPITRE NEUVIÈME

=Les Groupements ethniques et religieux=

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Le Bled-Et-Trouk du XVIIIe siècle avait pour noyau le Kef et les petites tribus des Arouch-Es-Sendjaq auxquels s’agrègent, sur la frontière, les Ounifa et, dans la zone des plaines centrales, la tribu maghzen des Drid. Au delà de celle-ci, la région de Téboursouk est habitée par des petites fractions, forcément soumises au beylik, et, plus au levant, les Ouled-Yahia, les Ouled-Aoun, le Bargou et la Kessera amènent le Bled-Et- Trouk jusqu’à la chaîne de Zeugitane. En revanche, tout le midi du Haut- Tell se range dans le Bled-El-Arab, qui inscrit d’Est en Ouest les Ouled-Ayar, les Ouartane, les Majeur et les Fréchich.

La région que nous étudions est donc, durant les XVIIIe et XIXe siècles, nettement divisée en deux blocs de tendance politique opposée, pourvus d’une base géographique distincte. Les éléments du premier, quand ils sont très éloignés du Kef (Ouled-Bou-Rhanem, Ouled-Aoun) font d’aventure preuve d’indépendance surtout fiscale, mais, en gros, ils suivent les inspirations du beylik. Inversement, le bloc méridional, fier de ses membres plus homogènes et plus compacts, adopte une ligne de conduite plutôt hostile. En 1864, c’est lui qui fomente l’insurrection de Ben- Rhadahem. En 1881, il allume un des grands foyers du mouvement contre notre intervention, et c’est à une de ses tribus, les Fréchich, qu’on doit, en 1906, l’équipée du marabout Amor ben Othmane, seul incident qui ait, pour quelques heures, interrompu la paix profonde dont jouit le pays sous le Protectorat.

Cette paix elle-même et les remaniements administratifs opérés depuis 1881 ont éteint bien des vieilles haines. Les noms d’Hassinïa et Bachïa ont perdu leur sens concret et le ressentiment contre les tribus maghzen est tombé. Pas mal de gens ne savent plus dans quel sof combattaient leurs ancêtres. Néanmoins, les antagonismes antérieurs revivent en certaines occasions. Sous l’uniformité territoriale des caïdats et des cheikhats contemporains, il n’est donc pas inutile de faire percer la diversité ethnique fondamentale. L’affaire de 1906 montre d’ailleurs qu’on aurait tort d’oublier entièrement le passé d’indiscipline du Bled- El-Arab et, comme les deux ex-sofs ont un périmètre défini, il n’y a que des avantages à les prendre pour base d’une description des tribus du Haut-Tell. Nous consacrerons ensuite quelques pages à certains groupements particuliers comme les israélites, les Algériens, les fractions maraboutiques et les confréries religieuses.

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