IV
LES GROUPEMENTS MARABOUTIQUES
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1o =Maraboutisme naturiste et marabouts=
Innombrables sont les qoubbas ou les enclos dits haoutas, semés çà et là à la gloire des multiples saints indigènes. Cependant, les qoubbas n’abondent que là où il y a beaucoup de maisons, c’est-à-dire en Friguia. Entre le Bireno et la plaine de Foussana un plateau où sont réunies comme dans une exposition presque toutes les variétés de haoutas revêt le nom significatif de « Garet-Er-Rgoud » (la Gara des Dormants)[361].
Les arbres qui croissent auprès des qoubbas ou des haoutas sont respectés à l’égal de ces constructions. Aussi, ont-ils subsisté quand parfois le reste du peuplement était détruit. Lorsque dans un pays dénudé on aperçoit un bouquet d’arbres, on peut être sûr qu’il y a là non pas une source, mais le tombeau d’un bienheureux. C’est le cas des pins de Sidi-Abid en haut du Djebel-Foua (Algérie), des oliviers de Sidi-Naoui en bas du Serdj, des chênes-verts de Sidi-Rached (Hamadat des Ouled-Ayar), etc. A Sidi-Dhouiou (vallée de l’Oued-Gafour) quelques pins isolés marquent clairement l’extension antérieure de la forêt. Parfois, l’arbre est l’élément le plus important de la haouta et sert à désigner le saint lui-même. Les Sidi-Bou-Zitoun, Sidi-Bou-Araara (voir planche J) ne sont pas infréquents. Plus rarement, le caractère maraboutique s’attache à un mont, à une source, à un rocher. Sur le piton qui commande à l’Est la plaine de Biadha, il y a un Sidi-El-Merqueb et sur le Djebel-Meida des Ouargha une Lalla-Meida qui font songer à une divinisation inconsciente de la montagne. Au Kef, la source même est maraboute ou du moins elle abrite un marabout inconnu. Elle s’épanche dans un nymphée ancien qui a des allures de monument, et elle y débouche d’un drain foré dans la montagne. Avant 1895, les femmes s’y rendaient la nuit en pèlerinage. Plongées jusqu’à mi-jambe dans l’eau du bassin de réception, elles consumaient des parfums[362] devant l’orifice de la conduite d’arrivée, y allumaient des bougies et égorgeaient des poules. Cet usage a cessé. Depuis une quinzaine d’années, par mesure d’hygiène, l’Administration a fermé la chambre de captage avec une porte en fer[363] dont la clef est conservée à la Municipalité. Mais la source n’en demeure pas moins béatifiée aux yeux des habitants. A Téboursouk, c’est un rocher qui est l’objet de la vénération des fidèles. Au bas du versant Est du Kef Téboursouk, près de Sidi-Blèl, la falaise nummulitique est peinte à la chaux là où des blocs et des pans de calcaire laissent entre eux comme une niche. C’est une kheloua (hermitage) où aurait soit-disant séjourné Sidi Abdelkader et, tous les vendredis, les gens de Téboursouk y brûlent des cierges en son honneur.
En haut de la ville du Kef, dans la Kasba, la qoubba de Sidi-Cherif était l’asile inviolable de centaines de pigeons sacrés dont le nombre s’accroissait par suite d’offrandes destinées à obtenir l’accomplissement d’un vœu. En 1881, une garnison française s’installa dans la Kasba et plus d’un de ces oiseaux alla améliorer l’ordinaire de la troupe. Le sépulcre de Sidi-Chérif fut fouillé par un officier qui n’y découvrit que des os de poulets. La qoubba fut désaffectée, les volatiles se dispersèrent et les gens du Kef n’offrirent plus de colombes. Ainsi disparut une pratique qui se perdait dans la nuit des temps. Cagnat et Saladin ont fort opportunément rappelé[364] que Sicca vantait dans l’antiquité un temple fameux dédié à Vénus[365], divinité dont la colombe était l’emblème. Ils pensent que cet édifice devait se dresser dans les parages de la Kasba, et ils font de la qoubba musulmane le successeur lointain du sanctuaire de Tanit. Cette hypothèse paraît rationnelle[366]. Une fois de plus, notre domination aurait favorisé le pur Islam en balayant une coutume qui remontait au plus vieux paganisme.
A Djebba, les particules liquides coulant sur la muraille verticale du Goraa ont évidé deux couches tendres superposées sans entamer la strate dure qui les sépare. L’abri inférieur a une hauteur d’une vingtaine de mètres, le supérieur, inaccessible, n’a que 8m de flèche. Jadis, tous deux communiquaient par des trous dans le plancher intermédiaire. En bas, il y avait un temple à Baal et Tanit, en haut une habitation encore presque intacte et qui est pour les Arabes le Ksar des Sebaa-Rgoud (le Château des Sept Dormants). Six hommes et un chien gisent là depuis des siècles et les gens de Djebba, qui autrefois immolaient au pied de la falaise des bœufs et des moutons[367], y vont encore au printemps brûler de l’encens bien que le voile de mystère ait été levé. En 1896, un roumi réussit à visiter le ksar en dévalant de la falaise avec des cordes, et en 1903, les Pères Blancs, à l’aide d’une échelle provisoire, hissèrent là une statue de la Madone, dans une anfractuosité à gauche de la maison. Ainsi, plusieurs cultes se sont succédé jusqu’à nos jours dans cette gorge du Goraa et presque sur le même emplacement. Après Baal et Tanit (ou Saturne et Cœlestis), les Sebaa-Rgoud, en passant peut-être par un saint de l’Eglise, et maintenant protégés contre toute atteinte et dominant toujours la source, le sanctuaire musulman et la Vierge Marie reçoivent de loin, côte à côte, les hommages de leurs adorateurs respectifs.
Les qoubbas sont parfois sous l’invocation de saintes comme Seida Oum Dlèl du pays Chaquetma, Lalla Kounïa El Oubirïa près de Mansoura, Fathma bent Saïdane au pied du Djouggar, Oum El Khoula à Dougga, etc. Aux Ouled-Ayar, le santon le plus couru est Sidi Bel Habbès. Chez les Fréchich, les plus en vogue sont Sidi Ali ben Brahim d’Haïdra et les marabouts de la Garet-Er-Rgoud. Chez les Ounifa, on honore surtout Sidi Abd El Jaouad de la Kalaat-Senane et les descendants de Sidi El Mouelha, enterrés à Tajérouine. Dans la région des plaines centrales, voici Sidi Salem El Obbi, Sidi Asker. Chez les Ouled-Aoun, on est très attaché à Sidi Hamada.
La plupart du temps, ces marabouts ne sont pas des enfants du pays. De certains n’a subsisté que la notion de leur origine étrangère. Au Kef, une des trois mosquées est sous l’invocation de Sidi Ahmed Gherib (Sidi Ahmed l’étranger) ; à Téboursouk, on a une qoubba de Sidi Gherib. Les santons occidentaux paraissent en majorité et sont en tout cas les plus célèbres. Parmi les plus vénérés marabouts marocains du Haut-Tell, nous citerons Sidi El Mouelha, Sidi Thabet El Benani. Sidi Asker est algérien ainsi que les marabouts quasi contemporains qui créèrent dans la région les confréries religieuses. D’autres sont tunisiens ou tripolitains. Sidi Bou Rhanem, bien que certains le veuillent marocain, émanerait des Ouled-Salem des Hédil ; Sidi Khelifa El Mahmoudi, Sidi Hamada et Sidi Bel Habbès sont issus, les deux premiers des Mahammid, l’autre des Tarhouna. Leur présence dans le Haut-Tell décèle l’intensité de cette immigration tripolitaine moderne dont nous avons parlé précédemment. Fathma bent Saïdane (XVIIe siècle) appartenait à une fraction de la tribu tripolitaine des Hicher, campée depuis quelque temps dans la Régence.
Sidi Bou Rhanem s’était fixé vers le XVIe siècle dans la plaine de Foussana qui obéissait à ce moment au fameux Yagoub, père de Mohammed Baïou. Uniquement livré à la contemplation, le santon vivait du lait que les chamelles de Yagoub lui offraient spontanément. Leur manège ayant été surpris, Yagoub ordonna de brûler vif l’intrus. Vite un bûcher s’élève où on lie le saint homme, mais au moment où les flammes vont lécher son corps, Sidi Bou Rhanem s’élance, saisit l’enfant de Yagoub qui figurait parmi les assistants, met le bambin à sa place et s’envole dans les airs sous les espèces d’un corbeau. Le lendemain, sur les cendres du bûcher, on aperçut Sidi Bou Rhanem donnant des dattes à manger au fils de Yagoub. Ce dernier, repentant et confus de tant de générosité, fit cadeau à Sidi Bou Rhanem d’une partie de la région de Foussana[368].
Sidi Bou Rhanem est le père adoptif de Sidi El Mouelha qui naquit dans ladite plaine au cours d’un pèlerinage accompli par ses parents. Partis du Maroc, ceux-ci se dirigeaient vers La Mecque lorsque la femme, étant enceinte, dut s’arrêter. Le mari continua seul le voyage et confia à Sidi Bou Rhanem son épouse. L’enfant, une fois né, resta avec son père nourricier. Sidi El Mouelha mena une vie qu’Allah orna de miracles. Comme il voyageait chez les Ouled-Ayar, on le supplia d’aller visiter une femme qui se tordait dans les douleurs sans pouvoir accoucher. Le saint la fit déposer sur une de ces housses (djlèl) dont on couvre l’arrière-train des chevaux pendant les fantasias et pria Dieu pour elle. L’oraison n’était pas plutôt achevée que la patiente mettait au monde un fils qui reçut le nom de Mouelha. Il serait la tige des Ouled- Sidi-El-Mouelha des Ouled-Ayar que les autres qualifient, un peu par dérision, d’Ouled-Sidi-El-Mouelha-Bou-Djlèl. Comme Sidi El Mouelha et Sidi Bou Rhanem s’approchaient avec des dattes d’une armée campée dans le col qui conduit de Zouarine à Bermajna, Sidi El Mouelha réfléchit qu’il serait peu humain d’en gratifier le général seul, alors que tant de soldats criaient misère. Il invoqua alors le fameux Sidi Bou Ali qui florissait dans le Djérid. Et voilà qu’une pluie de dattes s’abattit en telle abondance que l’endroit en a conservé le nom de Fedj-Et-Tamer (le Col des Dattes, le Col des Fruits). Sidi El Mouelha fut enseveli auprès de Sidi Bou Rhanem, sur la Garet-Er-Rgoud. Chaque année, les Ouled-Sidi- El-Mouelha vont en pèlerinage à la haouta de leur ancêtre qui garde jalousement pour eux les fruits des grenadiers qui ombragent son tombeau. Des gens d’une autre tribu avancent-ils la main pour cueillir une grenade, celle-ci s’éclipse soudain à leurs yeux étonnés, tandis qu’elle se livre à tout Mouelhi désireux de la détacher de la branche[369].
2o =Les tribus maraboutiques=
Autour d’un marabout notoire, les adhérents affluent et s’installent. C’est ainsi qu’aurait été fondée par Sidi Asker la Décheret-Ez-Zouarine, corruption de Décheret-Ez-Zaïrine (le Village des Pèlerins). Parmi les centres qui résultent d’une agglomération maraboutique, citons la Décheret-Sidi-Bou-Rhanem, construite à un kilomètre de la qoubba du saint, à cause de la position incommode de la Garet-Er-Rgoud, Thala qui longtemps ne s’appela que Zaouiet-Thala dans le langage du peuple ou les actes officiels[370], etc.
Après le décès d’un marabout puissant, disciples et descendants rejettent souvent leur nom de tribu comme une défroque hors d’usage. L’intensité de ce phénomène au XVIe siècle est une des principales causes d’obscurité dans la recherche des origines des tribus actuelles. Cependant, il est des groupes qui, malgré leur entrée dans la clientèle d’un marabout, ne se sont pas dépouillés de leur nom particulier. C’est ainsi que les Guemata et les Ouled-Msahel (Contrôle de Thala) affirment être neveux les uns de Sidi Mohammed Satour, les autres de Sidi Bou Meftah[371]. Exemptes d’impôts et de service militaire, les tribus maraboutiques ont plus d’une fois été les auxiliaires diplomatiques du pouvoir central dans ses démêlés avec les peuplades guerrières. Habituées à vivre d’offrandes ou du produit de biens habous, elles se distinguent entre toutes par leur indolence ainsi que par des répugnances bizarres à l’égard de certaines choses ou de certains animaux. Les Ouled-Sidi-El-Mouelha ont en sainte exécration le nom de Salem et ils manifestent une sorte de dégoût sacré pour la poule de Carthage (raad). Les Hababsa ressentent pour la grenouille une horreur religieuse qui est partagée par les Ouled-Sehil des Majeur, par les Chaouïa et les Ouled-Yagoub des Ouled-Msahel et par les Ouled-Ben-Zekri, petite fraction maraboutique du Roba-Ouled-Yahia. Cette susceptibilité n’a d’égale que celle des Ouled-Bou-Rhanem vis-à-vis du guich (fétu de paille)[372].
Si les tribus maraboutiques de Tunisie n’ont pas été comme chez les Touareg astreintes à une condition sociale inférieure, elles n’ont pas été pourtant sans être quelque peu foulées. Tout en révérant Sidi Bou Rhanem, les Fréchich ont presque complètement expulsé sa postérité des alentours de la Foussana. Le fils de Sidi El Mouelha[373], Amor, avait fondé la puissance territoriale des siens en obtenant des Ouled-Yagoub le don de tout le pays allant du Guern-El-Alfaia à la plaine de Bermajna. Sous Ali ben Amor, qui a sa qoubba à Tajérouine, les Ouled- Sidi-El-Mouelha se maintiennent, mais bientôt la décadence arrive. Sous la conduite de Thaleb, fils d’Ali, un groupe émigre au Nord de Tébessa et y fera souche des Ouled-Yahia-Ben-Thaleb[374]. Le reste de la tribu voit sa domination chanceler sous la direction du frère d’Ali, Mohammed, uniquement occupé de ses devoirs religieux. Les Ouled-Sidi-El-Mouelha sont dès lors divisés en tronçons et nous les trouverons au XIXe siècle scindés en deux morceaux distincts dont l’un (94 mejbas en 1895) gît autour du Guern-El-Alfaïa et de Sidi-Abd-El-Basset qui est un Mouelhi, et l’autre (230 mejbas en 1895) autour de Tajérouine, sur le territoire des Charen, auxquels la tribu a été rattachée sous Ahmed-Bey. En outre, de petits groupes vivent aux Ouled-Ayar, à Sakiet-Sidi-Yousef, à Zouarine, au Massouge, à Zehna.
Plusieurs tribus maraboutiques furent cependant redoutables et l’on cite à l’actif de quelques-unes d’entre elles des traits de bravoure, voire d’impiété, comme ceux narrés à propos des Ouled-Msahel. On raconte qu’après une bataille heureuse contre les Hamama, les femmes des Ouled- Msahel se servirent des têtes des vaincus en guise de pierres pour soutenir les marmites à couscous. Pareil fait se constata d’ailleurs, en 1864, au début de l’insurrection du Msahli Ali ben Rhadahem. La tête du caïd El Arbi Sehili fut employée comme support de beurma et tel vieillard Ferchichi n’a pas encore oublié le rictus sinistre de cette figure racornie et noircie par le feu et la fumée. Dans une autre guerre contre les Hamama, les Ouled-Msahel victorieux obligèrent leurs adversaires au sacrilège de prononcer à propos d’un marabout Msahli, Sidi Hamed Ben Cherif, la formule « sall Allahou alèii ou sellem » réservée au Prophète. Quant aux Ouled-Bou-Rhanem, tueurs de lions et que la vue d’un brin de guich met en fuite, ils ont toujours le coup de fusil facile[375]. Parmi les maraudeurs dont la réputation est le plus solidement établie dans le Haut-Tell, on note les Ouled-Omrane et surtout leur sous-fraction, les Ouled-Rhilane, dont l’ancêtre serait un santon de la Seguiet-El-Hamra. Les tribus maraboutiques, si elles sont en moyenne composées de gens plus lettrés et moins rustres, ne présentent donc, au point de vue de la morale, aucune supériorité.
Toutes sont de formation assez ancienne. Depuis longtemps, il ne s’en crée plus de nouvelles, car, depuis la fin du XVIIIe siècle, la constitution des confréries a fourni aux aspirations religieuses des populations des cadres plus souples.
3o =Les confréries religieuses=
En Tunisie, la plupart des indigènes appartiennent à une confrérie religieuse (triqa), à peu près comme tout Français se considère adepte de tel ou tel parti politique. Dans le Haut-Tell, les Qadria et les Rahmania sont les plus nombreux, car ils se partagent par moitié les huit dixièmes au moins des membres des confréries. Les Qadria dominent dans le Contrôle du Kef, les Rahmania dans ceux de Mactar et de Thala. Certaines tribus comprennent des adhérents de diverses triqas. Les Ouargha, les Ouled-Ayar-Guebala, etc., renferment aussi bien des Qadria que des Rahmania. Mais, le plus souvent, tel groupe de population spécial s’inféode à une association particulière. Les Ouled-Ayar-Dahra sont à peu près tous Rahmania. Au sein des circonscriptions modernes, les différences ethniques se traduisent par la faveur dont jouissent des confréries déterminées. Dans le caïdat des Ouled-Aoun, les Ouled-Aoun proprement dits sont Rahmania, les villageois de Zeriba (Arouch-Er-Rgag) et les Ouled-Yahia sont Madanïa, les gens du Bargou, Qadria. Dans le khalifalik de la Kessera, les Kesseraouïa s’inscrivent en majorité parmi les Madanïa, alors que les habitants des Blidate se reconnaissent Rahmania. Au Sers, les Beni-Rezg comptent pas mal de Tidjanïa. Chez les Ouargha, les Chabbïa englobés dans cette peuplade suivent les Nasserïa. Chez les Majeur, les Ouled-Msahel seuls sont Soulamïa. Cette distribution est d’ailleurs susceptible de se modifier.
Les Qadria possèdent en Tunisie quatre zaouïas renommées : celle de Sidi-Mostefa-El-Imam à Menzel-bou-Zelfa (Cap Bon), celle de la rue du Divan à Tunis, celles de Nefta et du Kef. Cette dernière est actuellement la plus célèbre et son chef, Si Kaddour, est le principal personnage du Haut-Tell. Les grandes zaouïas Rahmania de la Régence sont à Chaouach, près de Medjez-el-Bab, à Nefta et au Kef. Cette ville réunit ainsi en elle deux des maisons les plus notoires des deux confréries les plus courues. Des trois centres religieux de Tunisie, Kairouan, le Kef et Nefta, le Kef peut actuellement revendiquer à bon droit pour lui la primauté.
Dans le Haut-Tell la zaouïa Qadria du Kef n’a pas de concurrente. Les Rahmanïa sont au contraire attirés par diverses zaouïas : celle du Kef étend son ombre sur le territoire du Contrôle civil de ce nom et sur les Ouled-Ayar-Dahara. Les Guebala, les Ouled-Aoun et les gens de Téboursouk dépendent de la zaouïa de Siliana, tandis que la zaouïa d’El-Menchia se réserve les Fréchich et une partie des Majeur.
Après la prise de Biskra et des Ziban (1844), plusieurs enfants de Mohammed ben Azzouz, moqaddem des Rahmanïa, s’enfuirent de Tolga au Djérid où l’un d’eux, Mostefa, fonda à Nefta une zaouïa qui eut rapidement de la vogue. Décédé en cette localité en 1867, Mostefa joua, sa vie durant, un rôle important dans tout le Sud-Ouest de la Régence jusque chez les Majeur et les Fréchich. Des zaouïas s’élevèrent en bas de Kasserine et à Thala, l’une sous le vocable de Si Mostefa ben Azzouz, l’autre sous celui de son moqaddem, El Hadj Embarek. Mais les fils du marabout ne surent pas continuer son œuvre. La famille Ben Azzouz a perdu tout crédit dans le Haut-Tell[376] où elle a été supplantée par une famille alliée, celle des Abdelmelek.
Sidi Abdelmelek avait surgi, au début du XIXe siècle au sein de la tribu maraboutique des Ouled-Sidi-Hamada et il s’était fixé à brève distance, au Gontra de Siliana, où le Bey lui avait concédé environ 300 hectares, la plupart irrigables. Son fils Ahmed qui lui succéda songea, vers 1865, à s’installer à Sbeïtla sur les conseils de son beau-père, Mostefa ben Azzouz. Une grande maison fut commencée avec des matériaux antiques non loin du pont-aqueduc romain[377], mais la tentative avorta à cause des troubles de la période 1864-1868. Cependant, Si Ahmed imprimait une impulsion féconde à la zaouïa de Siliana autour de laquelle il plantait un millier d’oliviers et un jardin magnifique. Tandis que son frère Brahim avait acquis quelques dizaines d’hectares et bâti une zaouïa près des ruines d’Uzappa parées du nom de Ksour-Abd-el-Melek, Si Ahmed arrondit ses domaines vers 1868 en achetant à l’Etat l’Henchir-El-Abiod. Vers 1880, la famille Abdelmelek était en pleine prospérité. Si Ahmed était très influent jusque chez les Kroumirs et, après le pillage du navire l’Auvergne, ce fut lui que le Bey chargea d’aller négocier sur place le paiement d’une amende. A la veille de l’occupation, le fils de Brahim, Mahammed, se préparait à ériger une troisième zaouïa dans les ruines désertes d’Henchir-Sidi-Amara, au débouché du Foum-Zelga sur le pays Zlass.
L’arrivée des Français épargna à l’ancienne Agger les outrages subis par Sufetula. Si Ahmed ben Abdelmelek, retenu par la crainte de la confiscation de son temporel, n’osant pas se déclarer contre nous, poussa en avant Mahammed, qui finit par se réfugier en Tripolitaine où il mourut en 1901, laissant à la tête de la zaouïa d’Uzappa son fils Abda. Quant à Si Ahmed, il fut interné à Tunis. En 1888, il reçut l’autorisation de revenir à Siliana, mais l’essor de cette envahissante famille était brisé. Confiant la maison principale à son fils Hassouna, Si Ahmed ne tarda pas à se retirer auprès de Téboursouk, à Henchir- Chett, où il créa une autre zaouïa. Peu après, en 1893, il adhérait pour ainsi dire officiellement à l’état de choses actuel en envoyant son étendard figurer à côté de notre drapeau aux fêtes d’inauguration du port de Tunis.
Bien que résidant sur le sra de Téboursouk, Si Ahmed ben Abdelmelek n’en est pas moins le grand marabout des Ouled-Aoun, comme la zaouïa de Siliana est en quelque sorte la zaouïa nationale de cette tribu. A l’Est, son action déborde chez les Zlass dans le Marouf, mais du côté du Nord et de l’Ouest, elle est arrêtée par les zaouïas Rahmanïa et Qadria du Kef. La zaouïa de Siliana n’est plus aussi prospère que jadis.
La zaouïa Rahmanïa du Kef, plus importante que celle de Siliana, a une origine plus noble, puisque sa création eut lieu, dit-on, sur les ordres mêmes du fondateur de la confrérie Mahammed ben Abderrahman El Guechtouli qui florissait au XVIIIe siècle dans le Djurdjura[378]. Décidé à répandre sa triqa dans le domaine des Husseïnites, il détacha au Kef un de ses principaux adeptes, Si Mostefa Trabelsi, qui y expira en 1776 et fut remplacé neuf ans plus tard par Ahmed ben Ali bou Hadjar, originaire des environs d’Aïn-Temouchent (département d’Oran). Celui-ci continua l’œuvre de son prédécesseur. Il lança la confrérie dans le centre de la Tunisie, créa au Kef une zaouïa en 1784-85 et y fonda une vraie dynastie religieuse qui subsiste encore. A sa mort, en 1213 (1798-1799), il eut comme successeur son frère Yousef qui décéda en 1247 (1831-1832), après avoir légué à son fils héritier, Mohammed Salah, un nom très vénéré et une situation définitivement assise. Yousef ben Ali bou Hadjar est enterré au Kef dans la zaouïa qui porte son nom et qui jouit du droit d’asile en ce qui concerne les femmes.
Mohammed Salah persévéra dans la ligne de conduite de son père jusqu’en 1276 (1859-1860), date de sa mort. La zaouïa se développa d’une façon remarquable sous son fils Ali Benaïsse[379] que nos troupes trouvèrent au Kef à leur entrée dans la Régence et qui mourut à Tunis en avril 1901, à l’âge d’environ soixante-cinq ans. Ali Benaïssa recevait des ziaras de toute la Tunisie, notamment de Souk-el-Arba, de Kroumirie et de Mateur, sans compter les visiteurs d’Algérie. Tout en remplissant ses devoirs hospitaliers, il profitait de sa réputation pour enrichir sa zaouïa et accroître sa fortune personnelle qui pouvait être évaluée à plusieurs centaines de mille francs. Ali Benaïssa nous fut toujours hostile. En 1881, il mit son influence au service de ceux qui luttaient contre la France, sans toutefois se compromettre ouvertement. Il a laissé deux fils, Salah et Hamda, qui ont vu leur zaouïa déchoir légèrement, tant à cause de trop fortes dépenses que par suite de dissensions. Salah est mort le 31 décembre 1911 et son frère est impuissant à contrebalancer le prestige de Sidi-Kaddour.
La zaouïa Rahmanïa d’Aïn-Menchïa est une filiale de la grande zaouïa du Kef. Elle remonte à El Hadj Chafaï dont le fils, Mohammed Salah, bâtit l’immeuble d’Aïn-Menchïa entre Haïdra et Thala. En 1881, Mohammed Salah ayant refusé de s’unir contre nous aux dissidents, dut se réfugier avec sa famille sur le Djebel-Semama. Fort de ce passé, il sut rapidement se pousser dans l’Administration. Nous en fîmes un caïd des Ouled-Naji en 1886, et de tous les Fréchich en 1896. Il garda ce poste jusqu’en 1897, date à laquelle il fut révoqué. Sa zaouïa, non plus que la zaouïa Rahmania de Thala, n’a guère aujourd’hui d’importance. Décédé en août 1910, Mohammed Salah a été remplacé par son frère, Abdellatif.
Quant à la zaouïa Qadria du Kef, elle est relativement récente[380]. Elle est due à Mohammed el Mizouni, originaire de Mazouna (Oranie) qui vint au Kef vers 1834 et y expira vers 1878, après avoir acquis de nombreux fidèles à sa confrérie non seulement en Tunisie, mais encore vers Constantine. Au moment où notre armée franchit la frontière tunisienne, son attitude fut des plus correctes et grâce à l’habileté de notre agent consulaire Roy, il neutralisa les dispositions malveillantes d’Ali Benaïssa. On lui attribue une pénétration singulière grâce à laquelle il devinait les pensées cachées de ses interlocuteurs. Son existence était simple. Il méprisait les biens de ce monde et se plaisait à de grandes charités. Au moment de la guerre russo-turque de 1877, il refusa de participer à la souscription ouverte par le Bey en faveur du Sultan et préféra consacrer ses ressources à acheter du blé pour les pauvres. Sa femme étant stérile, il s’attacha le jeune Kaddour, enfant d’un de ses principaux adeptes, le notaire Belgassem ben Hassen, des Ouled-Abdallah du village de Menzel près d’Ellès. Ce moqaddem, avant de mourir, confia à Sidi El Mizouni le bambin qui fut élevé dans la zaouïa et devint le fils adoptif et l’héritier du marabout.
Sidi Kaddour est un homme d’une soixantaine d’années, très intelligent et très fin, d’un abord aimable et doux, bon cavalier et généreux. Par caractère, semble-t-il, plutôt que par principe, il mène une vie retirée. Cette puissance locale s’est toujours tenue à l’écart des autorités françaises, ne venant jamais au Contrôle civil et ne se présentant pas aux Résidents généraux lors de leur passage. Néanmoins, par des intermédiaires, Si Kaddour entretient d’excellentes relations avec les fonctionnaires du Protectorat, et notamment avec le Secrétaire général du Gouvernement tunisien. A défaut d’enfant mâle, son petit-fils Ahmed ben Salem ben Zouari lui sert de coadjuteur.
Les chefs des zaouïas jouent un grand rôle dans la vie sociale. Toutefois, en Tunisie, le Gouvernement les a suffisamment en main, car il les nomme et, au besoin, il les révoque. Généralement riches, ceux-ci n’ont garde de lui rompre en visière. En plus d’une conjoncture, ils l’ont même aidé. En 1864, le moqaddem El Hadj Embarek de Thala appuie Ben Rhadahem, et mandé à Tunis répond insolemment au khaznadar qui lui reprochait sa connivence avec les rebelles. Mais son chef Mostefa ben Azzouz n’en veut pas au Ministre d’avoir peu après fait périr l’imprudent sous le bâton, et il pousse la condescendance jusqu’à attirer et livrer au Bey Ben Rhadahem qui s’était réfugié en Algérie. En 1906, l’équipée d’Amor ben Othmane s’opéra en dehors des grandes zaouïas. Si elles ont connu les agissements de ce fanatique, du moins elles ne les ont pas favorisés.
Les zaouïas se jalousent d’ailleurs entre elles. Au Kef, les deux zaouïas Qadria et Rahmanïa se firent merveilleusement contrepoids jusqu’à la mort d’Ali Benaïssa, et leur rivalité occulte ne nous fut pas inutile en 1881. Au sein même d’un ordre, les diverses zaouïas ne suivent pas forcément des errements identiques. Si les zaouïas Rahmanïa du Kef et de Siliana eurent, à notre encontre, lors de l’occupation, des gestes hostiles, la zaouïa de Menchïa se montra plutôt bienveillante. Il convient donc de considérer les confréries sans idées préconçues et comme des organisations qu’il n’y a lieu ni de soutenir, ni de combattre, avec lesquelles il est bon d’entrer en rapport et qui sont susceptibles de rendre, à l’occasion, des services.
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[Note 308 : « Sendjaq » comme le français « bannière » signifie à la fois un étendard et un groupe de soldats réunis autour de cet emblème. En Turquie, ce mot désigne une circonscription territoriale. Les Arouch- Es-Sendjaq étaient ainsi dénommés parce qu’on y recrutait le contingent local (voir chap. XII).]
[Note 309 : Il existait d’autres Arouch-Es-Sendjaq à Béja et à Kairouan. En 1891 on soumit également au recrutement les villages des Ouled-Ayar- Dahara en attendant d’y astreindre peu à peu toute la population.]
[Note 310 : Nous nous sommes servi de la Monogr. milit., no 48.]
[Note 311 : « Brada » pluriel de « barda » qui signifie « selle de mulet » a également le sens de « grande fraction de tribu ». Dans le Kitab el Adouani il est question des Ouled-Rezg, des Ouled-Mennaa et des Beni-Djouine.]
[Note 312 : En 1748, par exemple, les Arab-Majour et les divers brada des Drid ont chacun à leur tête un des Ouled-Hassen. (Mechra el Melki, p. 280.) Cet ouvrage, à la page 83, indique formellement que les Beni- Rezg font partie des Drid.]
[Note 313 : En 1760, les Ouled-Mennaa sont campés dans la région de Téboursouk, près de la route de Testour (Mechra el Melki, p. 428).]
[Note 314 : Au milieu du XIXe siècle, DAVIS : Carthage and her Remains, p. 557-558, dit que la vallée du Khalled est le théâtre des déprédations des Ouled-Arfa.]
[Note 315 : BRUCE (in PLAYFAIR, Op. cit., p. 211), indique qu’à l’époque de son voyage le Sers est aux Ouled-Ali. Cent ans plus tard, PLAYFAIR, ibid., p. 212, trouve près de Zanfour un chef de Chabbïa, des Arouch-El-Caïd des Drid, qui lui sont représentés comme ayant acquis des Ouled-Ali ce coin de pays peu après le passage de Bruce. Le Sers était le lieu de rendez-vous des Drid qui s’y concentraient avant de partir pour le Djérid.]
[Note 316 : En 1886, les Drid proprement dits comptent 4.250 contribuables à la mejba (Ouled-Mennaa 1.350, Ouled-Djouine 1.275, Ouled-Arfa 750, Arouch-El-Caïd 875), 1.000 chevaux, 2.000 chameaux, dont presque la moitié aux Ouled-Mennaa, et 20.000 moutons. Ce sont les Ouled-Djouine qui ont le plus de chevaux (350) et de moutons (8.500). Les Beni-Rezg sont de l’importance des Ouled-Mennaa, et les Arab-Majour de celle des Ouled-Djouine.]
[Note 317 : Il faut dire « les Ounifa » (pluriel) et non pas « l’Ounifa » (singulier féminin).]
[Note 318 : Un décret du 18 août 1895 avait réuni les Charen et les Ouled-Bou-Rhanem en un seul caïdat dont le chef s’installa à Tajérouine. Ce caïdat s’augmenta des Zeghalma par le décret du 24 juin 1896.]
[Note 319 : Nous avons consulté la Monogr. Milit., no 28.]
[Note 320 : BRUCE in PLAYFAIR, Op. cit., p. 211, note que Zouarine est le siège des Ouled-Yagoub tribu maghzen.]
[Note 321 : Op. cit., I, p. 51 et 54.]
[Note 322 : Sur ce traité, voir ROUSSEAU : Annales Tunisiennes, p. 342-343.]
[Note 323 : Nous avons puisé ces détails dans la Monogr. Milit., no 31.]
[Note 324 : FÉRAUD : Les Harar, loc. cit., p. 383-384.]
[Note 325 : Id., ibidem, p. 388-389.]
[Note 326 : Nous avons utilisé à propos des Zeghalma la Monogr. Milit., no 23 et le titre habous de Kalaat-Djerda. D’après ce dernier, le habous aurait été constitué en chaoual 1080 de l’hégire par le cheikh Thabet ben Chennouf ben Ahmed ben Tajine. Si cette énonciation est exacte, sommes-nous là en présence du Thabet ben Chennouf dont les agissements entraînèrent en 1628 la déroute du dey Yousef et qui aurait eu par suite environ quatre-vingts ans en 1670 ?]
[Note 327 : Recherches sur l’emplacement de Carthage, Paris, 1837, p. 79. FALBE orthographie Ouled-Haoun.]
[Note 328 : Archives de Simancas. Secretaria de Estado, Legajo, 485.]
[Note 329 : Mechra el Melki, p. 423.]
[Note 330 : IBN KHALDOUN, Op. cit., I, p. 293, énumère les Siline comme un rameau des Sedouikech qui sont des Kétamiens. Au milieu du XVe siècle, EZ ZERKECHI, p. 225, cite aux environs de Bougie un cheikh des Siline.]
[Note 331 : Le mot Siliana a, au premier abord, une apparence romaine. Mais la ville de Drusiliana s’érigeait sur l’oued Tessa, dans la plaine de Kalakh. Une « ala Siliana » campait en Afrique jusqu’au règne de Néron (CAGNAT : « L’Armée romaine d’Afrique », Paris, 1892, p. 780), mais sans qu’on sache exactement où. Plus intéressant à cet égard serait le nom de Sulianis porté par un évêché de Byzacène dans la notice de l’an 482, évêché dont l’emplacement n’a pas encore été retrouvé.]
[Note 332 : IBN KHALDOUN, Op. cit., II, p. 2.]
[Note 333 : Voir Journ. Off. Tun., 3 juil. 1890 et 9 juil. 1891.]
[Note 334 : Ahel comme ait indique plutôt rassemblement que filiation.]
[Note 335 : IBN KHALDOUN, Op. cit., III, p. 288. On prononce aussi Aïfor.]
[Note 336 : DESFONTAINES, Op. cit., p. 78, indique qu’à la fin du XVIIIe siècle les Ouedali, ennemis des Majeur, habitent le couloir du Djouf-Rohia et Zouarine.]
[Note 337 : PELLISSIER, Op. cit., p. 192-194.]
[Note 338 : Ali ben Ammar, réfugié en Tripolitaine, reçut l’aman en 1882 et fut interné dans la capitale. Rentré dans sa tribu en 1888, il décéda en 1899.]
[Note 339 : Avant 1881, le caïd des Dahara partageait avec celui des Beni-Rezg la surveillance du marché du Sers.]
[Note 340 : Saiour, nom berbère d’homme. IBN KHALDOUN, IV, p. 437.]
[Note 341 : Gherib signifie précisément « étranger » en arabe.]
[Note 342 : Op. cit., III, p. 288.]
[Note 343 : Sans Fériana et les Ouled-Sidi-Tlil.]
[Note 344 : FÉRAUD : Les Harar, loc. cit., p. 361.]
[Note 345 : La lettre qâf est prononcée comme un rhin. Au lieu de qadhi on dit rhadhi, etc.]
[Note 346 : Pour les Fréchich nous avons puisé pas mal de renseignements dans les Monogr. Milit., nos 91 et 93.]
[Note 347 : Effectivement, la réunion de tous les Fréchich est antérieure de deux ans, pendant lesquels le caïd des Ouled-Ali et Naji administra, par intérim, les Ouled-Ouezzez.]
[Note 348 : Dans ce chiffre ne comptent pas Fériana et les Ouled-Sidi- Tlil.]
[Note 349 : Cette haine qui n’a pas disparu est réciproque. En 1906 j’ai pu constater de visu que les tribus algériennes de la frontière n’attendaient qu’un signal des autorités françaises pour se ruer sur les Fréchich lors du mouvement maraboutique d’Amor ben Othmane.]
[Note 350 : Ce rassemblement fut arrêté et leur chef tué par la garnison de Tébessa. Voir FÉRAUD : Notes sur Tébessa, p. 446-448.]
[Note 351 : Wanderungen, I, p. 240.]
[Note 352 : Monogr. Milit., no 91, passim.]
[Note 353 : Les Majeur l’avaient été en 1895.]
[Note 354 : Il est décrit par CAGNAT et SALADIN : Voyage en Tunisie, p. 208-209. En 1829, DE FILIPPINI note au Kef 200 israélites. En 1880, GUÉRIN, Op. cit., II, p. 54-56, estime à 600 le nombre des Juifs du Kef. A Téboursouk, il n’y avait pas de Juifs avant 1881, mais il en existait à Testour.]
[Note 355 : RECLUS, Op. cit., p. 398, note qu’il y a encore quelques pasteurs Juifs autour de Tébessa. DE SEGONZAC : Voyages au Maroc, 1899-1901, Paris, 1903, p. 127, cite parmi les Braber des Juifs qui portent le costume berbère et qu’on appelle non pas Ihoud, mais Ait- Moussa (enfants de Moïse).]
[Note 356 : IBN KHALDOUN, Op. cit., p. 208-209.]
[Note 357 : FÉRAUD : Les Harar, p. 30-31.]
[Note 358 : VON MALTZAN, Op. cit., II, p. 177.]
[Note 359 : Op. cit., p. 186-187.]
[Note 360 : Bahoussi (au plur. Bahoussïa) signifie « Juif bédouin ». La plupart des israélites du Kef sont d’anciens Bahoussïa.]
[Note 361 : On y remarque la qoubba-zaouïa de Sidi Bou Rhanem, la qoubba d’un de ses descendants, Sidi Amor ben Salem, ainsi qu’une haouta décorée de deux grenadiers géants et d’un araar. Cette houta renferme les dépouilles de quelques marabouts oubliés et en englobe une autre, plus petite, couverte comme un gourbi et où reposent Sidi El Mouelha et Sidi Mohammed Satour, l’ancêtre des Guemata (Fréchich). Un peu plus loin, s’éparpillent des masures en pierre sèche, dernier abri de saints décédés. C’était jadis chez les Fréchich l’habitude d’être enterré sur la Garet-Er-Rgoud, dans le sol sanctifié par tant de pieux personnages.]
[Note 362 : ESPÉRANDIEU : Etude sur le Kef, Paris, s. d. (1888), signale sommairement cet usage.]
[Note 363 : Sur la source du Kef, voir RENAULT : Install. hydraul. rom. de Sicca Veneria in Enq. sur les Install. hydraul. rom. en Tunisie, t. II, p. 83-89.]
[Note 364 : Voyage en Tunisie, Paris, 1894, p. 204 et 205. Voir à ce sujet notre étude : Mœurs indigènes — Répugnance ou respect relatifs à certaines paroles ou à certains animaux. (Rev. Tun., 1908), p. 5-21.]
[Note 365 : Dans ce temple avaient lieu des prostitutions sacrées signalées par VALÈRE MAXIME, liv. II, chap. VI, § 15, Siccæ enim fanum est Veneris in quod se matronæ conferebant : atque inde procedentes ad quæstum, dotes, corporis injuria contrahebant, honesta nimirum tam inhonesto vinculo conjugia juncturæ. Il y a à Sicca un temple de Vénus où se réunissaient des femmes pour trafiquer de leurs charmes et gagner une dot au prix de leur pudeur, s’assurant ainsi un mariage honorable par un moyen deshonnête.]
[Note 366 : Beaucoup de musulmans se rendent compte eux-mêmes que les nombreux Sidi Chérif n’ont jamais existé. Ce nom décèle souvent, comme c’est le cas au Kef, un endroit vénéré antérieurement.]
[Note 367 : TISSOT : Géog. Comp., II, p. 366, signale déjà cet usage.]
[Note 368 : Cette anecdote est racontée dans la Rev. Tun. de 1902, p. 187. Elle est tirée de la Monogr. Milit., no 33.]
[Note 369 : Cette particularité qui est un article de foi pour les Ouled-Sidi-El-Mouelha, m’a été confirmée à la Garet-Er-Rgoud par des Fréchich.]
[Note 370 : Cf. par exemple Journ. Off. Tun., no du 26 avril 1883.]
[Note 371 : Sidi Bou Meftah est enterré dans la plaine du Kef.]
[Note 372 : Pour plus de détails, lire notre étude : Mœurs indigènes — Répugnance ou respect..... (Rev. Tun., 1908), p. 5-21.]
[Note 373 : Nous avons consulté la Monogr. Milit., no 32.]
[Note 374 : FÉRAUD : Notes sur Tébessa, loc. cit., p. 472-473, cite les Ouled-Sidi-El-Mouelha comme une fraction des Ouled-Yahia-ben- Thaleb.]
[Note 375 : Chez eux on tuait jadis un homme « ala basla » pour un oignon.]
[Note 376 : Dans la région de Fériana, elle a été remplacée par le chef des Ouled-Sidi-Tlil, Belgassem Es Sassi, qui tenait d’ailleurs le chapelet de Mostefa ben Azzouz.]
[Note 377 : Cf. PLAYFAIR, Op. cit., p. 180 et suiv. Voir dans SALADIN : Rapp. sur la Mission faite en Tunisie de novembre 1882 à avril 1883. (Arch. Miss. Scient., XIII), p. 64, le plan de Sbeïtla avec l’emplacement de la maison bâtie par Si Ahmed. Voir aussi ibid., p. 79, note 2.]
[Note 378 : Décédé en 1793-94. Après avoir passé environ vingt-cinq ans en Egypte, il rentra vers 1763 dans sa Kabylie natale et fonda son ordre peu de temps après. Un diplôme de moqaddem délivré par lui en 1777 (1191 de l’hégire) a été étudié par A. DELPECH. (Rev. Afric., 1874), p. 418-429.]
[Note 379 : Benaïssa forme ici un nom propre spécial donné en souvenir de Sidi Ali ben Aïssa qui dirigea pendant plus de quarante ans en Kabylie la zaouïa mère après la mort du fondateur.]
[Note 380 : La plus ancienne zaouïa du Kef est celle de Sidi Bou Makhlouf (Aïssaoua). Elle est sans influence.]