L'HOMME.
Hypocrite!
LE PRÊTRE.
Voleur!
PREMIER VIEILLARD, se voilant la face.
Hélas! quelle misère!
AZRIEL.
Quand je te le disais, qu'il n'y a plus d'espoir! L'excuse, la voilà, tiens, de mon nonchaloir: Tous par leurs intérêts ont la vue obscurcie! C'est fini. Ce pays se meurt.
UNE VOIX, dans la foule.
Et le Messie?
TOUS.
Quoi?... Que dit-il?
UN PÂTRE, s'avançant.
J'ai dit: «Et le Messie?»
LE PRÊTRE.
Ah... bien!
LE PÂTRE.
Vous en parlez de moins en moins! Est-ce qu'il vient?
LE PRÊTRE, souriant.
Mais oui, oui!
LE PÂTRE.
L'Ha-Schaab que dit la prophétie?...
LE PRÊTRE.
Mais oui, certainement, il viendra, le Messie! Nous, les prêtres, alors, nous serons prévenus, Et nous vous préviendrons tout de suite.
(A d'autres prêtres qui l'entourent.)
Ingénus! Après tant de délais, ils l'espèrent encore!
LE PÂTRE.
Quand viendra-t-il?
LE PRÊTRE.
Ah! mais... bientôt,--si l'on implore Le Seigneur par beaucoup de sacrifices.
LE PÂTRE.
Bien. Vous affirmez toujours, mais vous ne savez rien! Que sera ce Messie?
UN JEUNE HOMME.
Un guerrier!
LE PRÊTRE.
Un pontife!
PREMIER VIEILLARD.
Sur la nue, il viendra!
AUTRE JEUNE HOMME.
Non! Sur un hippogriffe!
UN AUTRE.
Il y aura deux Christs!
UN AUTRE.
Un seul!
VOIX DIVERSES.
Un!--Deux!--Oui!--Non!
UN HOMME.
Mais le Christ est déjà venu!
PLUSIEURS.
Quel est son nom?
UN JEUNE HOMME.
Judas le Gaulonite!...
UN AUTRE.
Erreur! Jean le Baptiste!
LE PRÊTRE.
Le Christ sera joyeux et fort!
UN VIEILLARD.
Il sera triste Et faible!
UN JEUNE HOMME.
Il viendra si...
LE MARCHAND.
C'est faux! Il viendra, mais...
LE PÂTRE.
(Pendant qu'il parle, sur le chemin, en haut du talus, Jésus paraît avec ses disciples.)
Ah! vous ne croyez plus au Christ; car désormais Votre croyance en lui n'est plus, âmes perverses, Qu'un vain prétexte à de stériles controverses!... Or moi, je vous apprends qu'il vient. L'esprit subtil Ne voit plus; le coeur voit. Il vient! Que sera-t-il? Ce que dit le marchand ou ce que dit le prêtre? Je ne sais. Il sera ce qu'il lui plaira d'être! Et de quel droit, d'ailleurs, vous assemblant exprès, O les représentants de vos seuls intérêts, Lorsque nous espérons la fin de nos souffrances, Venez-vous discuter, ici, nos espérances? Je vous apprends qu'il vient! que les Samaritains, Les vrais, qui sont la foule obscure, en sont certains, Et qu'il va balayer d'un souffle de colère, Comme le vent, l'épi resté vide sur l'aire, Votre inutilité bavarde et votre orgueil! Il approche; il est là; nous le sentons au seuil Des temps; et nous saurons, sans vous, le reconnaître!
LE PRÊTRE.
A quoi donc?
LE PÂTRE.
Je ne sais, à son regard, peut-être, Au son de sa parole, au geste de sa main...
JÉSUS, en haut du talus, désignant au loin la ville.
Homme, est-ce là Sichem?
LE PÂTRE, se retournant.
Passez votre chemin!
SCÈNE III
LES MÊMES, JÉSUS ET SES DISCIPLES
LE PÂTRE.
Des Juifs! Ce sont des Juifs!
CRIS DE TOUS.
Des païens!--Qu'on les chasse!
LE PRÊTRE.
Non, du mépris!
LE MARCHAND.
Cédons, avec dégoût, la place!
AZRIEL.
Moi, je reste.
UN JEUNE HOMME.
Pourquoi?
AZRIEL.
Photine doit ici Venir puiser de l'eau.
LE JEUNE HOMME.
Non. Viens. Proteste aussi En t'éloignant.
UN AUTRE.
Emmenons-le!
PIERRE, aux Samaritains qui s'éloignent.
Quoi, sans réponses Vous nous laissez?
ANDRÉ.
Nous avons faim...
UN SAMARITAIN.
Mangez des ronces!