Scène XI.
M. DE St. IVAL, LABRIE.
M. DE St. IVAL, se levant.
Malheureux ! tu m’as laissé surprendre par cet ivrogne.
LABRIE.
Ah ! Monsieur, il est question de choses bien plus sérieuses !
M. DE St. IVAL.
Comment ! le Treillageur…
LABRIE.
Je le croyois endormi ; mais nous n’avons pas un moment à perdre.
M. DE St. IVAL.
Quoi donc ?
LABRIE.
Vos chevaux sont sellés ; il faut partir à l’instant.
M. DE St. IVAL.
Que veux-tu dire ?
LABRIE.
Quoique nous ne soyons pas coupables, il vaut mieux avoir affaire à la Justice de loin que de près.
M. DE St. IVAL.
Qu’est-ce que cela signifie ? Es-tu ivre ?
LABRIE.
Non, Monsieur, je suis de sang-froid, & ce qu’on vient de me dire m’auroit désenivré, si je m’étois laissé surprendre par le vin.
M. DE St. IVAL.
Mais quoi encore ? Parle donc ?
LABRIE.
J’étois au cabaret à enivrer le Treillageur, comme je vous l’avois promis, lorsqu’un de mes amis, Clerc d’un Commissaire, est venu me trouver pour me dire : Je vous conseille, vous & Monsieur de St. Ival, de vous sauver promptement : on vous accuse tous les deux d’avoir tué un homme, & vraisemblablement, nous allons avoir ordre de vous faire arrêter.
M. DE St. IVAL.
Mais tu sais bien que cela n’est pas vrai.
LABRIE.
Sans doute ; cependant nous n’en serions pas moins en prison long-tems ; & après, qui sait…
M. DE St. IVAL.
Allons, je ne crains rien.
LABRIE.
En vérité, Monsieur…
M. DE St. IVAL.
Ce soir nous verrons cela. À présent, je ne veux point sortir d’ici que je ne sois sûr d’être aimé d’Agathe.
LABRIE.
Mais si vous l’étiez, vous n’en auriez que plus de regrets de mourir.
M. DE St. IVAL.
Allons, laisse-moi attendre le moment de la revoir. J’entends quelqu’un ; va-t-en, te dis-je. (Il reprend sa position.)
LABRIE.
Je ne fuirai pas seul, & vous serez cause de notre perte à tous deux.
M. DE St. IVAL.
J’entends Monsieur de Leurmont.
LABRIE.
Et je vois Monsieur votre pere avec lui.
M. DE St. IVAL.
Mon pere.
LABRIE.
Oui, je vais les écouter. (Il sort.)