Scène VIII.
Mademoiselle AGATHE, M. DE St. IVAL.
M AGATHE.
Rentrons.
M. DE St. IVAL, l’arrêtant.
Ah Mademoiselle, arrêtez, je vous en supplie, & daignez m’entendre.
M AGATHE.
Non, Monsieur, je ne le puis : dois-je vous aider à tromper mon pere ?
M. DE St. IVAL.
Je ne veux tromper personne.
M AGATHE.
Croyez-vous que je puisse approuver les moyens que vous avez tenté pour me surprendre ?
M. DE St. IVAL.
Moi ? Ah ! je me punirois ; si j’avois eu le dessein de vous déplaire, d’attenter à rien qui pût vous donner une opinion désavantageuse de moi, de mon amour.
M AGATHE.
Que voulez-vous donc que je croie ?
M. DE St. IVAL.
Que je vous aime, que je vous adore…
M AGATHE.
Si vous m’aimiez, vous me respecteriez davantage.
M. DE St. IVAL.
Je suis bien éloigné de vouloir manquer au respect que tout l’amour que j’ai pour vous m’inspire ! Pardonnez à un malheureux qu’il a rendu coupable : oui, c’est le désespoir où m’a réduit votre silence, qui m’a fait tout hasarder, pour apprendre mon sort de votre bouche.
M AGATHE.
Je croyois qu’il devoit vous suffire que je ne vous eusse pas répondu.
M. DE St. IVAL.
Que dites-vous ? Serois-je assez malheureux…
M AGATHE.
Je ne dois point faire de choix.
M. DE St. IVAL.
Ah ! tôt ou tard, si vous en aimez un autre, je ne le saurai que trop !
M AGATHE.
Je vous aimerois, qu’après ce que vous venez de faire, l’honneur & la vertu me forceroient d’étouffer mon amour.
M. DE St. IVAL.
Ôciel !
M AGATHE.
Oui, Monsieur. Voyez à quoi vous m’exposez : votre démarche ne peut être toujours ignorée, & ma réputation…
M. DE St. IVAL.
Moi, je pourrois hasarder de vous nuire, j’en aurois le projet ? Non, Mademoiselle, vous ne le croyez pas. Depuis que je vous aime, quelle a été ma conduite, & qu’ai-je fait qui ait pu mériter tant de rigueur ?
M AGATHE.
Un moment suffit pour vous dévoiler à mes yeux ; cette hardiesse est impardonnable.
M. DE St. IVAL.
Ah ! voyez mon repentir, il doit me rendre digne de votre pitié. (À genoux.) Ah ! Mademoiselle, je vous en supplie, daignez me regarder !
M AGATHE.
Que faites-vous encore ?
M. DE St. IVAL.
Si vous ne me pardonnez, je meurs à vos pieds.
M Agathe, soupirant.
Ah !
M. DE St. IVAL.
Vous soupirez ? Dieux !… Mais, non…
M AGATHE.
On vient, levez-vous.
M. DE St. IVAL, à part.
Un mot, seulement ?
M AGATHE.
Non, je ne puis plus rien entendre ; je ne vous ai que trop écouté. Fuyons.
M. DE St. IVAL.
Remettons-nous encore : peut-être trouverai-je un autre moment. (Il reprend sa place.)