Scène IX.
M. DE St. IVAL, L’ÉCHALAS.
M. L’ÉCHALAS, ivre.
Eh bien, je ne le trouve nulle part, ce Monsieur de Leurmont.
M. DE St. IVAL, à part.
Ah ! c’est le Treillageur ! Que devenir ?
M. L’ÉCHALAS.
Je frappe à toutes les portes, à toutes les fenêtres, visage de bois par-tout ; personne ne me répond.
M. DE St. IVAL, à part.
Voyez un peu ce coquin de Labrie qui le laisse échapper !
M. L’ÉCHALAS.
On ne sait plus à présent par où entrer dans les maisons ; on ne trouve que des fausses portes, des fausses fenêtres…
M. DE St. IVAL, à part.
Comment faire ? M’en irai-je ? Écoutons, puisqu’il parle seul.
M. L’ÉCHALAS.
Oui, c’est toujours de la peinture par-ci, de la peinture par-là ; & avec toutes ces chiennes de décorations d’à présent, on vous fait casser le nez contre les murailles.
M. DE St. IVAL, à part.
Il me paroît assez ivre.
M. L’ÉCHALAS.
Si je n’y avois été attrapé qu’une fois, à la bonne-heure ; mais c’est que cela m’arrive tous les jours, encore hier.
M. DE St. IVAL.
Je crois que j’en tirerai parti.
M. L’ÉCHALAS.
Qu’est-ce qui dit que j’en ai menti ? C’étoit le soir ; ma foi, la nuit tous chats sont gris.
M. DE St. IVAL.
Il étoit ivre comme aujourd’hui.
M. L’ÉCHALAS.
Sûrement on fait comme l’on puis. Mais où est donc ce diable d’Abbé ? J’ai parcouru tout le jardin, & je ne le trouve nulle part. Cherchons encore, puisque c’est pour lui que je suis venu ici.
M. DE St. IVAL.
Si tu me trouves, il t’en souviendra.
M. L’ÉCHALAS.
Qu’est-ce qui dit que cela n’est pas ? J’ai la lettre de Monsieur de Leurmont dans ma poche. La voilà, & je vais la lire. (Il veut lire.) Cela est singulier ! Je la lisois bien ce matin & ce soir… Mais je la sais par cour. Oui, par cœur, vous allez voir. Comment donc est-ce qu’elle disoit ?… Ah ! je m’en souviens. Je vous prie, Monsieur l’Échalas…
M. DE St. IVAL.
Il est bien honnête. Monsieur l’Échalas !
M. L’ÉCHALAS.
Oui, Monsieur l’Échalas. (Il rit.) Ah, ah, ah. Je m’étonnois d’entendre répéter mon nom ; c’est qu’il y a un écho sans doute ici. Je vous prie, Monsieur l’Échalas…
M. DE St. IVAL.
L’Échalas.
M. L’ÉCHALAS.
Ah, ah, ah ! Le drôle de corps que cet écho ! Je vous prie, Monsieur l’Échalas. (Il écoute.) Il ne dit plus rien. De venir prendre la mesure de mon Abbé de Plâtre, pour lui faire une niche en treillage. La voilà la lettre.
M. DE St. IVAL.
Nous verrons s’il approchera.
M. L’ÉCHALAS.
Mais où diable est-il donc fourré encore une fois, ce chien d’Abbé ? Ah ! voilà un Monsieur ; il faut que je lui demande s’il ne sait pas où on l’a mis. (Il ôte son chapeau & il approche.) Bon ! Eh ! le voilà lui-même. (Il rit.) Ah, ah, ah ! cela est plaisant ! Moi qui en ai tant vu, j’y ai été pris comme un autre. Allons, voyons, prenons nos mesures. (Il met un pied sur la cuisse de l’Abbé, qui le fait tomber à terre, qui le bat avec sa regle, & qui se remet après à sa place. Monsieur l’Échalas, à terre, dit :) Ah ! mais ne badinons pas.
M. DE St. IVAL, d’une voix sépulchrale.
Sors d’ici tout-à-l’heure.
M. L’ÉCHALAS.
Comment ! Qui est-ce donc qui me parle ?
M. DE St. IVAL.
Moi.
M. L’ÉCHALAS.
Et qui m’a tant rossé ?
M. DE St. IVAL.
Moi.
M. L’ÉCHALAS.
Je ne vois personne. Il faut que je rêve apparemment. (Il se releve & se rapproche.)
M. DE St. IVAL, lui donnant un coup de pied au cul.
Je te dis, va-t-en.
M. L’ÉCHALAS.
Oh ! je ne rêve pas assurément. Mais qui a donc pu me frapper ? Je ne conçois pas cela, & si pourtant je suis de sang-froid. Continuons.
M. DE St. IVAL.
Ah ! tu y reviens. (Il lui donne un soufflet avec son livre.)
M. L’ÉCHALAS.
Pour le coup, c’est l’Abbé lui-même ; je l’ai bien vu ; je n’en puis plus douter. Est-ce que ce serait un esprit de pierre que cet Abbé de Plâtre ?
M. DE St. IVAL.
Oui, je suis un esprit, & je vais te tordre le cou, si tu m’approches encore.
M. L’ÉCHALAS.
Ah ! je l’ai deviné.