‹ L’Affaire ÉdouardChapitre 35 sur 39 · Scène VI

Scène VI

Les Mêmes, Le Tribunal, Le Premier Garde, La Foule

L’Huissier, annonçant. — Le tribunal, messieurs, levez-vous, découvrez-vous.

Édouard, éperdu, à Charançon. — Le tribunal ! Ah ! mon Dieu, Charançon ! Charançon ! tu es mon ami, je t’en prie, va-t’en !

Charançon. — Moi !… Te laisser quand tu es dans le pétrin ! Jamais de la vie !…

Édouard, avec force. — Charançon, va-t’en !

Charançon. — Ah ! Ne le répète pas ! tu me fâcherais !

Le Président, qui s’est assis au tribunal avec les deux juges, au greffier. — Annoncez la reprise de l’audience.

L’Huissier. — L’audience est reprise. N 20, affaire Édouard.

Charançon, à Édouard. — « Affaire Édouard ! » À toi !

Édouard, à part. — Oh ! la ! la !

Le Président. — Eh bien, voyons, l’affaire Édouard.

Édouard, à part. — Ah ! mon Dieu ! tous les malheurs ! Charançon qui reste !… mon avocat qui n’arrive pas… (Se frappant le front.) Mais j’y pense ! le voilà, le prétexte ! (S’avançant à la barre. Au Président.) Monsieur le Président, je demande au tribunal la remise à quinzaine.

Charançon, derrière Édouard. — Comment ?

Le Président. — Pourquoi ça, la remise à quinzaine ?

Édouard. — Monsieur le Président, nous n’avons pas d’avocat.

Charançon, prenant la balle au bond. — Comment ! tu n’as pas d’avocat et tu ne me le disais pas ! Eh bien, et moi ?

Édouard. — Hein ? Lui !…

Charançon, l’écartant de la barre pour se mettre à sa place. — J’ai besoin d’une affaire, je la tiens, je ne la lâche pas ! (Au président.) Monsieur le Président, je demande à plaider la cause.

Le Président. — Comment vous appelez-vous, Maître ?

Charançon. — Maître Charançon, monsieur le Président !

Le Président. — Vous êtes inscrit au tableau de l’Ordre ?

Charançon. — Oui, monsieur le Président.

Le Président. — Combien de temps vous faut-il pour préparer une plaidoirie avec toutes les pièces à l’appui ?

Édouard, vivement. — Six semaines, monsieur le Président.

Charançon. — T’es bête ! (Au président.) Oh ! dix minutes, mon Président. Le temps de prendre connaissance de l’affaire.

Le Président. — Eh bien, dans dix minutes, vous plaiderez l’affaire Édouard.

Édouard. — Lui ! oh ! la ! la !

Le Président, lui tendant le dossier. — Maître Charançon, si vous voulez aller étudier l’affaire au greffe.

Édouard, le retenant par sa robe. — N’y va pas ! N’y va pas !

Charançon. — Mais laisse-moi donc. (Au président.) J’y vais, monsieur le Président. Ô Démosthène, inspire-moi !

Il sort par le fond, à gauche.

Édouard, tombant assis sur le banc des prévenus. — Ah ! mon Dieu ! nous sommes perdus ! je n’oserai jamais avouer à Gabrielle que c’est son mari qui plaide ! Ce serait la tuer !

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