ACTE V. · Scène première
LÉONTINE, seule, en déshabillé.
Dans quelle agitation je suis ! À quoi me suis-je exposée ! Enfin, il obtient de moi un rendez-vous secret ! un rendez-vous à la pointe du jour ! La seule curiosité auroit-elle pu me conduire aussi loin ? M’engager à une démarche dont je rougis, que je désapprouverois dans une autre… Oui, le sentiment le plus tendre pourroit seul excuser ce que je fais ; mais pour un Inconnu… Ah ! je connois son cœur, son esprit ; en faut-il davantage ? Comment ! j’ose m’avouer une folie si inconcevable ? N’est-ce pas moi qui l’ai fui ! Ne suis-je pas venue ici pour lui ravir toute espérance ? Un seul jour a-t-il pu détruire une résolution si ferme ? Hélas ! l’aurois-je fui, si je ne l’eusse craint ! Je me suis abusée, & trop tard j’ouvre les yeux… Quoi ! je pourrois aimer encore !… Mais qu’entends-je ? Ne frappe-t-on pas (Elle écoute : on frappe doucement.) Je ne me trompe point : on frappe, ce ne peut être que lui… Il aura devancé l’heure. Allons ouvrir. Je ne le puis… Quel trouble affreux ! Je ne me soutiens qu’à peine. (Elle s’appuie contre une table : on frappe encore.) C’est lui… c’est lui. Allons. (Elle va ouvrir la porte.)