Prenez garde à la peinture
L’amateur pauvre note de loin en loin, sur un cahier, les remarques et les observations qu’il fait.
Aucun ordre n’existe dans cet ouvrage qui a malheureusement peu de chances d’être public. Ce petit volume est confus et pourtant riche comme une boutique de bric-à-brac.
L’auteur y passe d’un sujet à un autre, d’une recette pour nettoyer les toiles peintes à une histoire de faux ; il y est question des faïences et des tabatières truquées, de Palissy et de Vrain-Lucas, des gros seins d’une dame allemande dont un antiquaire usait pour patiner des ivoires trop neufs, de beaucoup de petites choses qui composeraient un guide dont la lecture serait infiniment profitable à ceux que tourmente le démon poussiéreux et vieillot de la curiosité.
En voici, au hasard, quelques pages :
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— L’amateur pauvre a ses ennemis. Le plus redoutable est un inconnu qu’il ne verra sans doute jamais, et qui ne l’attaquera pas en face, mais qui le poursuivra implacablement, semant devant lui des pièges subtils et d’adroites embûches.
Il ne sait même pas son nom véritable. Il l’appelle le Truqueur.
Ce génie malfaisant fabrique de faux objets d’art, des tableaux anciens, des Primitifs et des Corot, des Tanagras et des gouaches du dix-huitième siècle et il est à l’amateur de curiosité ce que le Très-Bas, comme disent les théologiens, est, avec ses tentations à un prêtre de foi pourtant humble et solide.
Dans le monde de la brocante, son pouvoir est occulte et souverain. Il faut le redouter à chaque instant. Vous admirez une boîte d’écaille blonde qu’une sanguine rend encore plus précieuse, et vous songez tout de suite à un petit ouvrage de Boucher.
Le dessin est parfait, et, sous le verre qu’encadre un sertis d’or, le papier est incontestablement de l’époque.
Vous avez raison et cela fait grand honneur à votre science et à votre goût.
Vers 1760, une belle coquette a mis assurément des mouches ou des bonbons dans cette boîte, et le papier aussi est de la même année, mais le crayon de Boucher ne l’a jamais égratigné.
Le Malin, l’ennemi de l’Amateur pauvre a acheté pour quelques francs cette boîte ancienne, il en a ôté la fleurette ou le fixé qui ornaient le couvercle, et il a pris la page de garde du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, sur laquelle il a exécuté ce faux dessin.
Une bonne loupe et un œil soupçonneux ne suffisent pas toujours à s’en convaincre, tant il y a d’adresse et de garanties autour de ce mensonge.
Car le faussaire qui ne ferait que la plus lamentable des natures mortes s’il devait peindre sa pipe sur un livre, ou le verre de son déjeuner à côté d’une bouteille et d’une pomme, imite admirablement les bistres les plus roux, les coloris les plus savants ; il joue avec aisance au milieu de l’ombre verte que Courbet découvrit sous les sapins du Doubs, il retrouve la nacre et la perle des soirs d’argent que Corot regarda tomber aux lisières vaporeuses de Ville-d’Avray. C’est un don du Diable : le triomphe du procédé et du bon devoir, et beaucoup s’y peuvent tromper…
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— Pour fabriquer un tableau, le truqueur prend un vieux châssis, une toile de l’époque qu’il veut déshonorer. Il en râcle avec soin la peinture, et lorsque le Fragonard ou le Chardin sont terminés, il les culotte avec de la cendre délayée, du noir de fumée ou du jus de réglisse, puis il les cuit au four, à feu doux, pour que la pâte en soit bien sèche et… j’allais dire bien feuilletée.
S’il est plus cuisinier que peintre, il possède aussi l’art de faire naître les champignons.
Il sait qu’une simple goutte d’eau sur une goutte de vernis provoque certainement la petite moisissure qu’il appelle un Chanci, dans son argot infâme.
Cette tache, qui n’est visible que sur les très anciennes et très authentiques peintures, convaincra et déroutera les plus avertis.
Il ne faut pas s’y fier…
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— Tous les Trouillebert que Trouillebert oublia de signer sont des Corot… négligés.
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— J’ai connu en Provence un vieux maniaque qui vivait seul, au milieu de collections uniques, dans un mas abrité du mistral par le rideau de bronze que mettait à son mur la plus admirable des cyprières.
Monticelli venait souvent le voir. Quelquefois, ils partaient ensemble, et ils allaient, sans parler, vers la gare du pays, une bicoque poudreuse sous des platanes immenses.
La chanson des cigales se mêlait aux bourdonnements du timbre électrique dans sa clochette de porcelaine.
Ils demandaient un billet, sans indiquer l’endroit où ils désiraient se rendre, et le brave homme qui était en même temps distributeur de tickets, homme d’équipe et chef de gare, leur délivrait un billet pour la station voisine, afin de ne pas abuser d’eux.
Ils rentraient, le soir, en se lavant les pieds dans tous les ruisseaux qu’ils rencontraient.
Le grand peintre oublia chez son compagnon beaucoup de tableaux.
Je ne sais pas pourquoi je raconte ces choses que ne connaissent sans doute pas ses admirateurs.
J’étais parti pour dire simplement que si Monticelli avait peint sur tous les panneaux de chêne qu’on trouve chez les antiquaires, les commodes provençales et les armoires qui étaient dans les chambres des maisons, de Marseille à Aix et d’Aubagne à Arles, ne lui auraient point suffi…
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— Les écrivains laissent quelquefois des œuvres posthumes ; les peintres laissent presque toujours des œuvres… apocryphes…
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— Un amateur de peinture que j’ai croisé sait le nom de tous les marchands qui vendaient des toiles à Corot.
Le nom de ces fournisseurs au dos de la toile peut, à la rigueur, avoir la valeur d’une vraie signature.
On n’étudie pas assez les toiles. On devrait pouvoir dire, en voyant leur tissage, leur grain et leur qualité si elles sont françaises, flamandes, italiennes ou anglaises et de quelle époque.
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— Si un tableau est trop sec et se craquète, badigeonnez le dos de la toile d’un pinceau trempé dans l’huile de lin.
Vous essuierez au bout de trois jours la sueur grasse qui inondera la peinture, mais doucement, avec un tampon de ouate que vous pétrirez au préalable afin que le coton ne perde aucun de ses fils…
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— On se laisse prendre plus difficilement aux faïences et aux porcelaines fausses.
Elles ont quelque chose de naïf et de frais qui les trahit ; leur jeunesse éclate franchement, exempte de ces tons usés et fatigués, de ces frottements, de ces craquelures que le temps seul peut donner et qui sont les pattes d’oie des vieux Nevers, des Moustiers et des véritables Marseille.
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— Si maître Bernard de Palissy était l’auteur de tous les vases, plats, saucières, assiettes, salières et hanaps qu’on lui attribue, il aurait dû brûler tout le bois des futaies de Fontainebleau.
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— Méfiez-vous de la faune et de la flore qui ne sont pas des environs de Paris, quand vous aurez en main, une pièce de ce grand faïencier, et ayez toujours à l’esprit qu’il n’employait guère que quatre couleurs : le bleu de cobalt, le vert de cuivre, le jaune de fer et le violet de manganèse.
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— Champfleury, qui s’y connaissait, prouve que les fameuses assiettes au confesseur et à la guillotine n’ont jamais été fabriquées du temps de la Révolution.
Seul, le musée Carnavalet possède une tasse à café de cette série, et la pièce est authentique. Louis XVI perd sa tête sur la tasse et Marie-Antoinette perd la sienne dans la soucoupe.
Cette curiosité est vraiment de l’époque, mais… elle a été faite en Allemagne !
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— Il y a dans tous les débits de boissons une pancarte encadrée d’une baguette noire que tout le monde connaît : La Loi contre l’ivresse.
En levant le coude, le bon biberon en voit danser le titre solennel à travers son verre, et il réfléchit, songeant au garde-champêtre ou au gendarme.
Chez les antiquaires, il devrait y avoir, en bonne place, contre le mur, le texte d’un jugement rendu pour faux et usage de faux.
Cela donnerait à penser aux amateurs trop crédules.
Au lieu du bonnet phrygien et des faisceaux républicains qui décorent la Loi contre l’ivresse, je vois sur cette pancarte un petit cul-de-lampe représentant la tiare de Saïtapharnès.
J’ai bien vu chez un brocanteur, un carton sur lequel on lisait : Prenez garde à la peinture. Mais ce n’était pas de l’ancienne qu’il s’agissait.
Le marchand prévenait ses clients qu’il avait passé au ripolin la vitrine dans laquelle il range ses bibelots et ses terres cuites.
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— On connaît l’âge d’un cheval à l’ivoire de ses dents.
Que n’en est-il de même des ivoires travaillés ?
Cette matière est d’une obéissance absolue. Elle se prête à tout avec une complaisance inouïe ; elle semble se faire complice de tous les truquages.
Les camées perdent leurs pâleurs laiteuses quand on les confie, pour un temps, à un dindon qui les avale et… les rend, jaunis et patinés à souhait par ses sucs gastriques, mais certaines pièces d’ivoire sont trop importantes pour accomplir ce voyage intérieur.
On les traite au jus de tabac, on les enterre dans le foin mouillé et pourri et ils sortent de là comme s’ils avaient fait un pèlerinage à travers les siècles.
Paul Eudel, qui partit en guerre à coups de gros bouquins contre les faussaires, raconte une savoureuse histoire dont je veux tâcher de me souvenir, parce qu’elle est charmante comme une estampe galante.
Un marchand d’antiquités ayant reconnu ce que le frottement des doigts apportait aux ivoires trop clairs qu’il désirait vendre comme des pièces anciennes imagina d’enterrer un de ces bibelots dans le corsage de sa femme.
C’était une grosse Allemande et il avait constaté, entre deux draps, que sa peau avait le brillant lisse et huilé qu’ont certaines peaux de brunes grasses.
Chaque matin, lorsqu’elle avait embastillé ses tétons énormes dans un corset aussi robuste qu’une armure, l’époux astucieux glissait dans leur tiède intervalle la statuette trop neuve, et la plantureuse antiquaire vaquait alors à ses travaux habituels.
Elle ressemblait à la géante de Baudelaire et le petit personnage d’ivoire dormait tout le jour dans la tiède vallée de ses seins.
Il devait y faire des rêves d’ermite perpétuellement tenté, dans un orage brûlant de parfums féminins, et il y contractait cette jaunisse qui n’atteint que les très vieux ivoires.
Chaque soir, la boutique fermée, en ôtant son corset, elle le sortait de sa prison et elle le mettait dans une boîte.
Lorsqu’elle l’oubliait, il roulait sur la descente de lit et son mari le ramassait en souriant.
Quand cette figurine fut à point et dûment culottée, elle passa dans la collection d’un client qui la paya cher et qui, enthousiasmé, en réclama une autre.
L’antiquaire promit de la lui livrer dans quelque temps, et on recommença la même préparation.
La dame était cependant légère malgré son poids.
L’amateur était joli garçon, et un jour qu’il venait s’enquérir du bibelot, il fit la cour à la marchande.
Son mari était en voyage… elle ôta son corsage dans l’arrière-boutique… le galant amateur, ébloui par ce qu’il apercevait de la gorge opulente, y porta la main et, sans le chercher, trouva l’ivoire qui s’y patinait.
Je ne sais plus comment s’acheva cette histoire.
Un amateur déçu est capable de toutes les abdications…
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— La connaissance parfaite des dessins exige une longue expérience.
Pour ne pas entasser faux sur faux dans ses cartons, le curieux doit :
1 Étudier à fond les maîtres ; avoir toutes leurs lignes et leurs traits dans la mémoire et dans les yeux, comme ces capitaines marins qui n’ont pas besoin de la carte pour voir leur route au milieu des océans ;
2 Être familier avec tous leurs procédés.
Deux exemples : Watteau travaillait avec une sanguine spéciale qu’il faisait venir d’Angleterre.
Jamais une sanguine moderne n’aura le fondu, le roux passé d’une sanguine du dix-huitième siècle, et c’est à ce qu’apporte la collaboration du temps que le truqueur doit renoncer.
Rembrandt employait de préférence une plume de roseau.
Il n’est pas interdit au faussaire de s’en servir ; il peut même couper son encre de brou de noix, pour lui ôter le luisant qui le trahirait, mais là encore, dans ce paradis de l’encre et de la sépia, la sorcellerie et la magie du temps opèrent de façon inimitable et souveraine ;
3 Connaître parfaitement les papiers importe peut-être plus que tout
Examinez-en attentivement les vergeures, les pontusseaux et les filigranes.
Les pontusseaux sont ces lignes verticales qui coupent les vergeures. Ils sont l’empreinte des fils sur lesquels on mit à sécher les feuilles fraîches. Si le papier est vraiment ancien, les vergeures, de chaque côté des pontusseaux, auront une sorte de barbe produite par les poussières accumulées dans leurs fines rayures.
Ces signes équivalent presque à des dates certaines.
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— Si j’étais curieux de bijoux anciens, il me semble que je ne m’attacherais pas aux pierres, qui peuvent se remplacer, mais au sertis…
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— Pour les meubles, dame, je ne m’y aventurerais guère… À part quelques petites tables, que l’on sent poussées d’un jet, comme des fleurs et qui ont une harmonie naturelle, une pure simplicité, je suis devant les grosses pièces comme devant un impénétrable mur.
Ceux qui sont truqués ont d’ailleurs un vieux parfum d’honnêteté parce que la matière qui a servi à les fabriquer est elle-même ancienne.
Si tel fauteuil du XVI siècle pouvait parler, comme dans les contes et les féeries, il ne nous dirait peut-être point qu’il offrit le velours cramoisi de son dossier, et le chêne vénérable de ses bras, à un cardinal ou à un mousquetaire.
Il serait plutôt capable de vous parler cuisine, car il fut faillé de toutes pièces dans le bois d’un bahut où la servante-maîtresse d’un procureur serrait les tourtes au lard, le verjus, la moutarde de Dijon en pain et en pierre, et la poularde froide sous sa gelée.
Vous croyez qu’en rentrant d’une promenade à l’Orangerie, une élégante qui fréquentait chez Madame Tallien ou chez Barras a jeté son écharpe citron sur ce guéridon. Imaginez aussi que Fabre d’Églantine ou M. de Robespierre y ont posé leurs gants ou leur tabatière, mais vous serez loin de la vérité, parce qu’on a converti en table directoire ce qui restait d’une porte Louis XVI…
Les meubles les mieux truqués ont cependant leur talon d’Achille, leur point vulnérable, et ce qui doit les trahir est dans les assemblages.
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— Si vous recherchez l’orfèvrerie, étudiez les poinçons.
Jusqu’à la Révolution chaque pièce en doit porter quatre.
1 Le poinçon de charge (un A surmonté d’une couronne fermée) ;
2 Le poinçon de la maison des orfèvres (une lettre) ;
3 Les lettres initiales du nom de l’auteur ;
4 Le poinçon de décharge (une tête d’homme ou d’oiseau).
On peut les imiter, sans doute, mais les truqueurs ne se rendent pas toujours compte que les poinçons correspondent entre eux, et l’amateur qui connaîtrait toutes les marques verrait, en les étudiant, que le poinçon n 2, par exemple, n’est pas celui du fermier en exercice cette année-là.
Mais quel est le curieux d’orfèvrerie qui possède à fond cette science ?
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— Le baguier du prince de Conti fut sûrement le plus célèbre de tous. Ce trésor était de quatre mille bagues, et chacune, s’il faut en croire Saint-Simon, rappelait à l’Altesse une conquête féminine.
Elles ne sont ni toutes perdues, ni toutes fondues. On peut en retrouver quelques-unes, mais il serait sans doute aussi facile de mettre la main sur la première bague connue : celle que Prométhée fabriqua avec un morceau de fer dans lequel il enchâssa une pierre du Caucase !…
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— Au XVII et au XVIII siècles le collectionneur était un curieux, mais pendant le règne de Louis XIII on l’appelait un grippé.
Je trouve ce mot charmant et exact.
Être grippé de peinture, de dessins ou de faïence, n’est-ce pas avoir une maladie, une passion qui vous tient comme une grippe maligne ?
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— J’ai une grande admiration pour Verrès qui fut sans doute le premier en date et le plus terrible des collectionneurs.
Préteur de Sicile vers l’an 73, il brocanta dans les temples, les monuments publics et chez les particuliers.
Il était curieux de tout ce qui lui semblait rare et beau : des bagues que portaient ses invités, des manuscrits qu’ils possédaient, des tapisseries, des vases et des statues qu’il confisquait à son profit.
On sait que Cicéron eut à requérir contre lui ; mais ce magistrat intègre était un petit bourgeois bien pensant, solennel, bavard et prud’hommesque, et il ne comprit rien à la grande passion de Verrès.
Cicéron devait avoir, chez lui, des meubles fabriqués en série et quelques mauvaises répliques, en plâtre, des poncifs de son temps, des choses qui devaient correspondre à nos bustes officiels de la République, à nos Pro Patria, et à nos statues élevées à la gloire des mobiles ou des zouaves tombés en 1870…
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— J’aurais voulu voir les collections du cardinal de Mazarin.
Quel admirable grippé ce devait être !
On assure qu’il possédait 676 tableaux, 350 statues ou bustes, 21 cabinets d’ébène, d’ivoire, d’écaille, de mosaïque ; des miroirs et des aiguières de Venise ; des lustres en cristal de roche ; plus de 400 tapisseries et 632.000 volumes.
Je songe souvent aux dernières promenades qu’il faisait à travers ses œuvres d’art au bras de Brienne, son secrétaire, lorsqu’il avait le regret de toutes les belles choses qu’il fallait bientôt quitter…
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— Un style chasse l’autre et chacun finit par s’épuiser.
Le Louis XVI devient aussi cher et aussi rare que le gothique ; l’Empire bat son plein, comme si le bourdon de Notre-Dame sonnait pour le Sacre de l’empereur, et le Louis Philippe, si décrié, voit enfin arriver son heure.
Il faut apporter dans la brocante une sorte de divination. On doit prévoir et discerner, sous le mépris d’une époque, la beauté des choses négligées.
Les grands collectionneurs n’ont pas agi autrement.
Émile Peyre a emporté pour quelques sous les merveilles gothiques reléguées dans des caves et des étables, et Las Cases eut pour trois cents francs le Gilles de Watteau.
Guillaume Apollinaire me montra jadis des statuettes nègres dont riaient les ignorants, mais lui leur trouvait une vérité essentielle et drue de primitifs africains…
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— Je suis d’avis que Louis XIV, qu’on appelle le Grand Roy, est le monarque français le plus bassement, bêtement et étroitement bourgeois.
N’a-t-il point dit en désignant de sa canne des Téniers qu’on lui montrait : « Ôtez de ma vue ces magots ! »
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— Je conseillerai toujours à l’amateur de s’attacher, en peinture, par exemple, au beau morceau sans signature.
De grands vers, une admirable page dont nous ignorons l’auteur nous touchent autant que les poésies les plus connues et les plus célèbres.
Qu’importe qu’une toile soit anonyme si elle est vraiment belle.
On ne doit point aimer une œuvre d’art à cause de la vanité que sa trouvaille et sa possession nous donnent.
Il existe des études peu poussées, des petites choses inachevées que je considère comme les originaux dont les tableaux définitifs et consacrés ne seraient qu’une copie parfaite. Il y a dans certaines ébauches une vérité de premier jet, nette et drue, l’émotion première de l’artiste et cette atmosphère qui ne se retrouve plus…
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— Un tableau, cela se déguste comme un crû, le soir, près du feu et cela se cuve aussi, comme un bon vin, après la première chaleur de la trouvaille.
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— Vingt savants écrivant chacun dix volumes n’arriveraient pas à écrire un guide complet de l’amateur de curiosités, car cette œuvre devrait étudier la peinture, les dessins, les gravures, la céramique, les meubles, les étains, l’orfévrerie, les bijoux, la glyptique, la statuaire, les étoffes, les livres, la ferronnerie, etc…
D’ailleurs la mémoire la plus surprenante se refuserait à retenir tout cela, et les savants sont généralement de faciles dupes.
Les amateurs d’autographes se souviennent toujours en souriant de l’illustre mathématicien Chasles, membre de l’Institut, qui se laissa vendre par Vrain-Lucas des lettres d’Alexandre de Macédoine à Aristote, de Cléopâtre à Jules César et un laissez-passer de Vercingétorix !
Ce qu’il faut posséder, c’est la Foi.
Chacun trouve ce qu’il cherche, et il y a une raison à cela, c’est que chacun ne regarde et n’achète que ce qu’il aime.
Le curieux de peinture du XVIII siècle ne marchandera jamais une Vierge du XVI, et il abandonnera de magnifiques faïences d’Alcora à l’amateur de céramiques qu’il tiendra pour un ramasseur de tessons.
Il faut lire beaucoup, mais il faut surtout aimer, sentir et voir…