volume 2 · 05
Léonard, à pas lents, avait regagné sa chambre. La méditation à laquelle se livrait son esprit, lui tendait les veines du front, et cette méditation le tracassait dans la moindre moelle de son être, à un tel point qu’il se frottait la poitrine, le ventre, les jambes, et qu’il poussait de gros soupirs.
Âgé de trente-cinq ans, grand et long, le visage maigrillot orné de l’impériale, Léonard ne présentait guère l’aspect d’un Céladon. Il avait eu cependant des succès auprès de quelques filles de chambre des environs, et même auprès d’honnêtes magasinières, lorsque Rosalie entra chez son maître comme cuisinière, deux ans auparavant, et il l’épousa quelques mois après. Autant il était calme, posé dans ses allures, autant Rosalie, petite, grasse, avec un minois chiffonné, se montrait turbulente et vive. La cour galante qu’ils se firent avant le mariage, avait-elle produit tout son effet ? Du jour où ils se trouvèrent unis de par M. le maire et M. le curé, Rosalie rationna son mari dans ses désirs amoureux et ne lui accorda ses services conjugaux que de façon très sobre, et de loin en loin. Léonard aimait sa femme, il se livra à des bassesses pour obtenir une portion plus congrue de félicités, il n’obtint rien de plus que les naturelles opérations permettant la perpétuation de l’espèce. Il se désola dans des excitations sensuelles, s’affirmant de plus en plus fréquentes.
Rosalie n’était pas une méchante femme ; elle avait sans doute ses raisons pour ne pas le suivre dans les écarts de pensée que parfois il lui dévoilait. Quand elle le voyait trop affamé, elle le menait dans leur chambre, se jetait sur le lit, jupes troussées, et lui répétait invariablement :
— Pisse ton jus, salopiau, puisque tu ne peux pas attendre ton jour, et débarrasse-toi de tes folichonneries.
— Ah, Rosalie, Rosalie !
— Tu ne veux pas pisser, je m’en retourne à la cuisine.
Elle faisait le geste de le planter là, et il l’enconnait rapidement.
Cette semaine, particulièrement, il avait sollicité des acomptes si rapprochés, que Rosalie s’était écriée :
— Pour sûr, tu dois être malade pour que ça te démange si souvent. J’en parlerai à Monsieur, et il te donnera une lettre pour son médecin.
Ce soir-là justement, elle lui avait refusé ses services, sous le prétexte qu’ils ne pouvaient décemment toutes les nuits exécuter une gymnastique qui leur brisait les jambes et les rendait lourds pour leur service du lendemain.
Réveillé en sursaut par le bruit entendu dans la salle à manger, non loin de laquelle il couchait avec sa femme, il la laissa endormie, les draps rejetés, et il la retrouva dans la même posture qu’en la quittant, le corps allongé, appuyé sur le côté droit, la tête reposant sur les bras, la chemise remontée par suite des mouvements inconscients du sommeil.
C’était le cas de le dire, il voyait la lune dans son plein relief, grosse et ronde, avec sa démarcation du milieu marquée comme si on l’eût rayée d’un fort coup de pouce labourant les chairs, et il apercevait à l’entrebâillement des cuisses quelques poils drus qui se dressaient, semblant le contempler et le narguer.
Sans bruit, il posa sur la commode la lampe dont il s’était muni, et les yeux figés sur les rotondités de sa moitié, il se remémora la vue de Lucette et de son maître, il se récita les paroles dites.
Rosalie ne s’éveillait pas ! Léonard demeurait muet dans sa contemplation, la face épanouie, cherchant comment il imposerait ses volontés lubriques à cette entêtée épouse, qui s’obstinait à ne lui tendre que des cuisses ouvertes.
Il se déshabilla pour être plus vite prêt dans ses tentatives, se dépouilla même de sa chemise en rougissant bien fort, car il accomplissait cette énormité avec une intention érotique pour la première fois, et, le sommeil de sa femme continuant, il s’approcha peu à peu, se demandant s’il lui fourragerait le cul de sa langue ou de sa queue déjà en érection.
Le lui fourrer là, comme ça, sans crier gare, diable, elle s’éveillerait, tapagerait certainement, le désarçonnerait, et bonsoir, il débanderait, jouerait un rôle ridicule.
Yenvoyer la langue sans être d’accord, il y avait peut-être des inconvénients. Le meilleur parti consistait à patouiller, à la tirer doucement de son sommeil, à l’entraîner sans qu’elle s’en doutât, on s’expliquerait ensuite.
Dans cette résolution, il s’installa au bord du lit, à proximité du cul, et commença son pelotage, gardant dans la main sa queue, pour la contenir dans ses élans impérieux exigeant l’action immédiate.
Il pelotait, pelotait, et les doigts chatouillant la raie, s’y arrêtèrent, grattouillèrent même l’anus.
Rosalie allongea une jambe, tressaillit, son souffle se ralentit, elle s’éveillait, et tout à coup se redressant sur un coude, tourna la tête, surprit son mari dans ses manœuvres et dans sa nudité.
— Oh, le grand salop ! s’écria-t-elle, ne voilà-t-il pas qu’il me guette dans la nuit, dans mon sommeil, pour me torchignonner le cul avec sa vilaine patte.
— M…erde, répondit Léonard exaspéré, grand salop tant qu’il te plaira, mais ton cul est à moi comme le reste, et je veux me le payer.
— Tu veux te le payer, sale ordure, espèce de mal embouché, lève ta patte de là, ne me tiens pas la jambe ou j’appelle Monsieur.
— Oh, appelle si le cœur t’en dit, mais Monsieur est avec sa belle qui, elle, ne fait pas tant de manières, lui prête son cul et te dira que tu es une dinde.
Plus fort qu’elle, exaspéré par ses désirs et par la fureur de sa résistance, il avait grimpé sur elle, la serrant dans ses jambes, la maîtrisant de ses bras.
— Veux-tu te lever de là, répéta-t-elle en lui mordant les bras.
— Non, tu as un trop beau cul pour que je ne le garde pas.
— Cochon, tu n’en feras rien.
— Je le patouille et je le tiens.
— N’est-il pas honteux d’abuser de sa force pour me violenter ! Allons, je serai une bonne femme, je n’ai pas voulu en nous couchant, viens vite jouir et puis dormir.
— Il me faut plus maintenant.
— Te faut plus, te faut plus, qu’est-ce qu’il te faut de plus, gros pisseur ?
— Ton cul, ton con ! Patouiller, baiser, lécher, nous amuser comme Monsieur avec sa petite dame.
— Tu deviens fou, mon pauvre Léonard ; on ne fait pas ces saloperies avec sa femme, on ne les fait avec personne, et tu as mal vu Monsieur.
— Possible qu’on ne le fasse pas avec sa femme, quoique je n’en sache rien ! Puis, Monsieur, il est vrai, n’est pas marié, mais il reçoit des dames du grand monde, il en a une dans ce moment, et c’est avec elle qu’il s’en fourre.
— Léonard, Léonard, lève ta tête de mon cul.
— Jamais de la vie, tu deviens raisonnable. Tu me le laisses baiser, je ne te violente plus, tu es une bonne femme.
— Oh, le chameau, il y enfonce la langue !
— Et qu’elle s’y trouve très bien ! Ah, ah, Madame Léonard, elle vous chatouille que vous haussez le cul ?
— Cochon, cochon, cochon, vas-y donc, puisqu’il n’y a plus moyen de te refuser, mais tu me montreras Monsieur et sa belle dame. Oh, de cet homme, il me fourre tout son nez dans le cul ! Qu’est-ce que tu y sens, dis ?
— Pas la rose, pardine, ça asticote joliment tout de même.
— Ah, ah, assez, assez, viens vite le faire, j’ai la tête qui me chavire !
— Le faire, le faire dans ton cul aujourd’hui ?
— Dans mon cul ! C’est défendu.
— Par qui ? Je m’en fous ! Je te dis que je le ferai dedans, et je suis sûr que Monsieur le fait.
— Monsieur, où est-il ?
— Dans la salle à manger, tout nu et la dame aussi.
— Nus tous les deux !
— Oui. Oh, quel riche cul tu as ! Jamais je ne m’en fatiguerais. Quitte ta chemise.
— Non.
— Si.
— Léonard, Léonard, laisse ma chemise.
— Montre tes tétés.
— T’es fou ! Tu abandonnes mon cul, tu ne l’auras plus.
— Oh, je ne l’abandonne pas ! Tiens, vois Bibi, comme il est content !
— Qui, Bibi ?
— Fais pas la bête ! Tu sais bien que le premier soir, après les cérémonies, je te l’ai présenté ainsi, que t’as ri et que t’as dit que ça s’appelait Jules.
Ce nom, passé inaperçu le soir des noces, ressuscitant au milieu de son orgie charnelle, le frappa au cœur : il suspendit ses caresses, et redevenu grave, assis sur le lit, les bras croisés, reprit :
— Qui t’a dit que ça s’appelait Jules ? Ah, benêt que j’étais, moi qui y avais pas fait attention ! T’as eu un autre homme, et voilà pourquoi tu n’étais pas embarrassée quand j’ai approché les marchandises. Ah, la gueuse, la gueuse !
Sans se troubler, tortillant elle-même le cul sous les yeux de son mari, elle répondit :
— Alors, la comédie est finie, tu n’embrasses plus, t’as assez cochonné, on va dormir.
Il envoya les mains à ses flancs, la tint, et murmura :
— T’as eu un amant, avoue-le.
— Tu es un pataud de chercher des misères lorsque tu mets entrain le monde ! Tu m’as éveillée, je ne sais pas ce que tu me dis avec toutes tes imaginations. J’ai ôté ma chemise, es-tu content à cette heure ? Et mes tétés, ils te plaisent autant que mon cul ?
Ramené à l’œuvre de chair, et cette fois caressé par sa femme, il oublia sa jalousie rétrospective, lui pelota les seins, le ventre, les cuisses, mais en essayant de revenir au cul.
— Tu veux le cul, toujours le cul ! s’écria-t-elle.
— Il me produit un tel effet !
— C’est tout de même vrai, je ne t’ai jamais vu si flambant !
Elle lui prit la queue dans les doigts, la caressa très gentiment, et ajouta :
— Tu crois que tu pourras me l’enfoncer dans le cul ?
— Si je le crois ! Ça entrera comme dans du beurre. Oh oui, tu veux la baiser ? Vas-y, vas-y, on s’amusera bien ensemble, hein ?
Elle se baissa et porta gloutonnement la bouche à sa queue, qu’elle suça.
Faisant les yeux blancs, il s’agita, disant :
— Hé là, oh là, pas tant de bécots, ou ça part !
Elle lâcha la queue des lèvres et demanda :
— Si nous allions voir Monsieur ?
— Oui, oui, mais pas de bruit, autrement il se fâcherait.
Tous les deux nus et enfin d’accord, ils se dirigèrent vers la salle à manger, où régnait le plus absolu silence.
— Ils ont achevé de boulotter, murmura Léonard, et ils sont remontés dans la chambre, ils n’auront pas fermé la porte, Monsieur se fout de tout, viens.
— Parle pas ainsi, Léonard ! Ah, qu’est-ce que tu fabriques là, à genoux ?
— Une lipette, et puis on grimpera l’étage.
— Et si on nous surprend ?
— Pas de danger, ils sont bien trop occupés !
— Tu l’es pas mal, toi aussi.
— Ça y est, ça y est ! Ah, Rosalie, quelle chouette femme pour ton petit mari ! T’as de l’épaisseur !
— Palpe pas et montons.
Ils gravirent à pas de loup les marches de l’escalier ; malgré les prévisions de Léonard, ils constatèrent que les portes étaient closes, et de plus les tentures baissées.
— Oh ! dit-il, ils se méfient. Partie remise, Rosalie, tu les verras un autre jour.
— Bon, retournons à notre chambre, il faut dormir.
— Dormir !
— Après que tu te seras servi tout ce qui te passera par la tête, cochon.
— Oh alors !
Dans leur chambre, Rosalie, cette fois consentante, Léonard recommença ses feuilles de roses, qu’il termina par un enculement un peu difficultueux, Rosalie ayant l’orifice des fesses légèrement resserré. Elle supporta cependant avec vaillance l’assaut, non sans mordre l’oreiller dans la première souffrance, bientôt calmée par la douce chevauchée de son mari.
Émile et Lucette s’étaient couchés : dans les bras l’un de l’autre, ils s’enivraient de tendresses, ravivant leurs forces et les rejetant dans les bons combats.