‹ L’Armée de voluptéChapitre 21 sur 24 · volume 2 · 08

volume 2 · 08

Le hall se dégarnissait et, de droite, de gauche, par des portes ouvertes, on entrevoyait des salons et des galeries, où se dirigeaient les couples et des groupes.

Émile constata l’ampleur du couvent par ses vastes dépendances.

Àtravers le hall, de larges divans étaient disséminés, et sur ces divans des couples s’asseyaient, se pressaient, échangeant les baisers des lèvres, les pelotages.

Les manteaux bleus étaient jetés sur le sol, sans préoccupation de l’endroit où on les laissait tomber ; les corsages se dégrafaient, les seins se montraient, et d’ardents adorateurs de cette partie du corps féminin les baisaient, les suçaient, avec une ivresse partagée.

Sur un canapé placé près de la porte monumentale d’un salon, une sœur était assise, encore complètement voilée par le manteau et la capuche et, à ses genoux, lui tenant les deux mains, les yeux dans ses yeux, semblant lui aspirer l’âme, un jeune prêtre s’oubliait dans une adoration extatique, qui les soudait l’un à l’autre.

Par contraste, sans doute, une autre sœur, presqu’une gamine, à l’entrée de la porte, jupes troussées jusqu’aux épaules, se faisait faire feuilles de roses par un gros moine qui, dans son accélération caressante, lui soulevait le cul.

Émile, qui marchait entre les deux sœurs, aperçut un groupe d’une vingtaine de femmes, couvertes simplement de gazes transparentes, qui descendaient d’un escalier de marbre de couleur rose et se dirigeaient vers l’une des galeries latérales.

— Encore des religieuses, demanda-t-il, combien êtes-vous donc ?

— Celles-ci n’appartiennent pas aux Bleuets, répondit Capraisine, elles appartiennent à l’Armée de Volupté, qui nous envoie des renforts pour nos fêtes et nos plaisirs.

— Des femmes, toujours des femmes !

— Et des hommes aussi ! Regarde de cet autre côté, voici une trentaine de soldats de volupté qui rejoignent les salons.

Ceux-ci, vêtus de blouses de soie bleue, arrivaient en riant et, remarquant le prêtre toujours plongé dans l’adoration de la jeune sœur, par sympathie modérèrent de suite l’éclat de leur joie, pour ne pas le troubler en passant.

— Parmi les frères et les sœurs que tu as vus dans la chapelle, ajouta Capraisine, il y entre de l’élément étranger. Nous sommes un centre de plaisirs voluptueux. Nous accueillons qui aime l’amour. Tiens, salue tes compagnes de l’Armée de Volupté, elles te répondront gracieusement et ne te cacheront pas le bonheur qu’elles éprouvent à te savoir des leurs.

— Saluer comment ?

— Tu ignores les saluts !

— J’en connais un certain nombre.

— Fais le salut du désir.

— Et, si on me prend au mot, je te perdrai.

— Non, non, je lèverai un doigt, en signe d’accord ; ton salut devient un pur salut de courtoisie.

Elles allaient passer, les voluptueuses, sans s’arrêter au groupe formé par Capraisine, Michelle et Émile ; celui-ci se plaça devant la plus près et, se courbant, se toucha le genou.

Immédiatement, elle s’arrêta, imitée par ses compagnes, se prit les seins, tendit le ventre en avant et attendit.

Émile baisa un des seins, envoya la main aux fesses et dit :

— Je te salue, fleur d’amour, ma sœur.

— L’amour est pour tes lèvres, cher amant.

Sœur Capraisine avait levé un doigt, elles se remirent toutes en posture normale, et Capraisine dit :

— Il est notre hôte, il n’est que soldat aspirant ; je lui ai conseillé de vous arrêter et de vous adresser le salut de désir, pour qu’il vous révélât sa qualité.

— Ah, s’écria celle dont il avait baisé le sein, de quelle capitainerie es-tu frère ?

— D’Héloïse de Bouttevelle.

— Ah bien, bien, tu es l’amie de la colonelle, je sais, je sais. J’appartiens à la capitainerie du comte d’Omsac ; nous nous retrouverons probablement à la caserne Saint-Yves ; rappelle-toi de mon nom : Odette Prassier.

— Je m’en souviendrai.

Et la volupté montait, montait ! Était-il possible qu’il existât tant d’attrait dans ce défilé de femmes demi-nues ; était-il possible que l’esprit ne se lassât pas de rêver de nouvelles sensations devant de nouvelles apparitions, était-il possible qu’on ne se brisât pas les reins à la pensée seule des espérances caressées !

Des nudités se montraient dans des galeries. Émile continua de marcher entre ses deux compagnes, dans le hall, attendant l’avis que sœur Sainte-Lucile pouvait le recevoir.

Les voluptueuses étaient entrées dans les salons et, sur le divan, le prêtre avait dévêtu la sœur, magnifique créature dans la perfection de ses chairs et de ses formes, la dévorant d’ardentes minettes, où elle s’affalait sur les reins ; le gros moine s’était dévêtu et avait enculé la petite sœur ; Michelle circulait les jupes sur les bras, et de temps en temps Capraisine s’agenouillait pour lui baiser le conin ou le cul.

Une sœur vêtue d’une robe jaune et d’un manteau noir s’approcha et dit :

— Frère Émile, la générale sœur Sainte-Lucile veut te recevoir.

— Et Capraisine ?

— Elle nous accompagnera avec Michelle et tu les retrouveras en sortant du salon de notre supérieure.

Dans un boudoir où régnait une faible clarté, Émile fut introduit ; il distingua, allongée sur une coucheuse, la tête sur des coussins, Lucine, enveloppée de sa robe rouge.

— Approche, frère, dit-elle, j’ai toutes sortes de droits à t’appeler ainsi.

L’aînée des Callacini était dans tout l’éclat de la trentaine : elle avait la chevelure brune comme sa sœur Lucette, dont elle se rapprochait le plus comme traits de visage, tandis que par la voix elle rappelait davantage Lucie.

Dans sa pose alanguie, elle étudiait le jeune homme, cherchant à démêler les raisons de la tendresse que lui vouaient ses deux sœurs.

Émile s’assit sur une chaise, en face d’elle, et elle reprit :

— On t’a fait engager dans l’Armée de Volupté et, d’après les récits qui m’arrivent, tu y brilleras, non seulement par les hautes passions que tu y inspires, mais aussi par ton propre mérite. La volupté est tout ce que nous avons voulu nous assurer en créant cette organisation. Il semble que, le caprice satisfait, la sotte sentimentalité, qui pousse un homme et une femme à ne rien désirer en dehors d’eux, n’ait plus qu’à s’éteindre ; il n’en est rien. Tu as paru, tu as séduit ; mes deux sœurs se sont brûlées les ailes, et les voilà en rivalité alors que nous espérions supprimer toute vilaine jalousie. Ceci peut devenir d’un fâcheux exemple. Heureusement les circonstances m’ont ramenée à Paris. En ton âme et conscience, parle franchement, quelle est celle de mes sœurs que tu préfères ?

— Tu veux que je réfléchisse, dans le tourbillon qui m’emporte !

— Ton âme ne voit donc pas clair ; par conséquent, peu t’importe que je te laisse Lucie ou Lucette. Je suis ici pour marier Lucette à un mari complaisant ; Lucette refuse, parce qu’elle te veut. Prends Lucie.

— Lucie, elle te fait oublier !

— Depuis quand ne l’as-tu pas vue ?

— Depuis très peu de temps, mais, dans cette dernière rencontre, elle s’effaça devant Lucette.

— Qui sait s’effacer doit régner. La famille des Callacini est en comptes avec la famille Panderoni : elle a une femme à leur donner. Tu ignores notre histoire. Lucie est mariée à Horace Steinger ; je suis dans les ordres ; reste Lucette, qui est veuve. Il faut qu’elle épouse le marquis de Panderoni. Tu es jeune, tu es robuste, tu es ardent ; Lucette, par rapport aux femmes qui t’entourent, est l’unité dans la volupté. Plus elle te dominera, et plus elle se vouera à ton amour exclusif. Ami, vous sortirez l’un et l’autre de l’Armée de Volupté, de cette armée dont tu ne connais encore presque rien.

Elle s’était soulevée sur un coude et, de son manteau noir entr’ouvert, apparaissait tout son buste nu, d’une beauté fascinante, avec les seins provocateurs, beauté captivante par la blancheur des chairs éclairant de reflets lumineux la demi-obscurité du boudoir. Elle tendit un bras nu vers le jeune homme et reprit :

— Des femmes, des femmes, ami, valent mieux qu’une, crois-en mon expérience de la vie et de l’amour. Capraisine, Michelle t’attendent : si Lucette te ravit ton cœur, plus de Capraisine, plus de Michelle, plus de celles qui t’instruisent, plus de ces licences qui te poussent à te repaître de mon corps.

Il y eut un silence. Roulé aux pieds de Lucine, lui retirant, sans qu’elle s’en défendît, la jupe blanche, seul vêtement qu’elle eût encore, car elle s’était dégagée elle-même du manteau, il aspirait des lèvres tous les trésors cachés dans la troisième Callacini.

Elle se prêta à sa fièvre, et quand il voulut l’attirer dans ses bras, elle l’arrêta et dit :

— Patience, n’oublie pas Capraisine, ni Michelle.

— Capraisine, Michelle !

Elle frappa des mains, et les deux jeunes sœurs entrèrent. Elles ne s’étonnèrent pas de l’écroulement du jeune homme aux pieds de Lucine.

— Je pensais à vous, dit Lucine, aimez-vous.

Elle invita Émile à s’asseoir près d’elle et lui murmura :

— Regarde.

Michelle avait baissé les yeux ; Capraisine lui saisit les mains et dit :

— Tu m’aimes donc toujours, ma chérie ?

— Je t’aime.

Capraisine abandonna les mains de Michelle, se recula de deux pas, se prit la poitrine à pleines mains, dressa la tête dans un geste dominateur, darda les yeux sur ceux de Michelle et, d’un ton demi-persiffleur, s’écria :

— Quelle est cette femme qui veut l’amour d’une autre femme et qui se voile.

Elle demeurait immobile sur place, la tête haute, elle crispait les mains à la poitrine et soulevait à demi les jupes.

En un clin d’œil, Michelle se trouva nue, vint enlacer à bras le corps Capraisine et, lui baisant les mains par dessus la poitrine, murmura :

— Je suis nue, je suis nue, et toute à tes caresses.

Capraisine lui posa une main sur l’épaule, se pencha en avant, comme pour mieux la dévisager, et s’écria :

— Mon amour est pour la possession plus que pour les caresses ; je t’aime, Michelle, en amant, et je veux que tu jouisses dans mes bras.

— Jouir, jouir, mon corps y aspire ; tiens, touche ma motte, elle est déjà toute frétillante.

— Vois ce qui te soumettra, Michelle, et ne demande pas des faveurs que seule ma volonté a le droit de te dicter.

D’un brusque mouvement, elle se retroussa jusqu’aux seins, et Émile aperçut au bas ventre de Capraisine un godmichet planté droit, prêt à remplir son office.

— Oh, fit Michelle s’agenouillant, le Seigneur est là, sa servante se soumet !

Capraisine lui passa une jambe par dessus l’épaule, lui attira le visage entre ses cuisses et commanda :

— Baise mon talisman, petite, comme je baisais le tien ; je suis ton amant.

— Mon amant, répondit dans un souffle Michelle, dévorant de minettes Capraisine, soulevant sa jambe pour mieux diriger ses caresses.

Capraisine, la frappant au front avec le godmichet, dit :

— Assez. Déshabille-moi.

Elle fut promptement nue et, étalant sa poitrine bien fournie en tétons, ses hanches rebondies, dans une pose hardie et lascive, tenant une main sur un flanc, la tête droite dans une attitude encore plus altière, avec un étrange sourire sarcastique aux lèvres, elle plongea les yeux dans ceux de Michelle, qui la buvait avec des regards humides de passion, les détourna pour les fixer sur Lucine qui, appuyée contre l’épaule d’Émile, tressaillit et baissa les paupières.

Capraisine pirouetta sur une jambe, eut un saut de corps en arrière, se ramassa comme si elle allait s’élancer sur le couple formé par Lucine et Émile et s’écria :

— Tu me chipes donc mon amoureux, sœur Lucine.

Lucine se souleva comme magnétisée, Michelle bondit sur elle, la repoussa sur Émile, en disant :

— Ah, tu sais, il n’y a qu’une supérieure à Paris, tu nous as appelées pour nous, et non pour toi et nous.

Que se passait-il ? Émile se demanda si c’était une comédie ou une scène réelle, qui se jouait. Capraisine avait saisi une badine, appendue au mur, et en cingla les reins et les fesses de Michelle, à qui elle cria :

— Toi tu sors de ta fonction d’amoureuse.

Michelle poussa un cri de douleur, porta la main aux parties touchées, sur lesquelles en maints endroits perlait le sang : Lucine, glissant à l’étreinte d’Émile, se précipita sur elle, l’attrapa à la gorge et l’entraîna par terre.

Le rêve devenait un cauchemar ! Il n’y avait pas à en douter, Michelle râlait sous la pression des mains de la terrible Lucine.

Il n’hésita pas, empoignant à bras le corps celle-ci, il l’arracha de dessus la pauvre sœur et la ramena non sans peine au canapé.

Michelle siffla, malgré que Capraisine se fut couchée à son côté, cœur contre cœur :

— Ah, on ne s’oublie pas Lucine, si on s’accorde pour l’œuvre.

Les lèvres de Capraisine se collèrent sur celles de Michelle, qui semblait pleurnicher.

Lucine, dans un calme imperturbable, sourit à Émile et lui dit :

— Tu ne te plaindras pas, nous te servons le grand jeu de la volupté : simulacre de coups, de menaces et de haine.

— Simulacre ! Il y a du sang sur les chairs de Michelle.

— Bah, Capraisine le lui enlèvera avec la langue et elle n’en jouira que davantage.

Elle avait repris toutes ses séductions, cette bizarre créature, et se livrant à ses attouchements, elle devint sa maîtresse, en même temps que sur le tapis, Capraisine enconnait Michelle avec son godmichet.

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