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Chapitre 1.2.2

Découvertes du même Ufano.

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DIEGO UFANO eſt néanmoins un des premiers qui aient ſçû que les portées des coups tirés ſous l’élévation des points de l’Equerre également éloignez du ſixiéme, êtoient égales. C’eſt-à-dire qu’une piéce de Canon ou un mortier pointé au ſeptiéme point chaſſoit juſtement autant que lors-qu’il êtoit pointé au cinquiéme, & au huitiéme autant qu’au quatriéme. Et ainſi des autres.

Voici une de ſes figures où les chiffres des portées ſont tirés de ſes Tables dont nous parlerons ci-après. Il y a des fautes conſidérables dans ceux de la figure de ſon livre que j’ai corrigées dans celle-ci, où j’ai mis les portées à peu près dans la diſtance qu’elles doivent être à proportion des nombres qui leur répondent ; ce qui n’eſt pas dans celle de l’Auteur où les portées ſont éloignées également l’une de l’autre. Sa plus grande portée au ſixiéme point n’eſt marquée que de 1170 pas, au

cinquiéme de 1132, & au quatriéme de 1065 ; au lieu deſquels nombres j’ai mis 1190 pas pour le ſixiéme point, 1162 pour le cinquiéme, & 1085 pour le quatriéme. Je dirai les raiſons ce changement lors-que j’aurai expliqué la métode générale qu’il enſeigne pour calculer les portées.

Outre les nombres qu’il donne pour les coups élevés aux points de l’Equerre de Tartaglia, il donne une ſuite entiére pour les élévations à chaque dégré, dans laquelle ſuppoſant, comme il a fait dans ſa figure, que la portée du coup de point en blanc, qu’il appelle le point de l’ame, ſoit de 200 pas à 212 piés pour pas ; il dit qu’à l’élévation d’un dégré elle ſera de 244 pas ; à celle de 2 dégrés de 287. &c. ce que j’ai réduit en cette table ; dans laquelle il paroît, comme j’ai dit, qu’il a pris les nombres qui ſont dans ſa figure. Car le prémier eſt en l’un & en l’autre pour le coup de point en blanc ; le ſecond au prémier point de l’Equerre, qui eſt élevé à 712 dégrés répond ſeulement au 7 dég. de la table ; le troiſiéme au ſecond point répond, comme il faut, au 15 dégré ; le quatriéme ſur le troiſiéme point qui eſt élevé à 2212 dég., répond au 22 ; le cinquiéme ſur le quatriéme point, répond auſſi, comme il faut, à 30 dég. ; le ſixiéme ſur le cinquiéme point élevé à 3712 dégré, répond à 37 ; & le dernier ſur le ſixiéme point élevé à 45 dég. répond à 44 deg.

Cette table a des défauts. Le premier eſt que donnant une aſſés grande étenduë à la portée de point en blanc, il en donne autant à celle du douziéme point de l’Equerre, c’eſt à dire lors-que la piéce eſt pointée perpendiculairement ; ce qui eſt impoſſible. Car quoi que l’étenduë de point en blanc puiſſe être aucunement conſidérable, tant parce que la piéce eſt ordinairement quelques piés au deſſus du rez de chauſſé, qu’à cauſe que la poudre éleve le boulet au dedans de l’ame du Canon, & fait que ſortant de la bouche il eſt naturellement porté en haut, comme nous l’expliquerons mieux ci-après ; l’on ne peut pas dire néanmoins que le boulet d’une piéce pointée à plomb puiſſe monter autrement qu’à plomb & deſcendre par un autre chemin que celui par lequel il eſt monté.

L’autre défaut eſt que les nombres ne ſe ſuivent pas par tout avec proportion, & particuliérement depuis le nombre qui répond au 29 dég. car dans tous les chiffres de la table il paroit que leurs differences diminuent également & qu’ils ſont moins éloignés l’un de l’autre à meſure qu’ils répondent à plus grand nombre de dégrez ; cependant la différence des deux nombres 1037 & 1044 qui répondent à 27 & 28 dég n’eſt que 7 ; celle des nombres 1044 & 1050 répondans à 28 & 29 dég. n’eſt que 6 ; qui ſont l’une & l’autre beaucoup moindres que la différence des deux nombres ſuivans 1050 & 1065 répondans à 29 & 30 dég. qui eſt 15.

Un autre défaut eſt qu’il ne donne rien pour l’étenduë de la plus grande élévation de 45 dég. ; il dit ſeulement qu’elle doit être d’un pas plus grande que celle de 44 dég. ; & comme la différence des portées à l’élévation de 43 & 44 dégrés n’eſt auſſi que d’un pas, il s’enſuit que ces différences ſont égales, c’eſt à dire hors de la proportion de toutes les autres.

Tout ceci me fait préſumer que ni les nombres de cette table ni la régle qui les a produits, ne ſont point de l’invention de cet Auteur ; & qu’il peut être que lui ayant êté communiquez d’ailleurs, il les a tranſcrits ſans les bien entendre & avec aſſez de déſordre ; ce qui ſe conoîtra encore mieux dans la ſuite.

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