‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 122 sur 144 · Chapitre 4.2.4

Chapitre 4.2.4

Réponce à la quatriéme objection.

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LA difficulté qui vient de la compoſition des deux mouvemens dont il eſt parlé dans la quatriéme objection eſt plus grande. Car bien que l’on puiſſe aſſez bien comprendre ce qui arrive ſur ce ſujet lors-que les mouvemens ſont purement mathématiques, c’eſt-à-dire lors que l’on les ſuppoſe parfaitement réglez & incapables d’aucune altération : il n’en eſt pas de même de ceux qui ſe font parmi nous, leſquels dépendant de mille cauſes phyſiques qui nous ſont pour la plûpart inconües, ſont par conſéquent ſujets à pluſieurs changemens dont il n’eſt pas facile de rendre raiſon.

Ainſi Gallilée pour répondre à la même objection qu’il ſe fait lui-même, excepte premiérement des régles de ſa Théorie, les effets prodigieux du mouvement que le feu de la poudre imprime aux balles d’Artillerie, dont la vîteſſe eſt, dit-il, ſurnaturelle, parce que le mobile en tombant de quelque hauteur que ce puiſſe être, ne pourroit jamais naturellement en aquérir une pareille. Il avoüe même qu’il y a quelque apparence que la ligne que décrit la balle d’un mouſquet ou d’un Canon, eſt au moins dans ſon commencement plus droite qu’il ne faut pour être parabolique, & qu’elle ne ſeroit effectivement ſi l’impreſſion de ſa vîteſſe n’etoit pas ſi violente.

Dans un autre endroit, faiſant réfléxion ſur la table des amplitudes des paraboles, que nous avons raportée ci devant, & dans laquelle il met un 0 ſous les angles de 0 & de 90 dég. c’eſt-à-dire pour l’êtenduë du jet horizontal auſſi-bien que du perpendiculaire ; il fait dire à Sagredo, (qui eſt un de ceux qui perlent dans ſes Dialogues,) qu’il n’a point de peine à comprendre ce qu’il dit pour le jet perpendiculaire parce qu’il n’y a point de force quelle qu’elle ſoit, qui puiſſe, en portant le mobile ſuivant cette direction à l’infini donner au jet aucune autre étenduë que la perpendiculaire : mais qu’il ne peut pas ſi bien concevoir, qu’une force quelque grande qu’elle puiſſe être, ne puiſſe point porter un mobile horizontalement en ligne droite à une diſtance ſi petite que l’on puiſſe s’imaginer ; & qu’un boulet de Canon commence à deſcendre au premier moment qu’il ſort de la bouche de la piéce pointée, comme on dit, de point en blanc, & quitte la ligne de direction ſans pouvoir aucunement marcher en ligne droite.

J’aſſûrerois même que cela eſt, dit-il, abſolument impoſſible, ſi je n’en êtois retenu par un autre accident de la nature, qui n’eſt pas moins bigearre ni moins ſurprenant que celui-ci ; dont il y a néanmoins une démonſtration Géometrique : c’eſt qu’il n’y a point de force quelle qu’elle ſoit, qui ſoit capable d’étendre une corde poſée horizontalement en ligne droite. Comme ſi l’on attache aux extrémitez de la corde A B, deux poids C, D quelque grans qu’ils ſoient ; je dis qu’ils ne pourront jamais étendre la corde horizontalement de telle ſorte qu’elle faſſe une ligne droite A B. Car ſi l’on entend que le poids de la corde, agiſſant en I ſoit égal au poids H ; il eſt conſtant, par

les régles de la Mécanique, que le poids H deſcendra & fera monter les deux poids C & D toutes les fois que le chemin I E que le poids H ſera en deſcendant aura plus grande raiſon au chemin E F que les poids C, D feront au même tems en montant, que les mêmes poids C, D enſemble n’ont au poids de la corde H. Et comme la raiſon des poids, C, D enſemble au poids H, ne ſauroit jamais être ſi que l’on ne puiſſe faire un angle comme E A I dont la tangente comme I E n’ait encore une plus grande raiſon à la partie de la ſécante E F ; c’eſt-à-dire le chemin du poids de la corde H en deſcendant, au

chemin des poids C, D en montant : il paroît que ces poids ne ſauroient jamais empêcher que le poids de la corde ne deſcende, ni jamais par conſéquent l’étendre en ligne droite.

Galilée prend, en-ſuite de ce raiſonnement, occaſion de dire que ces deux cas ſont ſi ſemblables, que ce que l’on démontre de l’un peut être entendu de l’autre ſans difficulté : car les deux poids ſont à l’égard de la corde qu’ils-tirent, comme la vîteſſe de l’impreſſion eſt à l’égard du boulet qu’elle emporte horizontalement. Et comme ces poids, quelques péſans qu’ils ſoient, ne peuvent jamais empêcher que le poids de la corde n’agiſſe & ne la détourne de la ligne droite, où les deux poids la veulent étendre : ainſi cette impreſſion, quelque violente qu’elle puiſſe être, ne ſauroit ôter au boulet l’action de ſa péſanteur, par laquelle il ſe détourne de la ligne droite, où l’autre impreſſion le veut porter.

En effet de toutes les raiſons qui ſont à nôtre connoiſſance, il ny en a aucune qui détruiſe cette propriété de la nature : il faut pour la combatre avoir recours aux expériences comme on a fait dans la quatriéme objection. Surquoi je dirai premiérement au ſujet de celles que l’on rapporte des boulets de Canon qui tirez horizontalement mettent, comme on dit, beaucoup plus de tems à arriver à terre, qu’ils ne feroient s’ils tomboient ſeulement de leur poids de la hauteur de la bouche la piéce ; que ces expériences ſont extrémement ſuſpectes particuliérement en deux choſes, dont l’une eſt pour ce qui regarde la juſteſſe de la direction horizontale de la piéce, & l’autre eſt au ſujet de la conduite de la balle qui ne ſuit pas toûjours préciſément cette direction.

La plûpart des Canoniers s’imaginent que leur Canon eſt pointé juſtement de but en blanc, lors-qu’ayant remarqué quelque endroit oppoſé dans le niveau de leur piéce, ils la pointent vers cét endroit en mirant au long du métail, & font enſorte que la ligne de leur vûë paſſant de la culaſſe au bourlet, découvre le but où ils viſent : en quoi ils ſe trompent de beaucoup ; car le niveau de l’ame porte plus haut que cette mire, & fait par conſéquent monter le boulet au deſſus de la ligne horizontale.

Comme ſi la piéce A E eſt pointée vers un point das le niveau de la piéce comme B, enſorte que la ligne de la mire qui paſſe de la culaſſe A au haut du bourlet E découvre le but B ; il ne faut pas attendre que la balle marche au long de la droite horizontale A B, s’il eſt vrai qu’il ſuive la direction de l’ame D E, parce qu’elle n’eſt point parallele à la droite du raz de métail A C à cauſe que le métail eſt plus foible à la volée ; ce qui fait

qu’elle porte le boulet vers F & le contraint de décrire la courbe E G B pour arriver au point B.

Je ſai bien que ceux qui veulent pointer juſte ſelon la direction de l’ame de la piéce, ſe ſervent d’une eſpéce d’Equerre faite de trois régles bien droites A B, C D, F E diſpoſées deſorte que C D & F E étant attachées à angles droits, la régle A B ſe hauſſant & baiſſant au long de la régle F E, demeure toûjours parallele à C D. Car mettant C D dans l’ame de la piéce & hauſſant ou baiſſant A B juſqu’à ce que le point A ſoit ſur la mire de la culaſſe, la direction du point A par B

ſera la même que celle de l’ame ; deſorte que ſi l’on met quelque choſe de ſtable ſur le bourlet en G qui réponde à la hauteur du point B, l’on aura la ligne de mire A B parallele à celle de l’ame de la piéce.

Mais je ſai auſſi que lors-que la piéce eſt pointée de cette maniére, il n’arrive jamais qu’elle porte droit au but propoſé dans la diſtance de ſa portée ordinaire de niveau, & qu’il arrive au contraire que le boulet frappe beaucoup plus bas.

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