Chapitre 4.2.7
Réponce à la cinquiéme objection.
L’On ne ſauroit apporter trop de rigueur à l’examen des propoſitions de cette partie de Mathématique que l’on appelle pure, c’eſt-à-dire de celle qui conſidére la quantité abſolument détachée de la matiére. Et c’eſt en ce ſens qu’il fuat prendre cette belle maxime d’Ariſtote qui dit, qu’il eſt également impertinent d’exiger des démonſtrations dans les raiſonnemens de l’Orateur & de ſe rendre aux raiſons probables & vrai-ſemblables du Mathématicien.
Mais on ne doit pas avoir tant de ſévérité pour celles qui ſont tirées de la Mathématique que l’on appelle Mixte, dont le ſujet eſt la quantité compliquée & attachée à la matiére ; parce qu’êtant pour la plûpart fondées ſur des principes de phyſique, dans la conſidération deſquels l’eſprit humain ſe confond environné de ténébres épaiſſes : il ne faut pas s’étonner s’il ne les débroüille que ſur des conjectures, & s’il ne les appuïe que de raiſons tirées de ſes expériences.
Il croit beaucoup faire en ces matiéres, ſi les principes qu’il êtablit n’ont rien d’abſurde, s’ils ſont conformes aux maniéres ordinaires d’agir de la nature, c’eſt-à-dire s’ils ſont ſimples, aiſez & débaraſſez, s’ils ſervent à expliquer tout ce qui ſe fait ſur ce ſujet, & ſi l’on ne peut pas tirer de leur poſition, aucune conſéquence impertinente ou impoſſible.
En effet l’on n’a rien à reprocher en un ſiſtéme de phyſique, lors-que toutes ces conditions ſe rencontrent dans ſes hypothéſes ; & c’eſt en-ſuite à la Mathématique à en ntirer les conſéquences néceſſaires, dont les démonſtrations ne doivent pas être moins rigoureuſement examinées que celles de la Mathématique pure ; parce que le même art qui ſert à la Géometrie à former ſes concluſions ſur les premiers principes que la Métaphyſique lui fournit, ſert auſſi à la Mécanique à prouver ſes propoſitions par les principes poſez ſur les hypothéſes phyſiques.
C’eſt donc ſur ce pié qu’il faut examiner les diverſes définitions que l’on donne à l’accélération du mouvement des corps qui tombent, & voir ſi êtant uniforme elle ſe fait de telle ſorte que le mobile aquiert à tous les momens égaux de ſa chûte des dégrez égaux de vîteſſe ſuivant le ſentiment de Galilée que nous avons poſé pour fondement de toute cette doctrine, ou ſi cét accroiſſement de vélocité ſe fait à proportion des eſpaces que le mobile parcourt en tombant, ainſi que d’autres l’ont crû.