Chapitre 4.2.10
Un mobile en tombant aquiert à chaque mo-
ment un nouveau degré de vîteſſe.
NOus pourrions tirer mille autres conſéquences abſurdes de cette poſition, auſſi-bien que de toutes les autres de la même nature : comme de celles qui veulent que le mobile parcoure des eſpaces dans les tems égaux en raiſon double ou triple &c. ; dont la fauſſeté ſe connoit par l’expérience. Mais pour ne point nous arrêter plus long-tems inutilement ſur cette matiére, nous allons expliquer les raiſons qui ſervent à établir la définition de Galilée, & faire voir qu’elle a ſeule toutes les conditions qui nous ont ci-devant paru néceſſaires à un principe de phyſique : c’eſt-à-dire qu’elle n’a rien d’abſurde ; qu’elle eſt conforme aux loix ordinaires de la nature, êtant ſimple, uniforme, aiſée ; & que tout ce qui arrive au mouvement accéléré des corps qui tombent, peut-être facilement expliqué par ſon moïen, ſans que ſa poſition l’on puiſſe tirer aucune conſéquence impoſſible ou impertinente.
Galilée après avoir dit qu’il n’y a rien de plus uniforme, de plus facile ni de plus conforme aux maniéres ordinaires de la nature, que de dire au ſujet de l’accélération du mouvement des corps qui tombent, qu’un mobile en tombant aquiert en tous les momens égaux de ſa chûte, des dégrez égaux de vîteſſe ; & après avoir ſuppoſé par forme de pétition (qui a depuis êté démontrée par Torricelli,) que le mobile en tombant ſur des plans diverſement inclinez aquiert un même dégré de vîteſſe par tout, où il y a même hauteur perpendiculaire : il fait voir qu’il ſuit néceſſairement de ſa définition que les eſpaces, que le mobile parcourt, ſont entr’eux en raiſon doublée des tems qu’il employe à les parcourir ; enſorte que l’eſpace qu’il parcourt en deux tems, eſt quadruple de celui qu’il a paſſé dans le premier tems, & celui qu’il parcourt en trois tems, eſt neuf fois plus grande que le même. D’où il arrive que ces eſpaces parcourus dans des tems égaux ſe ſuivent, à commencer du point de repos, en continuelle progreſſion des premiers nombres impairs 1 : 3 : 5 : 7 : 9 : &c. Enſorte que ſi le mobile paſſe un eſpace au premier tems, il en parcourra trois au ſecond, cinq au troiſiéme, ſept au quatriéme, neuf au cinquiéme, & ainſi des autres : ainſi que nous l’avons expliqué ci-devant.