Chapitre 4.2.14
Suite de la réponce à la cinquiéme objection.
L’On pourroit maintenant dire avec quelque raiſon que tout ce que nous venons d’expliquer pour établir nôtre hypothéſe ſur la nature du mouvement des corps qui tombent ſuivant le ſentiment de Galilée, peut également convenir à celle qui veut que l’accroiſſement de vîteſſe ſe faſſe ſuivant la progreſſion des ſinus verſes, ſuppoſé, comme il a êté dit ci-devant, que ces deux opinions ſoient de telle nature qu’elles ne puiſſent être convaincuës de faux par les expériences que nous pouvons faire. Et qu’ainſi la difficulté en la cinquiéme objection reſte toûjours en ſon entier à cét égard, par laquelle il eſt dit que ſuivant cette derniére hypothéſe, la figure parabolique que l’on donne à la ligne de la projection des corps ſe trouveroit fort altérée & toutes les conſéquences que l’on en tire.
Mais il eſt tres facile d’y répondre, en niant ſeulement la conſéquence de la propoſition : car quand il ſeroit même véritable que l’accroiſſement de vîteſſe dans le mouvement des corps qui tombent, ſe fit ſuivant la proportion des ſinus verſes ; la figure parabolique que l’on donne à la ligne de la projection ne s’en trouveroit pas pour cela ſi fort altérée, que l’on n’en pût tirer les mêmes conſéquences ; puiſque la courbe décrite par le mobile tombant ſuivant cette hypothéſe, ſeroit tellement conforme dans ſon commencement à nôtre ligne parabolique, que tout ce que nous avons dit, de celle-ci pourroit être hardiment prononcé de l’autre, ſans craindre de faire aucune erreur qui pût devenir ſenſible dans des projections vint fois plus grandes que celles qui ſe font ordinairement parmi nous. Outre que cette opinion des ſinus verſes, quelque ingénieuſe qu’elle ſoit, eſt ſuſpecte par ſes conſéquences : parce que ce qui ſuit de cette hypothésſe, (ſuppoſant le mouvement de la terre,) qu’un mobile en tombant arriveroit au centre en ſix heures de tems, ſe trouve peu conforme aux ſuites de nos expériences par leſquelles nous ſavons qu’un corps qui tombe, parcourt peu plus de deux toiſes dans le tems d’une ſeconde. Car ſi nous faiſons que comme le ſinus verſe d’une ſeconde eſt au ſinus total, ainſi l’eſpace de deux toiſes parcourus pendant une ſeconde eſt à un quatriéme proportionel, c’eſt-à-dire au demi-diametre de la terre ; nous trouverons plus de vint-quatre millions de toiſes pour la longueur de ce demi-diametre, que nous ſavons néanmoins n’en avoir pas plus de trois millions.