‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 133 sur 144 · Chapitre 4.2.15

Chapitre 4.2.15

Réponce à la ſixiéme objection.

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NOus pouvons répondre à la ſixiéme objection ce que dit Galilée & que nous avons expliqué ci-devant dans la réponce à la quatriéme objection ; c’eſt-à-dire en exceptant des régles de nôtre Théorie les effets prodigieux que le feu de la poudre imprime aux balles d’artillerie, dont la vîteſſe eſt, dit-il, ſurnaturelle ; & avoüant comme lui, que la ligne que décrit la balle d’un mouſquet eſt, au moins dans ſon commencement, plus droite qu’il ne faut pour être parabolique, & qu’elle ne ſeroit en effet ſi l’impreſſion n’étoit pas ſi violente : ce qui peut être cauſe que la portée de but en blanc & celles qui ſe font avec peu d’êlévation ſur l’horizontale, ſont plus grandes qu’elles ne ſont marquées dans les tables. Mais comme cela n’arrive pas aux autres projections, & principalement à celles des Bombes, qui ne ſont pas pouſſées avec tant de violence, & dont les tirs les plus ordinaires ſe font ſur des angles de plus grande élévation : nous n’avons pas de ſujet de nous plaindre de ces petites exceptions, qui ne nuiſ€nt point du tout au deſſein principal de cét Ouvrage, lequel n’eſt fait que pour faciliter les pratiques de l’artillerie qui ſont communes & ordinaires parmi nous.

Ce n’eſt pas que l’expérience rapportée dans cette objection ne ſoit ſuſpecte, c’eſt-à-dire celle d’un mouſquet qui, chaſſant à toute volée à la longueur de 360 toiſes, porté de but en blanc à celle de 100 toiſes ; ce qui ne devroit arriver ſuivant les tables qu’à l’êlévation de huit dégrez. Car dans toutes ces ſortes d’expériences, il y a un concours de tant de cauſes différentes qui peuvent altérer la préciſion des effets, que le plus ſouvent ce que l’on impute à l’une dépend de l’autre, & même de celle à laquelle on n’aura point fait de réfléxion.

Ainſi l’on peut dire dans celle-ci par exemple, que la plus grande portée que l’on détermine à 360 to., eſt ici beaucoup mondre qu’elle ne devroit être, parce qu’ayant plus de chemin à faire que les autres, elle trouve plus d’obſtacle par la réſiſtance du milieu : & que la violence de l’agitation de l’air, que celle de la balle lui imprime en paſſant, ſuſpend peut-être en quelque maniére l’effet de ſa péſanteur & lui donne par ce moïen plus d’étenduë de portée dans les petites élévations.

Outre que ces tirs de but en blanc, quelque précaution que l’on prenne, s’êlevent toûjours au deſſus du niveau du but, tant parce que mirant au long du mouſquet qui eſt plus fort de métail à la culaſſe qu’à la bouche, la direction de l’ame ſe trouve élevée de quelques dégrez, que par la raiſon que nous avons aportée ci-devant de l’action de la poudre qui, s’enflammant ſucceſſivement ſous la balle, la fait hauſſer conſidérablement. Deſorte que ſi l’on aſſemble toutes ces cauſes & d’autres encore que nous ne conoiſſons pas : ne peut-on pas dire que penſant tirer horizontalement, il arrive ſouvent que la balle eſt portée notablement en haut, & même juſqu’à l’élévation de ſept ou huit dégrez, dont il n’eſt pas ſi facile de reconoître la différence, & bien moins encore de diſtinguer la cauſe à la quelle on la doive imputer.

Ce qui fait que je crois que l’on peut aſſûrer avec beaucoup d’apparence de raiſon que la nature agiſſant toûjours d’une maniére, les coups de mouſquet dans leurs portées ne ſortent point des régles qu’elle a établies pour tous les autres corps jettez ; & que lors-qu’il ſe trouve de la différence dans l’exécution, cela vient ordinairement du faux jugement que nous faiſons de la direction de la balle & de l’eſtime de ſa véritable portée.

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