‹ L’Art de jetter les BombesChapitre 142 sur 144 · Chapitre 4.4.4

Chapitre 4.4.4

Réponce à la ſeconde objection.

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L’On ne peut pas dire à ceux qui propoſent les difficultez, que nous avons raportées ci-devant contre la pratique & qui ſont pour la plûpart fondées ſur la réſiſtance & l’inégalité de la matiére, qu’elles ne ſoient tout-à-fait raiſonnables, & qu’il n’y en ait peut-être une infinité d’autres que nous ne conoiſſons pas, à qui l’on pourroit imputer la cauſe de ces effets bigearres & ſurprenans que nous voyons ſi ſouvent arriver dans l’Artillerie : mais l’on peut au moins aſſûrer que ces obſtacles peuvent être ſuffiſamment ſurmontez par la ſoin & par la méditation laborieuſe de ceux qui s’appliquent tout-à-fait à ce mêtier, & qu’ils ne ſont pas capables d’empêcher que l’on ne faſſe cependant un bon uſage de nos préceptes.

Ceux qui ſervent préſentement aux batteries des Bombes, où ils n’agiſſent que ſur les conoiſſances qu’ils ont aquiſes par l’expérience, rencontrent toutes les mêmes difficultez & trouvent par tout les mêmes obſtacles ; qui cependant ne les empêchent pas de tirer juſte : c’eſt-à-dire qu’ils ſavent par la pratique le moïen de les connoître & d’y remédier, & d’y appliquer en-ſuite les régles qu’ils ſe ſont formées par le long uſage, par le moïen deſquelles ils font porter la bombe où ils veulent. Pourquoi donc, à leur exemple, ne peut-on pas dire que ceux qui ſe ſervent des préceptes de cette doctrine, ont le même avantage de pouvoir par la pratique connoître & corriger ces défauts, avant que d’y appliquer les régles de la Théorie.

En un mot on ne peut pas aſſûrer qu’en tous les Arts, la ſimple conoiſſancne des préceptes ſuffiſe à leur perfection ; il faut les ſavoir appliquer au ſujet : & c’eſt dans cette application que l’on vroute toûjours la réſiſtance & l’opiniatreté de la matiére, qui fait naître mille obſtacles & mille empêchemens, que l’on ne connoît & que l’on n’apprent à vaincre que par la pratique & par l’expérience.

Quelle utilité pourroit on par exemple tirer de la Théorie de la Muſique, ſi l’on ne s’accoûtumoit par un long uſage à bien entoner les notes, à ſe former l’oreille à la juſteſſe des conſonances, à bien juger du bon & du mauvais effet qu’elles font dans leur mélange, tant entr’elles que parmi les diſſonances que l’on y peut inſérer. La ſcience des ordres d’Architecture & la parfaite conoiſſance de ſes préceptes ne peut pas être de grand fraut à un Architecte, s’il ne ſait par la pratique quel choix il doit faire des ornemens propres à l’édifice qu’il entreprent ? Quelle eſt la nature des matériaux qu’il y doit emploïer, & quel mêlange il en doit faire pour leur donner de la fermeté ? Quelle eſt la qualité du terrain ſur lequel il veut bâtir, de quelle maniére & de quelles meſures il doit faire ſes fondemens pour les rendre ſolides ; & mille autres particularitez qui rendent les édifices imparfaits & défectueux quand elles ſont ignorées ou négligées.

Ces difficultez néanmoins ſe peuvent vaincre par le courage & par le travail de ceux qui s’y appliquent ſerieuſement : les ſuperbes Bâtimens anciens & modernes, & les concerts admirables qui nous raviſſent tous les jours, nous aprennent que l’on peut devenir excellent Muſicien & parfait Architecte. Enfin après ce que nous avons vû par le retour heureux de ceux qui voyageant, pour ainſi dire, juſqu’en l’autre monde, ont eû la rage des vents, de la mer & des ennemis à combatre, celle de la faim & de la ſoif, mille périls des rochers, des courans, du feu ; & qui ont êté obligez de mettre en pratique ce qu’il y a de plus fin dans l’aſtronomie & dans les mécaniques : nous pourrons aſſûrer qu’il n’y a rien d’impoſſible aux ſoins, au travail & à l’induſtrie de l’eſprit de l’homme.

Il eſt vrai que c’eſt dans ces grandes occaſions que l’on reconoît le mieux les avantages conſidérables que l’on tire de la ſcience de la Théorie, qui dreſſe la pratique & perfectionne l’expérience ; qui toutes enſemble font heureuſement prendre le bon parti dans les périls les plus préſens & les plus preſſants.

C’eſt auſſi pour cét effet que le Roi entretient libéralement ſur les ports de mer de ſon Royaume, des perſonnes intelligentes qui enſeignent aux gens de Marine ce qu’ils doivent ſavoir de Théorie pour la navigation : & qu’il n’a rien épargné dans l’établiſſement qu’il a fait de ces Académies Illuſtres pour ſervir à l’avancement de ſes ſujets, je veux dire de celle des Sciences, de celle d’Architecture, & de celles de peinture & de Sculpture tant à Paris qu’en Italie ; étant perſuadé que la gloire de faire refleurir les Arts & les Sciences dans ſes États, n’êtoit pas indigne de ces mêmes ſoins & de cette laborieuſe application qui lui donnent tant de victoires.

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