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Chapitre 1.1.2

Premier uſage des Bombes en France
par Maltus.

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LEs Eſpagnols & les Hollandois ſe ſont ſervi de Bombes & de Grenades dans les longues Guerres qu’ils ont euës enſemble : Mais c’eſt ſeulement en l’année 1634. au premier ſiege de la Motte, que nous en avons veu dans nos armées. Il n’eſt pas vray que l’on en ait jetté pendant le ſiege de la Rochelle, comme Caſimir Siemienouski Polonois l’a dit dans ſon Livre du grand Art de l’Artillerie. Le feu Roy avoit fait venir d’Hollande le ſieur Maltus Ingenieur Anglois pour cet effet ; Et nous l’avons veu en pluſieurs ſieges ſervir principalement aux batteries des Bombes avec beaucoup de ſuccés. À Colioure en l’année 1642., il en jetta une qui creva la Ciſterne & obligea les aſſiegez à ſe rendre plûtôt qu’ils n’auroient fait ſans cet accident.

Il n’avoit point dans les commencemens toute l’experience qu’il a acquiſe dans la ſuite. Au premier ſiege de Landreci en l’année 1637., ſa batterie êtoit dans une redoute à l’attaque de Monſieur le Cardinal de la Valette ; Et l’on venoit ſe plaindre à tous momens que les Bombes qu’il penſoit jetter dans la Place, paſſoient par deſſus & alloient tuer du monde dans la trenchée aux attaques de Monſieur de Candale & de Monſieur de la Meilleraye qui êtoient aux autres côtés de la Ville.

Il lui arriva même un aſſés grand malheur pendant ce ſiege. La curioſité ayant amené dans ſa batterie pluſieurs Officiers Generaux de l’armée, il tira quelques Bombes en leur preſence ; mais enfin ayant mis le feu à le fuſée d’une Bombe chargée, comme il voulut le mettre à l’amorce de la lumiere du mortier, ſa meche ſe trouva éteinte ; il en prit l’épouvante & criant, ſauve qui peut, il ſauta le premier par deſſus le parapet de la redoute : chacun en voulut faire de même, mais la foule & le deſordre furent ſi grands, que la Bombe crevant dans le mortier & le mettant en mille morceaux, elle tua ou eſtropia beaucoup de gens.

Cet Ingenieur fut tué au dernier ſiege de Gravelines par un malheur tout à fait extraordinaire. Il avoit remarqué un poste prés de la Contr’eſcarpe des Ennemis où il avoit deſſein de pouſſer ſon travail à l’entrée de la nuit, & voulant le faire voir à l’Officier General, il fit un ſaut dans la tranchée pour en reconnoître la ſituation ; l’Officier en fit un aprés luy & n’ayant pas aſſés bien reconu l’endroit, il pria Maltus de ſauter encore une fois pour le lui faire mieux remarquer : Maltus le fit & receut en l’air un coup de mouſquet dans la tête. Ce qui fit dire par une eſpece de raillerie, qu’il avoit êté tiré en volant.

Toute ſa ſcience êtoit purement d’experience. Il n’avoit aucune connoiſſance des Mathematiques, ni d’aucune autre ſcience qui pût lui faire ſçavoir la nature du mouvement des Bombes, & de la ligne courbe qu’elles décrivent dans l’air par leur paſſage, ou de la difference de leurs portées ſuivant les differences de leurs élevations. Il ne pointa jamais ſon mortier que par hazard & en tatonnant, ou pour mieux dire par l’eſtime qu’il faiſoit de l’élognement du lieu où il vouloit jetter la Bombe, ſuivant lequel il lui donnoit plus ou moins d’élevation ; prenant garde ſi les premiers coups êtoient juſtes ou non, afin de baiſſer ſon mortier, ſi ſa portée êtoit courte ; ou le hauſſer, ſi elle alloit au dela de ſon but ; ſe ſervant à cet effet d’une eſquerre dont il faiſoit parade ; & dont je parleray amplement cy-aprés.

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