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Chapitre 1.1.3

Il y a des regles certaines pour les Jets des Bombes
inconnuës aux Bombardiers.

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LA plus grande partie des Officiers, qui ſervent preſentement aux batteries des Bombes, ſont des Elevés de Maltus ; & je n’en ay encore veu aucun, qui eut autre conoiſſance de cet art que de l’experience de pratique. Ceux qui en ont écrit parmi nous & Maltus luy-même, n’en diſent point d’avantage. Ils veulent que l’on ſçache à peu prés, par la pratique, l’élevation que l’on doit donner au mortier pour le faire porter à la diſtance que l’on ſouhaite ; Et que l’on ait le ſoin d’augmenter ou de diminuer cette élevation à proportion que la Bombe ſe trouve plus ou moins élognée ou en deça ou en dela du but.

Mais comme il a des regles certaines & demonſtratives, fondées ſur la Geometrie & ſur la conoiſſance que l’on a acquiſe de la nature du mouvement des corps jettez, & de la ligne courbe qu’ils décrivent par leur paſſage en l’air ; par le moyen deſquelles on peut raiſonner autant juſte que l’on le peut humainement ſur la differente étenduë des portées, non ſeulement des Bombes mais du Canon même en toutes ſortes d’Elevation : & comme on a ſur ce fondement inventé des inſtrumens qui peuvent donner des facilités extraordinaires à l’art de jetter les Bombes.

J’ay crû que je ferois ſervice au public ſi j’approfondiſſois cette matiere, recherchant avec ſoin ce qui en a êté dit par les Auteurs, & faiſant remarquer ce qu’il y a de faux dans le raiſonnement des uns, & ce que l’on peut recevoir pour aſſûré dans les pratiques des autres.

Il y a peu de matiere phyſique ſur laquelle on ait écrit plus de volumes que ſur la nature du mouvement des corps & dont pourtant on ait eu moins de conoiſſance par le paſſé. Tous les Philoſophes anciens ont fort bien ſçû que les mouvemens des corps qui tombent, & qu’ils ont appellé le mouvement naturel, s’augmentent inceſſament à meſure qu’ils s’élognent du commencement de leur cheute : mais perſonne n’a ſçû dire par quelle proportion ſe fait cette augmentation de viteſſe. Ils ont bien conu que les corps jettez en l’air, par un mouvement qu’ils ont appellé violent, y décrivent en paſſant une ligne courbe ; mais il n’ont jamais dit de quelle nature eſt cette ligne, & quelles en ſont les proprietés.

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