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Chapitre 1.1.4

Sentiment de Tartaglia ſur le jet des Bombes.

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NICOLO TARTAGLIA, Mathematicien de la Ville de Breſſe dans l’Etat des Venitiens, duquel nous avons parlé cy-devant, & qui vivoit au commencement du ſiecle paſſé, eſt le premier qui a recherché l’un & l’autre, & qui en a voulu faire l’application au mouvement des boulets tirés par le Canon ou par le mortier.

Mais comme il a établi certains principes de phyſique, qui ne ſont pas veritables ; il ne faut pas s’êtonner que ſes concluſions ſoient élognées du veritable genie de la nature. Il a crû qu’il n’y pouvoit avoir de mouvement qui fut compoſé du naturel & du violent ; ce qui lui a fait dire que la ligne courbe qu’un boulet, ſortant d’un mortier ou d’une piece d’Artillerie, décrit en paſſan dans l’air, ſe faiſoit en partie par le mouvement violent dont la force va toûjours en diminuant, & en partie par le mouvement naturel qui augmente inceſſamment de viteſſe à meſure qu’il s’élogne de ſon principe. Ce qui eſt faux dans la ligne que décrivent les Corps jettés dans laquelle ils diminuent inceſſamment de viteſſe.

Il avoit beaucoup medité ſur ce ſujet ; & dans le titre du livre que nous avons de lui intitulé de la ſcience Nouvelle, il promet de donner l’ordre & la proportion avec laquelle les portées des coups de Canon ou de mortier s’augmentent ou diminuent ſuivant la differente élevation de la piece, & le moyen de calculer toutes les differentes êtenduës des mêmes portées ſur la conoiſſance d’un ſeul coup tiré & meſuré. Il eſt vray que dans la ſuite de ſon diſcours il dit que, cette ſcience pouvant contribuer à la ruine & à la perte des hommes, il avoit reſolu de la ſupprimer, ſe reſervant neanmoins la faculté de l’enſeigner de vive voix à ceux qui s’en voudroient ſervir contre les Infideles.

Il a cependant produit pluſieurs choſes nouvelles pour la guerre ; & nous pouvons dire en paſſant que c’eſt lui qui s’eſt aviſé le premier d’arondir les flancs de ſes Baſtions en dedans de leur demi gorge ; dont je voy que l’on a renouvellé l’uſage depuis peu parmi nous : Quoi que les raiſons de Tartaglia ſoient bien differentes des noſtres.

Les Courtines êtoient extremement longues de ſon temps, & les Baſtions tres-petits. L’attaque ſe faiſoit alors le plus ſouvent au milieu de la courtine : ainſi il êtoit bon de diſposer le flanc de cette forme, afin que ces pieces pûſſent non ſeulement les flanquer, mais tirer même dans le dos des breches que l’on y auroit faites : à quoy les flancs arondis en dedans font un merveilleux effet, contenant plus de pieces tournées vers la Courtine que les flancs en ligne droite.

Mais à preſent que les attaques ſe font aux faces des Baſtions, il me ſemble que le Canon des flancs doit être principalement tourné de leur côté, & que ceux qui ne voient que la courtine ne ſont pas de grand uſage : Auquel cas il eſt faux de dire qu’un flanc arondi contienne plus de Canons voyans la face oppoſée, qu’un flanc droit ; Et cet uſage à mon ſens, ne ſert qu’à ôter du terrain dans la gorge du Baſtion en la reſſerrant, à diminuer la défence en l’allongeant, & à augmenter inutilement la dépence.

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