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Chapitre 1.1.6

Autres découvertes de Tartaglia.

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IL eſt neanmoins le premier qui ſe ſoit apperceu, qu’il êtoit abſolument impoſſible qu’il y eut aucun endroit dans toute l’étenduë de la ligne, que le boulet ou la bombe décrit par ſon paſſage dans l’air, fut en ligne droite, & qu’il faloit neceſſairement que cette ligne fut courbe en toutes ſes parties.

C’eſt le même qui a dit le premier que les coups tirés à l’élevation du ſixieme point de ſon Equerre qui répond à l’angle de 45 degrez, êtoient ceux dont la portée êtoit de plus grande êtenduë, & qu’ils alloient plus loin non ſeulement que les coups tirés lors que la piece êtoit moins élevée comme au quatriême ou au cinquiéme point, mais que ceux même qui partoient d’une élevation au deſſus comme au ſeptiéme ou huitiéme point & même plus haut.

Il dit que les Canoniers de ſon temps êtoient perſuadez que les coups tirés à deux points en deſſous du ſixiéme, êtoient plus grands que ceux du ſixiéme ; mais qu’ils en avoient êté deſabuſés par ſa doctrine & par l’experience, aprés une gageure fait à Verone en l’année 1532, où l’on tira deux coups d’une Coulevrinee de vingt livres chargée également de poudre & de balle, l’un ſur l’élevation du ſixiéme point, & l’autre ſur celle de deux points au deſſous.

Il avouë qu’il n’êtoit pas preſent à l’experience & que ce qu’il dit de l’êtendüe de chaque coup, n’eſt que ſur le raport des autres, qui lui firent entendre que le premier coup au ſixiéme point avoit porté à la longueur de 1972 perches Veroneſes qui ſont à peu prés égales à nos toiſes, & l’autre coup au deuxiéme point au deſſous du ſixiéme, à la longueur de 1872.

Surquoy il faut cette reflexion, qu’il faut dans la ſupputation de ces deux nombres, qu’il y ſoit arrivé de trois choſes l’une ; ou que l’on n’ait pas meſuré exactement l’êtenduë de ces deux coups ; ou que l’on ne la lui ait pas rapportée au juſte ; ou que la piece du ſecond coup ait êté plus chargée ou de meilleur poudre qu’au premier : parce, dit-il, que la raiſon lui fait conoitre que la portée du ſecond coup ne devoit pas être ſi grande à proportion du premier. S’il avoit marqué de combien elle devoit être moindre, nous pourrions tirer quelque conoiſſance de ſes ſentimens ; Mais il ne dit rien de plus.

Ce qu’il dit neanmoins que le ſecond coup ne devoit pas être ſi grand, eſt veritable ; car l’angle droit de l’Equerre êtant partagé en 12. parties égales, chaque point contient 712. deg., & partant l’élevation à deux points au deſſous du ſixiéme eſt à 15. deg. ſous le demy droit, c’eſt à dire à 30. deg. ; ſuivant laquelle la portée ne devoit être au vroi que de 1710. perches, ſi celle de 45. deg. avoit êté de 1972.

Cette difference ſi notable me fait conjecturer qu’il y a faute au texte de l’Auteur, & qu’au lieu de deux points au deſſous du ſixiême, il faut lire un point au deſſous du ſixiéme ; Car la portée du ſecond coup de 1872 perches ſuppoſé que celle du premier coup à l’élevation de 45. degrés fut de 1972. demande l’élevation de prés de 36. deg. qui n’eſt pas élognée de celle du cinquiéme point de l’Equerre, qui eſt un point au deſſous du ſixiéme.

Suppoſant donc, ce qui eſt tres veritable, que les differentes étenduës des coups de volée ne ſuivent point du tout la proportion des points de l’Equerre de Tartaglia ; il paroît que pour s’en ſervir avec quelque utilité, il faudroit que le Canonier éprouvât ſa piece élevée à tous les points & même à toutes les minutes de ſon Equerre, & qu’ayant exactement meſuré toutes les portées, il ſe ſouvint preciſement de chacune pour s’en ſervir quand il auroit beſoin de la faire chaſſer à une diſtance égale. Deplus il faudroit qu’il ſe ſouvint de donner toûjours la même charge & la même poudre à ſa piece ; autrement ſes experiences ſeroient inutiles. Et ce qui eſt de plus incomode, c’eſt qu’elles ne lui pourroient ſervir en aucune maniere pour les coups tirés d’une autre piece ; ſur laquelle il faudroit qu’il fit de nouvelles épreuves. De ſorte que comme il eſt moralement impoſſible de faire un art ſur la diſpoſition de tant & de ſi differentes experiences, & dont il eſt même tres-difficile de ſe ſouvenir ; Il paroit que cet inſtrument ne ſert à proprement parler qu’à faire parade d’une fauſſe capacité.

L’utilité que les plus habiles d’entr’eux ont accoutumé d’en tirer, eſt de remarquer au juſte l’élevation des premiers coups, qu’ils tirent, comme j’ay dit, ſur l’eſtime de la diſtance & ſur la connoiſſance qu’ils ont à peu prés par la pratique de la portée de leur piece ou de leur mortier. Auquel cas l’Equerre ordinairement diviſée par degrez eſt bien plus univerſelle & peut ſervir à beaucoup d’autres uſages. Elle eſt, comme celle de Tartaglia compoſée de deux bras inégaux à angles droits, dont le plus grand ſert à mettre dans la piece, ou das le Mortier. Le quart de Cercle eſt diviſé en 90. degrez à commencer du bras le plus court, & le plomb eſt attaché par un filet au centre. Quelques uns font paſſer l’arc de cercle au dela du plus petit bras, afin de

s’en ſervir pour les coups pointés au deſſous du rés de chauſſée.

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