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Ce n’est pas tout de faire naître, il s’agit d’abord de bien faire naître, et voilà la grande question de l’hérédité qui se dresse devant soi.
L’hérédité est cette loi de la nature suivant laquelle, les parents transmettent à leurs enfants, en même temps que la vie, les qualités et les défauts qui affectent le corps et même l’âme, constituant leur personnalité.
L’existence de cette loi ne souffre pas le moindre doute : les faits la prouvent surabondamment : ne voyez-vous pas chaque jour, la progéniture porter des fruits de ressemblance parfaite avec ses générateurs au triple point de vue physique, intellectuel et moral ?… N’est-il pas d’observation générale que les garçons ressemblent plutôt à la mère, les filles au père ?…
La littérature, l’art ne sont-ils pas de tradition dans une famille ?… Les parents n’ont-ils pas légué, pour toute héritage à leurs descendants, leurs vertus domestiques, civiques, etc., etc. ?…
Mais, si cette loi, qui revendique l’universalité à travers le temps et l’espace comme tout ce qui tient à la nature et en procède, est justifiée par des phénomènes d’expérience quotidienne, la rendant évidente, son explication n’en reste pas moins mystérieuse, surtout sous son aspect psychologique.
Physiologiquement, on comprend que le père qui transmet, au moins en germe, le corps et son organisme à celui qui sera le prolongement de lui-même, lui communique par le fait les qualités et les vices inhérents à son être physique. Aussi, rien d’étonnant qu’il puisse lui infuser la prédisposition à certaines maladies.
Mais, on s’explique difficilement que l’âme de l’engendré, subisse cette loi de transmission héréditaire, étant donné que, d’après l’enseignement de la philosophie et de la théologie révélée, l’âme de l’enfant ne vient pas de ses parents, mais est le produit immédiat de la création divine. Comment expliquer que cette âme spirituelle, créée immédiatement par Dieu, porte si visiblement l’empreinte de l’âme du père ou de la mère, dans ses facultés qui s’appellent l’intelligence, la volonté et l’appétit passionnel ?
Tout en conservant à l’hérédité une large place, on doit accorder au milieu où grandit l’enfant une importance pour le moins aussi considérable : de même pour la formation du caractère, les parents et le maître le cèdent à peine à l’hérédité, selon certaines opinions.
Laissons aux philosophes et aux théologiens la solution de ce grave problème et contentons-nous d’affirmer, après eux, que l’explication la plus obvie est fournie par la doctrine de l’union substantielle de l’âme et du corps ; conformément à cette quasi-compénétration intime des deux éléments du composé humain, il est rationnel d’admettre l’influence mutuelle de l’un sur l’autre.
Rappelons cette grande loi de la nature : « Les morts gouvernent les vivants », afin de mieux inculquer aux parents l’obligation fondamentale de favoriser la transmission par voie génératrice d’un corps sain, et l’infusion d’une âme douée des perfeclions intellectuelles et morales afin de les protéger contre la contamination des vices physiques, des faiblesses de l’esprit et des dépravations du cœur.
Quoi de plus terrible que de mesurer l’étendue des malheurs causés par une génération déjà viciée dans sa source naturelle ?… Quoi de plus effrayant que cette constatation, que du foyer de la vie jaillit un long cortège de maladies, aboutissant à une mort prématurée ?… Pourtant, c’est bien là, la responsabilité que prennent sur eux, des parents égoïstes, peu soucieux de se soumettre aux lois de l’hygiène et de la morale, dans l’intérêt de leur postérité.
Parmi ces tares héréditaires ou ataviques la science médicale mentionne l’alcoolisme, la syphilis, l’herpétisme, l’arthritisme, le cancer, l’hystérie, la folie, etc. Elle admet, sans doute, un tempérament à cette rigidité de la loi, dans le cas de l’union d’un être affaibli avec un être fort et sain ; mais il n’en reste pas moins vrai, qu’en règle générale, le péché originel, au sens théologique du mot, n’est pas le seul que l’enfant apporte en naissant : il est, aussi, grevé de ces hypothèques natives, imposées par l’inconduite de ses générateurs. Il est donc vrai de dire que l’homme qui abuse de la vie, en marge des prescriptions de la loi qui régit son corps et ses organes, qui met son âme sous le joug avilissant des passions déréglées et tyranniques et qui s’arroge le droit et l’honneur de la paternité, ajoute au méfait d’un suicide plus ou moins lent mais très efficace, celui d’un véritable homicide vis-à-vis d’un être innocent et sans défense.
Comment, par exemple, ne pas condamner des parents qui accomplissent la fonction génératrice dans un état de surexcitation nerveuse, occasionnée par une intoxication alcoolique ou autre cause affectant le physique et le moral !…
Mentionnons les deux plaies vives qui rongent, de nos jours plus que jamais, l’organisme social tout entier et qui le conduiront à une mort certaine, si une réaction éclairée et énergique ne se produit en faveur de la vie, dans sa lutte contre les éléments destructeurs, c’est-à-dire, l’abus de l’alcool et des plaisirs vénériens.
Disons, sans crainte, que l’alcoolisme et la syphilis sont les deux maux qui finiront par avoir raison de notre race, pourtant si belle et si forte, si nous ne réagissons pas avec énergie contre ces deux fléaux de l’humanité.
Qu’est-ce donc qu’un alcoolique ?… Le préjugé populaire veut que ce soit un homme qui s’enivre souvent, qui laisse sa raison au fond de son verre, disons le mot, un ivrogne de profession. Rien de plus faux. On devient vite alcoolique par la consommation régulière, même en petite quantité, de l’eau de vie, par l’absorption quotidienne du petit apéritif, jugé innocent, mais désastreux dans ses suites. Nous irions jusqu’à dire qu’un homme qui s’enivre à de rares intervalles, s’alcoolisera moins vite et plus difficilement, parce que durant la période de repos, l’organisme pourra éliminer le poison corrosif, et résister victorieusement à son action, tandis que la répétition des prétendus petits coups d’appétit engendrera une habitude morbide et destructive.
Le docteur Madeuf a dressé une liste intéressante de types victimes de l’alcool :
« Le buveur d’eau de vie est maigre, efflanqué, bilieux, de caractère violent et mange peu.
« Le buveur de bière est gai, gros et a l’estomac très dilaté ; il devient albuminurique.
« Le buveur d’absinthe est enclin au “delirium tremens” et s’achemine vers la folie, la démence, le suicide.
« Le buveur de vin présente de l’anesthésie.
« Le buveur de liqueurs à essences fait l’hypéresthésie, dont la paralysie générale est souvent la conséquence. »
Les maîtres de la science médicale, des sciences morale, économique, et sociale se sont tous étendus sur les ravages causés par l’abus des liqueurs, soit chez l’individu lui-même, soit dans sa descendance, soit dans la société domestique, soit, enfin, au point de vue des grands intérêts nationaux.
Résumons, à grands traits, le tableau chargé, mais vérifié par l’expérience, des ruines accumulées par le fléau de l’alcoolisme. Ces ravages s’appellent : la tuberculose, l’épilepsie, l’hystérie, l’idiotie, l’hallucination, la folie, une tendance morbide au suicide. Le cancer même, ce mal affreux que la science est impuissante à enrayer, tire souvent son origine de l’abus de la liqueur. L’impuissance au travail intellectuel, la perte totale ou partielle de la mémoire, en un mot l’incapacité à faire l’effort de l’étude, sont le résultat le plus clair des désordres cérébraux, produits par l’intoxication alcoolique.
Enfin, toutes les faiblesses d’une volonté mal servie par un système nerveux détraqué, dominée par des passions mal contrôlées et dépourvue de la force de résistance contre le vice et de la puissance d’action pour le bien, voilà le stigmate infamant, que porte la pauvre victime d’un poison absorbé sous l’étiquette de stimulant, de réchauffant, d’apéritif, d’eau-de-vie. Ne vaudrait-il pas mieux la qualifier d’eau de mort ?…
Faut-il pénétrer dans un intérieur de maison, dont le chef est, suivant l’expression du fabuliste, « un suppôt de Bacchus », qu’y verra-t-on ? Le désordre, l’indigence, la pauvreté avec son cortège de misères, une épouse en larmes, des enfants chétifs, souffreteux, souvent couverts de haillons, et portant infailliblement dans le sang le virus déversé par l’auteur de leurs jours, transformé en véritable meurtrier. Ces pauvres petits, dépourvus de toute force de résistance, ont apporté en naissant des germes morbides, qui se développent avec le temps et deviennent la cause du rachitisme, de la dégénérescence, des convulsions, de l’imbécillité, de l’aliénation mentale. Quel père, non dépourvu de sens moral, oserait envisager froidement les conséquences multipliées à l’infini de ses goûts dépravés et de sa passion abrutissante ? Il se dégrade lui-même, cela ne suffit pas ; il faut qu’il prépare des recrues pour les orphelinats, les hôpitaux, les asiles de fous, et les prisons.
L’alcoolique se rend coupable d’un double crime : le suicide, l’homicide.
Le célèbre Franklin a dit, avec beaucoup d’esprit, « qu’il faut plus d’argent pour nourrir un vice que pour élever trois enfants. »
Pourquoi les parents se montrent-ils si préoccupés de l’accroissement de la famille, et de l’insuffisance des moyens de lui fournir la nourriture et le vêtement, et mon trent-ils en même temps si peu d’inquiétude sur les effets meurtriers de l’intempérance dont ils peuvent être les esclaves et les victimes ?… Il suffit de signaler cette contra diction choquante, pour les mettre en garde contre le danger de la génération accomplie sous d’aussi funestes influences.
La nation elle-même portera à brève échéance, le poids de cette tare familiale, puis qu’elle n’est que la résultante des sociétés domestiques ; des pères et des enfants empoisonnés par l’alcool ne fourniront à l’État que des dégénérés, des vaincus dans la lutte de la vie, des membres inutiles dans l’organisme social et dans son fonctionnement économique.
Il n’est pas exagéré de dire que l’ivrognerie a plus fait pour démolir un empire ou un royaume que des armées ennemies, avec des engins de guerre perfectionnés. L’histoire de la Rome payenne est là pour le démontrer.
Pour plusieurs, le vice de l’alcool a été le premier pas, suivi des autres, tels que : la passion du jeu, de l’argent, la manie du vol, du vagabondage, de la prostitution, qui tous concourent à former une chaîne qui pèse lourdement sur toute une génération.
Ce qui se dit de l’alcoolisme et de ses suites désastreuses peut s’appliquer en grande partie à ces maux pathologiques repoussants qui s’appellent la syphilis et la gonorrhée. C’est ici plus encore que dans le cas précédent, que l’homme ne doit pas oublier, qu’il n’est qu’un anneau d’une chaîne, dont les parties intégrantes se multiplieront et se développeront, même après sa mort. Ici, s’applique en toute rigueur, cette loi naturelle, formulée dans les termes suivants par un homme de science et d’expérience, le docteur Héricourt : « En hygiène, toute faute se paie et tout crime subit son châtiment, aussi fatalement que s’exerce la pesanteur. »
La nature a des vengeances terribles ; et, si le délinquant porte dans son corps et dans son âme les signes infamants de l’abus des plaisirs vénériens, il perpétue sa honte et en fait subir la peine à toute sa postérité. La cécité, la paralysie générale ou partielle, la folie, voilà pour ne mentionner que les principales, le triste héritage transmis par un libertin et un débauché à ceux qu’il engendre.
Les médecins de nos jours, de notre pays comme ceux d’Europe, ne cessent de jeter les cris d’alarme au spectacle de la contamination de la jeunesse et de l’adulte ; ils rappellent avec raison, que c’est « le suicide de la race » qui s’opère avec une logique impitoyable ; ils protestent, au nom de la morale et de l’intérêt national, contre la contamination des sources de la vie, contre l’empoisonnement des courants qui la transmettent. Joignons notre voix à la leur et conjurons nos chers compatriotes, jeunes et vieux, de ne pas se faire les artisans de la mort, mais plutôt les constructeurs de familles vigoureuses, et d’un peuple débordant de sève vivifiante et féconde. « La prospérité et la force de la société, a dit un médecin, sont faites de la santé de tous. »
Àce propos, signalons le caractère éminemment contagieux de ces maladies dites vénériennes, en particulier, de la syphilis. Le simple contact avec les personnes qui en sont affectées, l’usage d’un verre ou d’une tasse, dans lequel ils ont bu, de linges ou d’éponges dont ils se sont servis, voilà des moyens de contagion contre lesquels il faut se prémunir. Gare à l’habitude qu’ont les enfants de tout mettre dans leur bouche, tel que sifflets, flûtes ou autres objets qui peuvent avoir été souillés par une bouche malsaine.
Faisons appel à la science éclairée, à la bonne volonté, toute de zèle et de dévouement pour le bien-être de l’enfance et la préservation physique et morale de la jeu nesse, faisons appel, dis-je, aux médecins, aux éducateurs religieux et laïques, aux ministres ayant charge d’âme, et, demandons-leur de NE PAS DISSIMULER, sous prétexte de timidité et de fausse honte, le danger qui menace la santé des corps et des âmes, mais, plutôt d’avertir, de façon à être compris, de ce péril imminent. Ainsi on sauvera la jeunesse d’aujourd’hui et l’adulte de demain, en lui signalant le microbe meurtrier et en le prémunissant contre lui.
« Je me garderai bien de chercher à dérober le secret des siècles futurs. Mais qui sait si, dans quelques centaines d’années, notre vie réformée ne rendra pas l’homme plus chaste ? Il le sera, en tout cas, jusqu’à l’âge de sa maturité complète, lorsqu’on saura le mettre à l’abri des facteurs malsains qui exaspèrent, avant l’âge, sa sensibilité. Le jour où l’on fera voir à l’adolescent, derrière les plaisirs qui l’attirent toute la gamme des poisons qui les accompagnent, il se penchera, réfléchi ou effrayé, du côté du devoir. »
Voilà le côté défavorable de l’hérédité, par la transmission des tares familiales ou des vices affectant l’être physique, intellectuel et moral des parents : il reste, et c’est là l’aspect consolant de ce mystérieux phénomène, à montrer que l’enfant peut puiser à la source même de sa vie, un bien plus précieux que la richesse matérielle, sous forme d’héritage. Des générateurs sobres et chastes infuseront un sang pur et généreux qui se transmettra de génération en génération et assurera la perpétuité de la race vigoureuse, l’avenir prospère de la nation.
L’amour de la science, la culture des arts, des lettres, les jouissances si nobles de l’esprit, voilà encore une semence de vrai et de beau jetée dans les âmes d’enfants, qui devront ainsi, à leurs générateurs, le meilleur d’eux-mêmes, et une existence que rien n’aura affaibli ni contaminé à son origine.
Enfin, les germes de toutes les vertus familiales seront déposés dans une terre très fertile et très favorable à leur développement : la religion, l’intégrité morale, l’esprit de sacrifice, mis au service de la famille et de l’État, en un mot, l’amour du bien sous toutes ses formes, et dans toute son efficacité, seront le produit direct et naturel de la fonction génératrice accomplie sous l’influence d’une saine hygiène morale.
« Il n’y a pas de spectacle plus réconfortant que celui des enfants beaux et sains au moral et au physique. Pourquoi alors, ne pas faire comprendre aux adolescents cette joie en perspective, résultat d’un devoir de pureté à accomplir ? Rien de plus salutaire que cette éducation de la chasteté masculine. Elle nous promet des volontés régénérées et des corps aux charmes modifiés. À l’honneur purifié et jouissant d’une cérébralité de plus en plus puissante, correspondra la femme autrement aimée, grandie et ennoblie. L’hérédité aidant, l’humanité se réveillera plus parfaite et meilleure. C’est au prix de la sensualité que notre existence deviendra plus profonde, plus altruiste et plus humaine. « La beauté de la vie devenue celle de la pensée et de l’action gagnera en bonheur vrai ce qu’elle aura perdu en parodie ou maladie de l’amour. »
Concluons ces remarques, en disant que l’enfant bien né, apportera avec ses dispositions de tempérance et de vie rangée une inclination native à l’économie et à l’usage modéré des moyens de vivre. Son argent ne sera pas traîné vers les débits d’alcool, de morphine, de cocaïne et autres narcotiques, pour ne pas ajouter les sentiers du vice ; mais, le livret de banque, la police d’assurance, des réserves pécuniaires pour les mauvais jours, seront en même temps que les signes probants d’une conduite sage, des garanties pour l’avenir de tous les membres de la famille…
L’hérédité peut être comparée à l’eau : si elle est souillée dans sa source, elle devient un poison qui se répand, mais, si son lit est sain et pur, l’eau sera limpide et salutaire ; ainsi en est-il des enfants : nés de parents avariés, ils seront des avariés, mais s’ils sont les descendants d’hommes respectant et la loi morale et la loi naturelle, ils seront l’orgueil et la gloire de leur pays !