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« L’allaitement du nouveau-né par sa mère, dit le docteur Variot, est une loi de la nature qu’il faut respecter ».
Il est, en effet, conforme à cette loi de la nature que l’enfant qui a vécu pendant neuf mois au sein de sa mère et a pour ainsi dire partagé sa vie en s’alimentant de la même nourriture, puise à la même source d’alimentation dès le début de son évolution physique et de son développement corporel.
C’est alors que commence véritablement, pour la mère, son rôle d’éducatrice. Elle a donné la vie rudimentaire, il lui reste à coopérer par quelque chose d’elle-même au perfectionnement de cette vie. La nature a tellement bien disposé toutes choses, que la santé et les forces de la mère et de l’enfant, dépendent, dans une large mesure, de cette nutrition par le lait maternel. D Héricourt écrit, à ce propos : « Mère, ton lait appartient à ton enfant… Dans les conditions normales de la santé, la mère doit donner le sein à son enfant ; nul autre lait ne lui conviendra aussi bien et l’exercice de la fonction nourricière, étant naturelle, ne peut qu’assurer la santé de la mère… Aussi, n’est-elle que la moitié d’une mère, celle qui ne nourrit pas ses enfants ».
Une mère n’est dispensée de ce devoir que dans le cas où elle souffrirait de tuberculose, de maladie cardiaque très avancée, d’épilepsie, d’hystérie ou autres troubles organiques dommageables à la nourrice et qui pourrait avoir leur contre-coup sur la santé du nourrisson.
La période normale de l’allaitement maternel est de douze mois ; le sevrage ne devrait pas se faire avant le dixième mois ni plus tard que le douzième, il faut, toutefois, éviter de sevrer l’enfant à l’époque des grandes chaleurs ou de la dentition. Il est bon pour la mère de prendre un purgatif au moment de sevrer son nourrisson définitivement.
Traitons successivement de l’alimentation de la mère-nourrice et de celle du nourrisson.
1 La mère-nourrice :
L’alimentation de la mère-nourrice doit être, règle générale, la même, avant et après l’accouchement ; l’enfant, étant formé du sang de la mère, et se nourrissant de lait formé par ce même sang, l’alimentation qui a permis à cette mère de nourrir le fœtus suffira à l’exercice de cette même fonction après la mise au monde de l’enfant. Mais, pour plus de précision, on peut dire que la nourriture liquide doit être préférée à l’usage de la viande ; par exemple : la nourrice devra boire beaucoup de lait, une pinte au moins par jour et de la crème ; comme nourriture solide des œufs, des soupes de légumes épaisses, des mets préparés au lait.
Le D Henri Legrand a dressé une liste graduée des aliments recommandés à la mère-nourrice.
1 Soupes et potages gras au lait avec pâtes et farines, potages crèmes (avoine, orge, etc.), potages purés de légumes. Le pain, les pâtes et les farines de croissance font partie du régime.
2 Viandes de boucherie, cervelles, volailles, poisson très frais, poisson gras ou à l’huile. Le régime alimentaire de la nourrice doit reposer sur cette base ; diminution de la viande et augmentation des farineux.
3 Les œufs sont à recommander sous toutes les formes digestibles.
4 Légumes. Les féculents ; pommes de terre, riz, fèves ; les pâtes alimentaires et les légumes verts : carottes, betteraves, en dives, épinards, salades, navets, salsifis sont permis.
5 Fromages. Les fromages frais sont, comme le beurre et la crème, d’excellents mets pour la nourrice.
6 Desserts. Les fruits cuits, marmelades, compotes, confitures, les entremets sucrés, crèmes, gâteaux sont recommandés.
7 Breuvages. Le lait et l’eau sont les meilleures boissons. Il est faux de dire que le « lait chasse le lait. »
Les excitants, tels que le café fort et le thé fort, doivent être écartés du régime de la nourrice, de même, pour les stimulants en particulier l’alcool, qui mêlé au lait et passant du sein de la mère au nourrisson, provoque des convulsions, prépare un champ favorable aux maladies, crée des goûts alcooliques et dispose presque toujours au rachitisme. « Le rachitisme, tel qu’il est écrit dans Larousse, débute généralement au bout de la première année ; l’enfant maigrit, son appétit diminue, ses chairs deviennent flasques, sa dentition se fait mal, tout mouvement un peu vif lui est pénible, il a souvent de la diarrhée et de légères poussées fébriles, en même temps des nouures apparaissent à l’union des côtes et des cartilages costaux (chapelet rachitique), la poitrine s’aplatit latéralement, le ventre devient très saillant, les articulations des membres sont gonflées, surtout au niveau des chevilles et des poignets, les jambes s’incurvent ; la fontanelle se fermant mal et les os du crâne ne s’ossifiant que tardivement ; la tête devient volumineuse ».
Les mets que la nourrice devra laisser de côté sont : les choux, l’ail, les oignons, les asperges, les gibiers faisandés, les conserves de viandes.
La nourrice doit, de plus, sortir tous les jours au grand air et chez elle, on devra lui procurer du repos et du calme et lui témoigner de la sympathie ; une émotion vive pourrait lui faire perdre son lait. Elle devra aussi surveiller de très près le fonctionnement de ses intestins, sans pourtant recourir à aucun médicament qui ne serait pas prescrit par son médecin.
2 Le nourrisson :
L’alimentation du bébé, par le lait maternel, doit être soumis à trois conditions indispensables de succès : l’hygiène, la modération et la régularité.
Avant de donner le sein à l’enfant, la mère fera bien de laver le bout du sein avec de l’eau boriquée ; après la tétée, faire un lavage à l’alcool est suffisant.
S’il s’y produisait des gerçures, lesquelles peuvent facilement devenir un foyer d’infection, il faudrait en avertir de suite le médecin. En attendant, laver les mamelons avec de l’eau boriquée.
Dans le cas d’engorgement du sein, il sera bon d’employer immédiatement des compresses d’antiphlogistine, ces compresses auront le double avantage de limiter cette surabondance et de prévenir toutes complications qui en résulteraient.
Si la montée de lait est trop forte, on doit faire une légère compression en bandant les seins avec une serviette ; si, au contraire, la montée est lente à se produire, la tétée est le meilleur galactopliore.
Les nourrices s’imaginent parfois avoir « la fièvre du lait », c’est une illusion, car elle n’existe pas. Il peut y avoir, chez certains sujets, une poussée fébrile à l’époque de l’allaitement, mais elle est ordinairement causée par une fatigue ou une excitation nerveuse, comme il arrive souvent après les émotions de la cérémonie du baptême.
La modération et la régularité dans les repas du nourrisson sont d’importance capitale. Ainsi, le garder presque constamment au sein ou multiplier sans discrétion les tétées, serait préjudiciable à sa digestion et empêcherait le sein de se remplir.
Voici certaines règles qu’il faut suivre scrupuleusement : la première tétée ne doit se faire qu’après les premières vingt-quatre heures ; douze heures après la naissance, on donnera au nouveau-né un peu d’eau bouillie tiède et sucrée.
Celui-ci, dans des conditions normales, doit faire sept repas par vingt-quatre heures, c’est-à-dire qu’il doit boire toutes les trois heures, puisque la digestion de sa nour riture exige cet espace de temps. L’horaire des repas sera donc, si l’ou veut, 5 heures, 8 heures, 11 heures dans la matinée ; 2 heures, 5 heures, 8 heures, 11 heures dans la soirée. Ce dernier repas pourra être omis, après le deuxième mois.
On ne doit pas donner à boire durant la nuit, une fois accoutumé à cette abstinence, l’enfant dormira huit à dix heures de suite. S’il lui arrivait de s’éveiller, un peu d’eau bouillie tiède et sucrée suffira.
Il est difficile de déterminer la longueur du temps que bébé doit consacrer à son repas et la quantité de lait qu’il doit absorber, car l’appétit varie avec les sujets et tous n’opèrent pas avec la même rapidité.
Tout de même, dix à quinze minutes sont un temps raisonnable et l’enfant se détachera de lui-même du sein, lorsqu’il sera rassasié.
Si l’enfant dormait, à l’heure de son repas, il faudrait l’éveiller ; après avoir bu, il se rendormira facilement, le sommeil est le meilleur emploi, que le nouveau-né puisse faire de son temps, d’une tétée à l’autre.
Le petit devra puiser sa nourriture, à chaque repas, aux deux seins successivement, et la mère prendra garde, en lui donnant le sein de ne pas lui boucher les narines et l’empêcher ainsi de respirer.
Le frein ou « filet » de la langue, n’empêche pas la succion de se faire normalement, ce n’est que dans ces cas, plutôt rares, de difformation buccale, que cette opération vitale serait impossible.
Si on a la curiosité de savoir quelle quantité de lait le bébé a absorbée, il suffira de le peser avant et après son repas.
Il sera bon d’habituer l’enfant au biberon, en lui faisant boire, à la bouteille, son eau bouillie, (quelques onces entre chaque repas) ; de la sorte, si la mère ne suffit pas à nourrir son enfant, le bébé sera préparé de longue main à l’allaitement mixte.
La menstruation ou une nouvelle grossesse ne sont pas une raison pour renoncer à l’allaitement maternel, puisque le lait n’est pas de ce fait altéré ; c’est une question dont la solution dépend plutôt de la force ou de l’affaiblissement de la mère. Le dicton populaire qui veut que « le lait tourne en sang » ne repose sur aucun fondement sérieux.
Les trois ou quatre premiers jours qui suivent la naissance, les selles du nouveau-né sont noires, c’est le résultat naturel d’une fonction organique qui est l’expulsion du méconium. L’urine aussi est d’abord foncée.
S’il y a de la constipation au début, il ne faudra pas trop s’en alarmer, elle disparaîtra à mesure que la nourriture s’enrichira. On peut du reste, aider l’intestin par un petit lavement d’eau tiède et savonneuse, un suppositoire de glycérine ou une cuillerée d’huile de ricin.
Le fonctionnement normal de l’intestin est de deux ou trois selles, par jour, au commencement et d’une ou deux selles plus tard.