‹ L’Art d’utiliser ses fautes, d’après Saint François de SalesChapitre 6 sur 11 · Partie 2 · Chapitre 3

Partie 2 · Chapitre 3

Si notre misère mérite notre amour, parce qu’elle nous force à rendre hommage à la vérité, et nous facilite l’imitation de l’abaissement du Verbe fait chair, elle nous deviendra bien plus chère encore, quand nous la considérerons dans ses rapports avec la miséricorde infinie de notre Dieu.

Déjà, au chapitre III de la première partie de ce livre, nous avons compris, et saint François de Sales nous a dit et redit que nos fautes ne doivent jamais nous désespérer, ni décourager, et que la douleur de les avoir commises doit toujours être accompagnée d’une invincible confiance en la divine Bonté. Les considérations que nous allons présenter nous démontreront que, bien loin de diminuer cette confiance, nos péchés et nos imperfections en sont l’un des plus féconds éléments.

Ici, surtout, les textes de notre saint sont assez nombreux et assez clairs pour dispenser de tout commentaire. Nous nous bornerons à copier. Mais auparavant, il ne sera pas inutile d’emprunter à d’autres sources quelques réflexions, qui sont la synthèse et les preuves théologiques de cette consolante doctrine.

Et d’abord, laissons M Gay nous exposer et développer, dans une page splendide, le principe fondamental de tout ce nouveau côté de l’art d’utiliser nos fautes : « Dieu, dit-il, en répétant le mot de saint Jean, Dieu est amour (I Jn 4, 8), Dieu aime, Dieu nous aime : il nous aime parce qu’il est l’amour ! Exister, aimer, et, maintenant que nous existons, nous aimer, c’est pour lui une seule et même chose, une seule et même nécessité. L’espérance n’est-elle pas dès lors un devoir pour nous tous ? Pouvons-nous craindre un excès dans l’espérance ? Si la défiance est toujours chez-nous, est-elle excusable ?

« On dira : il y a le péché. Hélas ! c’est trop vrai, le péché est partout, et partout où il est, il pose un problème, il amène une complication, il soulève un obstacle, problème pour nous, complication en nous, obstacle devant nous. Mais pour Dieu, y a-t-il des problèmes ? Est-ce que l’on peut embarrasser ses voies, ou lui opposer des barrières ? Il s’arrête s’il le veut, mais uniquement parce qu’il le veut. Partout où il lui plaît de passer, il passe. Le péché atteint Dieu en ce sens qu’il l’offense. Jamais il ne l’atteint en ce sens qu’il le modifie. Il modifie ses actes ; mais loin de modifier son essence, il ne change rien à sa disposition primordiale et foncière envers nous, c’est-à-dire l’amour qu’il nous porte. Face à notre néant, sa bonté devient l’amour, face au péché son amour devient miséricorde, et avec cela tout est dit. Oui, tout est dit. A une seule condition toutefois, c’est que le pécheur espère. Et à certains égards, nul n’a autant de titres que le pécheur à espérer en Dieu. Sans doute la sainteté divine a tant d’horreur du péché, qu’elle oblige sa justice à le punir de peines effroyables ; mais c’est précisément pourquoi la miséricorde en est incomparablement plus émue que de tous les autres malheurs qui pourraient nous frapper. Car enfin, si l’on regarde du côté de la peine qu’il mérite, le péché est la perte de Dieu ; c’est donc un mal suprême et vraiment la misère absolue. Où ira régulièrement la plus grande compassion, si ce n’est à la plus grande misère ? Telle est donc la raison pour laquelle la miséricorde divine s’excite ici plus que partout ailleurs, afin que le pécheur se repente, ait confiance, obtienne son pardon et se sauve. D’où vous voyez que l’ardeur même de la colère est en Dieu une source nouvelle et plus vive de pitié et de bonté, et devient dès lors, pour nous tous, un fondement nouveau d’espérance. »

Étant prouvé, et d’une façon si claire, que la miséricorde n’est autre chose que la bonté, c’est-à-dire l’essence même de Dieu dans ses rapports avec la misère de sa créature, n’entrevoit-on pas que chacune de nos fautes peut devenir, si nous le voulons, une occasion nouvelle, pour ce divin attribut, de se manifester et de se glorifier.

Ecoutons M Pie : « Beati misericordes ! En prononçant cette béatitude, on peut dire que le Fils de Dieu fait homme nous a révélé sa propre béatitude et celle de son Père qui est dans les cieux. Car si la miséricorde, telle que peut la pratiquer un simple mortel, est pour lui un principe et une source de félicité, que dire de la miséricorde telle que Dieu et Dieu seul sait l’exercer et quelle source de bonheur ne doit-elle pas entretenir incessamment dans le sein de la Divinité ? Bienheureux les miséricordieux : donc, bienheureux par-dessus tous les autres Celui qui seul a droit d’être appelé bon : unus est bonus Deus (Mt 19, 17), Celui dont l’essence est la charité, Celui dont la miséricorde et la bonté n’ont pas plus de limite que l’éternité elle-même : Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in æternum misericordia eius (Ps 135). La rigueur n’est point dans la nature de Dieu. Quand Dieu cède à la colère, quand il exerce la justice, il fait une besogne qui lui est étrangère : irascetur ut faciat… alienum opus eius (Is 28, 21). C’est la main gauche qui tient les verges, et Dieu se lasse vite d’agir avec cette main : peregrinum opus eius ab eo (id). La main droite du Seigneur, au contraire, est l’instrument favori de son cœur, elle fait les œuvres de son amour… D’un pécheur aveugle et incorrigible elle sait faire, en un clin d’œil, un pénitent résolu : hæc mutatio dexteræ Excelsi (Ps 76, 11). »

Mais, encore plus, la miséricorde ne peut s’exercer que sur la misère, et quelle plus affreuse misère que le péché ! quel objet plus pitoyable pour une infinie pitié ! Ces fautes dont le poids nous écrase et fait de nous des victimes de la divine colère, il ne tient qu’à nous de les faire valoir auprès de Dieu comme une occasion sans pareille pour qu’il manifeste un attribut qui lui est, ce semble, bien pius cher que la justice, à savoir la bonté, l’amour. Il ne tient qu’à nous de nous adresser à son cœur, et de lui dire avec David : Vous me pardonnerez, Seigneur, vous effacerez mes fautes, pour glorifier votre perfection la plus chérie, la miséricorde : propter bonitatem tuam, Domine ; et comme vous la glorifierez d’autant mieux que mes crimes à effacer seront plus nombreux, la multitude même de mes fautes, m’en fait davantage espérer le pardon : Propitiaberis peccato meo, multum est enim (Ps 24, 7, 11).

« Dieu, ajoute un ancien auteur trop peu connu, Dieu n’est-il pas le Maître qui nous a enseigné à ne pas nous laisser vaincre par le mal, mais à vaincre le mal par le bien (Rm 12,21) ; à ne pas rendre le mal pour le mal, ni la malédiction pour la malédiction (1 Pierre 3, 9) ; à combler de bienfaits nos ennemis et à accumuler ainsi des charbons ardents sur leurs têtes (Rm 12, 20) ? Or, le disciple n’est point au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur (Mt 10, 24). Si donc nous voyons des disciples de ce divin Maître pratiquer si parfaitement cette leçon que, non seulement ils se sont montrés pleins de bienveillance et de douceur envers leurs iniques persécuteurs et leurs cruels tyrans, mais qu’ils leur ont rendu le bien pour le mal, jusqu’à donner leur vie pour les sauver, que dirons-nous du Maître dont ces justes ont reçu et pratiqué une si sublime doctrine ?

« La charité de tous les disciples réunis, comparée à celle du Christ, n’atteint pas les proportions d’une goutte d’eau vis-à-vis de l’Océan. Si donc une étincelle de charité a été si puissante chez eux, que fera l’incendie immense, infini de la suréminente charité de Dieu ? »

« Ah ! s’écrie saint Jean Chrysostome, Jésus nous dit : Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle sera votre récompense ? Les païens n’en font-ils pas autant ? (Mt 5, 47). Et nous disons de Dieu : S’il n’exauce, s’il ne secourt que les justes ses amis, ne manquera-t-il pas quelque chose à sa bonté ? »

La sainteté infinie de Dieu se joint à sa bonté, pour la pousser à poursuivre le péché de sa haine, et, plus encore, le pécheur de sa miséricorde. « Dieu, dit le Père Segneri, a le péché en si grande horreur, que, afin de l’arracher des cœurs, non seulement il s’est humilié jusqu’à la mort, revêtu d’une chair mortelle, mais encore aujourd’hui, glorieux dans le ciel, il s’humilie jusqu’à se faire suppliant. Laboravi rogans (Jér 15, 6). Mais, savez-vous pourquoi ? Avez-vous jamais observé un chasseur au moment où il va tirer sur sa proie ? Voyez comme il évite le moindre bruit, comme il se baisse et, s’il le faut, rampe sur la terre. Pourquoi ? C’est qu’il veut tuer le gibier qu’il vise. Eh bien ! tel est l’objet des supplications du Seigneur, de sa patience, de son calme, de son silence pendant que nous l’offensons. Il n’a qu’un but : exterminer le péché, et l’exterminer complètement.

« Si le Seigneur précipitait immédiatement en enfer toute âme gravement coupable, sans doute il prendrait toujours le pécheur, mais jamais il n’exterminerait le péché. Au contraire, le péché s’éterniserait par son châtiment même. Mais, précisément parce que la haine divine s’attaque directement à la faute et seulement indirectement, à cause de la faute, au pécheur, Dieu use de tant d’industries, s’humilie avec tant d’amour, afin de séparer le péché du pécheur, et d’anéantir celui-là en sauvant celui-ci, ne se décidant à perdre le coupable que lorsque l’obstination de sa libre volonté ne permettant plus à Dieu de tuer le péché dans le pécheur, le force à tuer le pécheur dans le péché.

« Tel est le motif qui anime l’infinie Bonté à nous attendre, à nous inviter à la pénitence et à nous accueillir. Voilà pourquoi David, connaissant bien cette disposition de Dieu, s’en prévaut d’une façon singulière en s’écriant : Seigneur, vous me pardonnez mon péché parce qu’il est grand (Ps 24, 2). Un esprit ignorant de ce calcul divin croira que le Prophète se trompe, et aurait dû donner le nom de grande à la divine miséricorde et non pas à sa faute, excusant au contraire celle-ci, et l’atténuant par toutes sortes de considérations, afin de demander plus hardiment, et d’en obtenir plus aisément la rémission. David était mieux avisé. Il savait que l’énormité du péché est un motif, pour la divine Bonté, de l’exterminer plus volontiers, et il s’adressait à cette même Bonté en lui disant : Énorme est mon péché, afin de la déterminer à purifier entièrement son âme. C’est ainsi que le vigneron, qui voit sa vigne ravagée par un sanglier, décrit sous les couleurs les plus horribles la férocité et la force de cet animal, devant le chasseur, dans le but de l’encourager davantage à le poursuivre et à le tuer. »

Si David tenait déjà ce langage au Dieu des armées, avec quelle confiance ne l’adresserons-nous pas au Verbe incarné pour le salut des pécheurs, à Celui qui a voulu épouser notre nature ut misericors fieret, précisément pour donner un plus large épanouissement, une expansion plus généreuse à sa miséricorde ! Bossuet n’hésite pas à dire : « Jésus-Christ, comme Fils de Dieu, étant la sainteté essentielle, même s’il se plaît à voir à ses pieds un pécheur qui retourne à la bonne voie, il aime toutefois d’un amour plus fort l’innocence qui ne s’est jamais démentie… Mais quand il s’est fait notre Sauveur, il a pris d’autres sentiments par amour pour nous. Ce Dieu donne la préférence aux innocents ; mais, chrétiens, réjouissons-nous, ce Sauveur miséricordieux est venu chercher les coupables ; il ne vit que pour les pécheurs, parce que c’est pour les pécheurs qu’il est envoyé. » « Sa vocation est d’être Sauveur », reprend saint François de Sales. « Il est le Dieu des misérable, continue la vénérée Mère Chappuis. Chaque fois que nous lui offrons une faute à réparer, nous lui redonnons le titre de Sauveur. »

Dieu nous garde de rien dire qui sente l’exagération ou le paradoxe. Involontairement, nous nous rappelons le mot d’un grand évêque à des missionnaires qui gémissaient devant lui sur les iniquités dont leur ministère les rendait témoins : « Eh ! quelle serait votre raison d’être, mes bons Pères, s’il n’y avait point de péchés ? » Prêtre éternel, Jésus, notre Sauveur, permettez-nous de vous le dire aussi : quelle serait la raison d’être de votre vie mortelle et de vos souffrances inouïes, et que feriez-vous ici-bas, dans ces Sacrements, dans votre Église, s’il n’y avait point de péchés à pardonner ? Que feriez-vous de votre miséricorde, s’il n’y avait point de misérables ?

« Quand Jésus, a dit sainte Gertrude, ne trouve plus d’âmes assez vierges pour venir à elles comme Époux, il les laisse devenir malades, afin d’y venir comme médecin. » La joie et l’honneur que donne au médecin le malade qui lui confie ses plaies et les chances de sa guérison, le pécheur les procure au divin Samaritain, en lui offrant ses fautes à guérir. Si Dieu a été offensé par la faute, le Sauveur est glorifié par le pardon qui la détruit. Vraiment, il semblerait, à voir les faveurs dont il inonde les prodigues revenus à lui, qu’il veuille les remercier de lui avoir donné l’occasion d’assouvir les désirs et les besoins de sa clémence.

« Donc, mon âme, conclut le P. de Saint-François, de ce que tu te reconnais malade, de grâce, ne redoute point d’aller chez le médecin. Au contraire, vas-y avec d’autant plus de confiance que c’est pour toi, pour venir à toi qu’il s’est élancé de son lit nuptial, qu’il a marché à pas de géant depuis les sommets du ciel (Ps 18, 6). Il est venu te délivrer de la maladie du péché, car il savait que le médecin est nécessaire aux malades, et non aux bien-portants (Mt 9, 12). Folie funeste des pécheurs qui puisent des motifs pour fuir le médecin dans ce qui leur devrait donner plus de confiance d’aller à lui ! Insensé celui qui a peur de trouver un adversaire indigné dans celui qui est venu le guérir ! »

L’impie fuit sans que nul ne le poursuive (Prov 28, 1). Il est étrange qu’on fuie sans être poursuivi ; mais il est plus étrange encore que l’impie fuie lorsque non seulement personne ne le poursuit, mais quand la bonté divine elle-même l’appelle, court après lui pour lui offrir sa miséricorde, pour lui présenter un remède à ses maux, en lui promettant qu’elle lui donnera tout ce qu’il voudra bien lui demander pour son salut éternel.

Les apparitions et les révélations de Paray-le-Monial irradient ces pensées d’une douce et ravissante lumière ! Un saint religieux l’a fort bien dit : « Depuis la venue de Notre-Seigneur, la confiance doit être la vertu des pauvres pécheurs. » Mais depuis la manifestation au monde du Cœur de Jésus, cette confiance peut s’élever jusqu’aux limites de l’audace ! N’est-ce pas ce Cœur divin qui a répondu au coup de lance de Longin en versant sur lui, non seulement le pardon, mais aussi la sainteté et la grâce du martyre ? N’est-ce pas ce Cœur qui nourrit les pécheurs du sang qu’ils ont fait couler, comme le pélican, ses petits, de ses flancs déchirés par eux, et qui n’a voulu être blessé et ouvert, comme dit saint Vincent Ferrier, que pour montrer aux coupables la source même du pardon ? N’est-ce pas ce Cœur infini qui crie à tous, du fond de son tabernacle : Venez à moi vous tous qui êtes accablés, et je vous soulagerai (Mt 11, 28) ? N’est-il pas dévoré d’une soif inépuisable d’absoudre et de guérir, et n’est-ce pas étancher sa soif que de lui apporter des fautes à pardonner ?

Aussi est-il remarquable que les âmes les mieux initiées aux doux secrets du Cœur de Jésus se sont faites les apôtres les plus zélés de la confiance après le péché, et de l’art d’utiliser ses fautes ? La vie de sainte Gertrude renferme des traits délicieux à ce sujet, et sainte Marguerite-Marie y revient assez souvent : « Le Cœur de Jésus, dit-elle, est le trône de la miséricorde, où les plus misérables sont les mieux reçus, pourvu que l’amour les accompagne dans l’abîme de leurs misères.

« Quand vous avez fait des fautes, ne vous troublez pas pour cela, parce que le trouble, l’inquiétude et le trop d’empressement éloignent nos âmes de Dieu et chassent Jésus-Christ de nos cœurs. Mais, en lui demandant pardon, prions son Sacré-Cœur de satisfaire pour nous, et de nous remettre en grâce avec sa divine Majesté. Dites alors tout en confidence au tout aimable Cœur de Jésus : Ô mon unique amour, payez pour votre pauvre esclave et réparez le mal que je viens de faire. Faites-le retourner à votre gloire, à l’édification de mon prochain et au salut de mon âme. — Et de cette manière, nos chutes nous servent parfois beaucoup pour nous humilier et nous rendre compte de ce que nous sommes, et à quel point il nous est utile d’être cachés dans l’abîme de notre néant.

« Après vous être humiliée, recommencez à vous rendre fidèle, parce que le Sacré Cœur aime cette manière d’agir qui maintient l’âme en paix. »

Le vénéré Père de la Colombière, ne cessait de prêcher le même sujet. Nous tenons à reproduire le passage suivant d’une de ses lettre à une âme écrasée sous le poids de ses fautes. On trouverait difficilement un écho plus fidèle et un résumé plus pratique des enseignements que va nous donner ensuite saint François de Sales.

« Si j’étais à votre place, écrivait-il, voici comment je me consolerais. Je dirais à mon Dieu avec confiance : Seigneur, voici une âme qui est au monde pour exercer votre admirable miséricorde, et pour la faire éclater devant le ciel et la terre. Les autres vous glorifient en faisant voir quelle est la force de votre grâce, par leur fidélité et leur constance ; combien vous êtes doux et libéral envers ceux qui vous sont fidèles. Moi, je vous glorifierai en faisant connaître combien vous êtes bon envers les pécheurs, et que votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n’est capable de l’épuiser, que nulle rechute, si honteuse et criminelle qu’elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je vous ai gravement offensé, ô mon aimable Rédempteur, mais ce serait encore bien pis, si je vous faisais l’horrible outrage de penser que vous n’êtes pas assez bon pour me pardonner. C’est en vain que votre ennemi et le mien me tend tous les jours de nouveaux pièges : il me fera tout perdre plutôt que l’espérance que j’ai en votre miséricorde ; quand je serais retombé cent fois, et que mes crimes seraient cent fois plus horribles qu’ils ne sont, j’espérerais encore en vous. — Après quoi, il me semble que rien de tout ce que je pourrais faire pour réparer ma faute et le scandale que j’aurais donné ne me ferait de la peine. Après quoi, je recommencerais à servir Dieu avec plus de ferveur qu’auparavant, et avec la même tranquillité que si je ne l’avais jamais offensé. »

La vénérée Mère Marie de Sales Chappuis, nommée déjà dans ce livre, et qui avait pour occupation, disait-elle, de « fouiller le Cœur de Dieu », ne craignait point de dire : « Quand, à chacune de nos respirations, nous tomberions en quelque faute, si, autant de fois, on se redonne à Dieu pour recommencer à bien faire, les chutes ne nuisent pas. Le Seigneur regarde moins les fautes que le profit que nous en tirons, si nous les utilisons pour nous abaisser devant lui, et nous rendre petites, humbles et douces. Alors, elles ne nuisent point, elles n’affaiblissent pas sa volonté. C’est une grande grâce à une âme de constater ses fautes. Cette connaissance lui fait découvrir la bonté de Dieu et le prix des mérites du divin Sauveur. »

Notes

1. De la vie et des vertus chrétiennes. De l’espérance.

2. Homélie de M Pie au jour de Toussaint, 1er-11-1871.

3. Vénérable Alexandre de Saint-François, carme déchaussé, mort en 1630. Manuale pauperum, chap. 38.

4. Cristiano instruito. II, 7, n. 16.

5. 1er Sermon sur la Nativité de la Sainte Vierge.

6. IX, 368.

7. Saint Bernard dit la même chose : « Le Père des miséricordes est nécessairement le Père des misérables. »

8. Vénérable Alexandre de Saint-François, Manuale pauperum, id.

9. Lettre du P. Varin, 2-9-1805.

10. Saint Épiphane, Physiologue.

11. Œuvres complètes, t. II, p.473 et s.

12. Lettre 89°.

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