Scène XIV
GEORGETTE, TRISTAN.
TRISTAN, rentrant vivement, une lettre à la main. Par exemple ! voilà qui est dégoûtant !
GEORGETTE, à part. C’est lui !
TRISTAN, à part. C’est elle !
GEORGETTE. Arrivez, monsieur… que je vous fasse compliment de votre conduite.
TRISTAN. Je vous conseille de parler !… Et la vôtre, donc ?
GEORGETTE, lui montrant sa lettre. Vous vouliez me quitter ?
TRISTAN, de même. Eh bien !… et vous ?
GEORGETTE. Me direz-vous vos raisons ?
TRISTAN. Me direz-vous les vôtres ?
GEORGETTE. Oh ! je n’en manque pas… et elles sont excellentes !
TRISTAN. Qui sait ?… les miennes sont peut-être meilleures !
GEORGETTE. Au bout du compte, il fallait en finir un jour ou l’autre.
TRISTAN. C’est ce que je me suis toujours dit.
GEORGETTE. Ça se trouve à merveille.
TRISTAN. Il ne faut pas se fâcher pour ça !
GEORGETTE. Est-ce que vous croyez que je vous en veux ? Vous vous tromperiez beaucoup.
TRISTAN. Et moi, donc ?… Vous n’avez pas, j’espère, la prétention de me croire irrité ? (Ils déchirent petit à petit les lettres qu’ils tiennent à la main.)
GEORGETTE. On vit chacun de son côté… voilà tout !
TRISTAN. Parbleu ! ça n’empêche pas de rester bons amis.
GEORGETTE. Certainement.
De cette route, où nous marchions ensemble,
L’amitié doit être le but.
TRISTAN.
Mais il serait malheureux, ce me semble,
Que l’un marchât et que l’autre courût ?
GEORGETTE.
Oui, sans doute, il faut qu’on la suive,
Du même pas, en se donnant la main.
TRISTAN.
Et trop souvent, quand l’un des deux arrive,
L’autre est encore au milieu du chemin. (bis.)
GEORGETTE. Il paraît que nous sommes arrivés en même temps, nous ?
TRISTAN. C’est encore un effet de la sympathie.
GEORGETTE. Probablement !… (Changeant de ton.) Ah ! dites donc, est-ce que vous ne m’avez pas redemandé vos lettres tout à l’heure ? (Cherchant dans sa robe.) Je viens de m’apercevoir que je les ai sur moi… les voilà !
TRISTAN, les prenant, puis fouillant dans sa poche. Ah ! ma foi, c’est comme les tiennes… je croyais les avoir oubliées, et elles étaient dans ma poche.
GEORGETTE, les prenant. Grand merci !
TRISTAN. Il n’y a pas de quoi.
GEORGETTE. Elles y sont toutes ?
TRISTAN. J’espère qu’il n’en manque pas ?
GEORGETTE. Il y en a peut-être quelques unes dont j’ai fait des papillotes.
TRISTAN. À moins qu’il n’y en ait plusieurs avec lesquelles j’aie allumé mon cigare.
GEORGETTE, comptant les lettres. Une, deux…
TRISTAN, de même. Trois, quatre…