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Chapitre 5

L’absence du père Claude dura plus d’une heure. Quand il reparut, sa physionomie conservait l’impression d’une vive émotion.
— Sèche tes larmes ! dit-il à Jeanne, tu seras la femme de Bernard !

Elle se redressa, toute surprise, mais plus encore inquiète de l’agitation du vieillard.

— Grand-père, que dites-vous ? Que se passe-t-il donc ? Vous voilà tout bouleversé, tout chancelant…

— On le serait à moins ! murmura-t-il. Quelle découverte !

Sa petite-fille s’était empressée de courir vers lui. Elle le soutint, le guida jusqu’à son fauteuil, et quand il y fut assis, s’agenouillant à ses pieds :

— Calmez-vous, grand-père ! lui dit-elle. Expliquez-moi… Ah ! voilà que vous pleurez aussi maintenant.

— C’est de joie ! balbutia-t-il, secoué par un tremblement convulsif. Et cependant… Ah ! ma pauvre Jeanne !

Il la regardait d’un air navré. Tout à coup, il la saisit dans ses bras, la pressa contre son cœur. Puis, s’étant dégagé de cette étreinte et s’efforçant de sourire :

— Là ! fit-il, c’est passé ! me voilà remis… ne crains rien… la force et le courage me sont nécessaires… et je veux en avoir ! J’en aurai ! Si tu savais !

— Mais, répliqua la jeune fille, qui maintenant souriait aussi, mais je ne demande qu’à savoir…

— Non ! l’interrompit-il, pas encore !… N’abuse pas de mon trouble… Il s’agit d’un grand secret… Tu le sauras, parbleu ! mais plus tard, et d’une autre bouche que la mienne… Ah ! ah ! pour que tu sois heureuse, il te faut une dot… Eh bien ! je te la promets, voilà tout !

Jeanne pensa naturellement à Martial Arnoux, qui n’avait pas donné signe de vie depuis son départ pour l’Amérique.

— Auriez-vous reçu des nouvelles de mon père ?… demanda-t-elle. Est-ce qu’il serait de retour avec une fortune ? Est-ce qu’il se souviendrait de sa fille ?

— Ton père !… fit évasivement le vieillard, je ne veux te répondre ni oui ni non… Laisse-toi guider par moi… tu verras !… Nous allons partir !…

— Partir ! Mais où donc voulez-vous me mener, grand-père ?

Il la fit asseoir à ses côtés, et lui dit :

— Sais-tu bien, fillette, que tu as eu tout à l’heure une véritable inspiration.

Et, comme elle le regardait, étonnée :

— En songeant à ta sœur de lait, s’expliqua-t-il, à Mlle de Trévelec… C’est chez son père que je te conduis.

— Quoi !… vous espérez que le comte…

— Il ne nous refusera pas son appui, je te l’affirme… Mais, durant ce voyage, trêve à toute curiosité !… pas de questions ! Je t’ai dit et je te répète que tu seras Mme Bernard Désaubray… Cette assurance ne doit-elle pas te suffire ? Tu sais que je n’ai jamais menti, mon enfant… Regarde-moi, tu verras que je parle avec conviction… Ne m’en demande donc pas davantage… Aie confiance !

— Soit ! conclut-elle. Quand partons-nous ?

— Ce soir même ! répondit-il. À mon âge, il ne faut pas remettre au lendemain. Va tout préparer, mignonne. Mais rien que le strict nécessaire pour quelques jours. Pas de malle ! Mon vieux havresac ! Et, légers de cœur comme de bagages, en route !

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