III Son programme
Le général Boulanger parle « des mains qui exploitent la République ; » « des convulsionnaires de la Chambre ; » des « politiciens déconsidérés ; » du Parlement « stérile et impuissant. »
Il veut les remplacer « par le droit de la nation, » « la République de tout le monde ». Il veut « donner aux paysans le pouvoir d’être leurs propres mandataires et d’améliorer eux-mêmes leur sort. » (Discours de Nevers, 2 décembre 1888).
C’est pourquoi il veut faire la République d’un seul.
« Ce qui importe, c’est que le chef du pouvoir exécutif cesse d’avoir la situation effacée… » (4 juin 1888).
« Un seul ministre suffit, c’est le Président de la République. (Parti national, 18 avril 1888).
« La Chambre doit être formée par des délégués du peuple, pour voter ou repousser sans discussion les lois élaborées par un Conseil d’État. » (18 avril 1888).
Un seul homme parlant et agissant ; des ministres qui ne sont que ses commis ; une Chambre muette : c’est ce que le général Boulanger appelle « la République de tout le monde ; » nous appelons cela, nous : la dictature d’un seul !
Cette conception de constitution est ce qu’il appelle « la République fondée sur le respect de la liberté et la souveraineté du peuple. »
Nous appelons, nous, ce plagiat de la Constitution de 1852, la suppression de la liberté et l’anéantissement du suffrage universel.
Il a avoué lui-même la manière dont il considère le peuple.
« Il faut un Gouvernement fort. »
« Le peuple a besoin qu’on s’occupe de lui comme d’un enfant. » (10 avril 1888. Lettre à M. H. Loyson).
Le général Boulanger lui promet la pâtée, s’il est bien sage ; il lui donnera le fouet, s’il n’est pas obéissant.
Comme Bonaparte, il appelle « souveraineté du peuple » la remise de tous les pouvoirs du peuple entre ses mains.
Comme il prétend incarner le peuple, du moment qu’il sera le maître, c’est le peuple qui sera souverain. « Quand Stanislas buvait, la Pologne était ivre. »
La politique, pour M. Boulanger, « c’est un duel entre moi et le Parlement. »
Dans son manifeste aux électeurs de la Seine, il répète le pronom possessif vingt-cinq fois.
Lui seul et c’est assez ! Lui et toujours lui ! Voilà son seul programme !
Àcette question : — Que ferez-vous ? Quel est votre plan ? votre programme ? Les Boulangistes répondent : — Vive Boulanger ! — Qu’entendez-vous par la révision de la Constitution ? — Vive Boulanger — Quelle est votre Constitution ? — Vive Boulanger ! — Veut-il être président, dictateur, empereur ? — Vive Boulanger ! Est-ce la guerre, la paix ? — Vive Boulanger ! — La République, l’Empire, la Monarchie ? — Vive Boulanger !
Ave César !