V La Guerre
Supposons, par une hypothèse impossible, que le coup d’État de M. Boulanger réussisse, que 1881 puisse se recommencer ; que se passerait-il ?
L’histoire de tous les temps nous l’apprend.
Le despote ne peut tenir les promesses contradictoires qu’il a faites. Si serré que soit le baillon avec lequel il a étouffé le pays, il entend des murmures, il surprend des soubresauts qui annoncent le réveil. Alors il essaye de distraire le pays de son oppression intérieure en le jetant dans la guerre et il fait la guerre, non pas dans un intérêt national, mais dans l’intérêt de sa politique. Il la fait comme dérivatif. C’est une saignée qu’il donne à l’élément jeune et actif.
Louis-Napoléon Bonaparte avait crié à Bordeaux : « l’Empire, c’est la paix » ! Dès le lendemain, il faisait contre la Russie la guerre de Crimée pour un prétexte qui fait hausser les épaules aujourd’hui ; il a continué par la guerre permanente : Chine, Italie, Mexique, et enfin, pour assurer le trône à son fils, la funeste guerre de 1870 !
M. Boulanger fait répéter aussi « qu’il veut la paix. » Nous avons le droit d’ajouter à sa parole la confiance qu’a méritée celle de Louis-Napoléon.
Serait-il de bonne foi aujourd’hui, qu’il serait emporté par la logique de sa situation : il ferait la guerre, s’il arrivait au pouvoir, parce qu’il ne peut gouverner que par la guerre.
Cette guerre ne serait pas la guerre de la France. Ce serait la guerre de Boulanger, comme la guerre de 1870 fut la guerre de l’Impératrice.