Chapitre 12 Vingt contre un
Hardiment, à la sortie de l’église, Floridor avait offert son bras à Éva Cappardi.
Et la jeune fille, quelque peu stupéfaite, avait accepté inconsciemment, tandis que le soi-disant Romero demeurait interdit.
Un moment, sa surprise passée, Éva voulut protester.
Mais elle réfléchit que ce serait, de sa part, une suprême imprudence que de mécontenter le dragon.
Ne tenait-il pas entre ses mains le sort de ce jeune homme ?
Un mot de lui, dénonçant la supercherie dont lui-même s’était rendu complice, c’était, pour l’émigré, le peloton d’exécution.
Un petit frisson avait secoué Éva Cappardi et, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle s’était au contraire évertuée à faire la conquête du brigadier.
Tâche facile, car celui-ci était trop fat pour concevoir aucun soupçon sur la sincérité de l’attitude et du langage de la jeune fille.
Il en concluait simplement qu’elle était, comme beaucoup de ses semblables, de caractère volage, et qu’il ne lui déplaisait pas de recevoir un double hommage.
Aller du brun au blond.
N’était-ce pas, pour lui qui se piquait d’avoir des lettres et de connaître ses auteurs, obéir aux préceptes du sage Boileau, qui recommande de passer du plaisant au sévère ?
Et puis, il se disait que cette Corse ardente et chevaleresque devait avoir un faible pour les soldats.
Or, lui, il était un soldat, un vrai !
Elle le savait, puisqu’elle l’avait vu à la besogne.
Même qu’elle lui devait une fière chandelle, la citoyenne.
Tandis que ce chétif ci-devant…
Un citoyen dont on ne connaissait même pas le nom.
Un émigré qu’il avait tenu à sa discrétion, et qu’il pouvait d’un coup de sabre envoyer à tous les diables.
Un gringalet, avec deux poils de moustache sous les narines.
Était-ce vraiment le galant qu’il fallait à cette fille magnifique, de beauté forte ?
Voilà pourquoi le cœur gonflé d’un doux espoir, bombant la poitrine et dressant haut la tête, Floridor s’était constitué le cavalier d’Éva Cappardi jusqu’au logis de la jeune fille.
Là, par les soins de la tante, un bon repas était servi, que devaient présider la vieille femme et son mari.
Pour être franc, nous devons avouer que la vue des viandes froides en partie enfermées dans des gelées tremblotantes et des flacons de vins vieux, aux flancs poudreux, aux longs cols de cygne, détourna un peu l’attention du brigadier du joli minois d’Éva.
Elle s’en aperçut et ne perdit pas l’occasion d’user de ce moment de liberté pour se rapprocher du prétendu lieutenant.
L’obligation d’un rendez-vous, le soir, la troublait ; et si elle avait pu profiter du déjeuner pour lui glisser à l’oreille ce dont il s’agissait et le mettre sur ses gardes…
Mais, sans doute, le vieil oncle se méfiait-il d’une trahison qui pût soustraire son ennemi à ses coups, car il avait accaparé le jeune homme, sous prétexte de se faire raconter par lui la foudroyante et victorieuse campagne de Montesquiou en Savoie.
Heureusement, le bonhomme ne connaissait goutte à la question et ne prêtait, par surcroît, qu’une médiocre attention au récit fantaisiste non moins qu’enthousiaste, qui lui était fait.
Éva prit patience, se disant qu’à table, ce serait jouer de malheur, si elle ne parvenait pas à glisser quelques mots à l’oreille de César Romero.
Mais cette fois encore son espoir se trouva déçu.
La bonne tante décida que le compère et la commère devaient se faire face, c’est-à-dire être séparés l’un de l’autre par la largeur de la table.
Dans ces conditions, toute confidence devenait impossible, et Mlle Cappardi dut se résigner au rendez-vous du soir, à moins que… vers la fin du repas, elle ne trouvât moyen de glisser dans l’oreille du jeune homme ce qu’elle avait à lui dire.
Nouvelle désillusion… dont, cette fois, bien inopinément, Floridor, aussi, eut sa part.
Le brigadier, qui, depuis des semaines, errait à l’aventure, au hasard des étapes, l’estomac exagérément léger, avait eu une douce perspective à l’idée d’attaquer ces mets variés dont la plantureuse ordonnance couvrait la table.
Or, voilà qu’au moment où Floridor, qui s’était attribué le rôle d’écuyer tranchant, venait de plonger la lame de son couteau dans la croûte dorée d’un pâté, alors que – s’échappant par la brèche pratiquée, un parfum odorant venait chatouiller les narines délicieusement…
Voilà que dans la pièce voisine un rire retentit, suivi presque aussitôt d’un formidable bruit d’assiettes brisées, lequel fut lui-même accompagné de l’éclat d’un retentissant soufflet.
Floridor demeura bouche bée, le couteau en l’air, dans l’attitude du cavalier qui s’apprête à charger.
Des regards ahuris s’échangèrent entre les convives.
Et comme Éva allait se lever pour se rendre compte de ce qui se passait, une voix de stentor s’exclama à la cantonade :
— Faites excuse, citoyenne !… Mais si vous étiez aussi bien un citoyen, je vous passerais ma latte au travers du ventre…
Floridor, stupéfait, se dressa.
— Cette voix ! s’exclama-t-il… Mais c’est celle de Belamour !
— Belamour !… présent !
Et en même temps que ces mots étaient prononcés, la porte s’ouvrait, livrant passage à un dragon traînant derrière lui, par le poing, la servante des Cappardi, une luronne aux larges épaules, aux bras solides, qui ne paraissait pas, comme on dit vulgairement, avoir froid aux yeux. Le regard courroucé, Floridor interrogea le soldat.
— Qu’est-ce que ce vacarme ? Est-ce ainsi qu’on se conduit chez d’honnêtes citoyens, amis de la France ?
Mais Éva supplia :
— De grâce, monsieur le brigadier, ne grondez pas ce brave garçon et laissez-moi interroger Thérésa.
Puis, à la servante :
— Que s’est-il passé ?
— Dame, voilà, mademoiselle ; comme j’apportais une pile d’assiettes pour le service… v’là ce militaire qui entre.
« – Oh ! la belle fille ! qu’y s’écrie.
« Monsieur le militaire, que j’y réponds, vous êtes bien honnête.
« Alors, v’là qu’y m’chatouille, là, tout de suite. J’me mets à rire, et il m’chatouille si bien que v’là mes assiettes qui dégringolent sur le plancher.
« Pour le coup, signora, j’ai vu rouge, et j’y ai campé ma main sur la figure.
Puis, s’adressant au dragon :
— C’est-y pas comme ça que ça s’est passé, monsieur le militaire ?
Belamour, la joue encore incandescente de la gifle reçue, répondit, un peu piteux :
— Oui, brigadier, voilà l’histoire.
Éva, tout amusée de cet incident, avait empli un verre de vin qu’elle offrit au soldat.
— Tenez, fit-elle, voilà pour panser votre blessure, mon ami.
Le dragon avala le liquide, puis roulant des yeux blancs, soupira :
— Dommage qu’on puisse pas s’installer dans cette ambulance-là !
Et faisant claquer sa langue, il ajouta :
— C’est du fameux !
Puis à Floridor, changeant de ton et le visage soudainement sérieux :
— C’est pas tout ça, brigadier. Faut laisser là les pâtés et les rôtis.
— Pourquoi ?… Qu’est-ce qui se passe ?
— Y s’passe que vot’ peloton est déjà en selle, et que j’viens vous chercher.
Floridor devint pâle de colère.
D’un regard circulaire, rempli de gourmandise et de regret, il embrassa tout à la fois Éva et les victuailles.
— Qu’est-ce qu’y a donc ? interrogea-t-il. Les Piémontais reviennent à Nice !
— Ah ! bien oui… s’agit pas de ça. Y a au contraire qu’on part les dénicher de la citadelle de Villefranche.
Furieux, le brigadier haussa les épaules.
— Prendre Villefranche ! ricana-t-il avec un peloton de dragons… Villefranche où il y a une garnison de plus de trois cents hommes, dit-on ! Le général est fou !
Belamour paraissait stupéfait de cette liberté de langage, alors que se trouvait là un officier, dont le rapport pouvait avoir pour le brigadier des conséquences graves…
Aussi répondit-il brièvement :
— Fou ou non, c’est l’ordre.
Et, planté sur le seuil de la porte dans une attitude respectueuse, il attendit.
Pestant et grognant, Floridor s’était levé, avait repoussé sa chaise et pris dans un coin son sabre, qu’il accrochait avec fracas.
— Citoyens, dit-il avec un sourire qui ressemblait terriblement à une grimace, citoyens, et vous citoyennes, vous m’excuserez… mais s’il ne dépendait que de moi, soyez certains que j’aimerais mieux découper ce pâté que de tailler des croupières à MM. les Piémontais.
— On remettra à la vivandière votre part du festin, brigadier, déclara la jeune fille, qui ne fut pas assez adroite pour dissimuler la satisfaction que lui causait le départ de Floridor.
Instinctivement, et bien qu’elle lui fût reconnaissante du service rendu, elle éprouvait pour ce garçon un naturel éloignement.
Son empressement à s’emparer de son bras, à la sortie de l’église, ses pressements de mains, ses regards en coulisse, ses soupirs indiscrets, et aussi les coups d’œil qu’il jetait à la dérobée sur le soi-disant lieutenant l’avaient irritée.
Éva se reprit à espérer que, le brigadier une fois parti, elle trouverait enfin le moyen de se rapprocher de César Romero et de lui parler.
Mais, le sabre au flanc et le casque sur la tête, Floridor regarda l’officier.
— Eh bien ! mon lieutenant, dit-il d’un ton goguenard, nous ne partons pas ?
Le jeune homme sursauta et, embarrassé, balbutia :
— Mais…
Le brigadier fronça les sourcils.
— Je n’ai pas de conseil à vous donner, mon lieutenant, déclara-t-il, mais, vous le savez, – nous sommes à une époque où il n’est pas bon de se faire remarquer par sa tiédeur, et si le général – surtout si le commissaire de la Convention – apprenaient que, tandis que vos hommes sont allés se faire casser la figure, vous êtes resté à table à vous goberger…
— Eh bien ? interrogea la jeune fille avec anxiété.
Sous sa moustache rousse, Floridor eut un mauvais sourire.
— Eh bien ! citoyenne, poursuivit-il, je dis que j’aimerais mieux être dans ma peau que dans celle du ci-dev… du lieutenant.
Le jeune homme eut un hochement de tête plein d’une belle indifférence.
— Le devoir d’un soldat, dit-il très nettement, est d’obéir. M’apporte-t-on l’ordre de marcher ? non ; je reste…
Les lèvres de Floridor se pincèrent dans une grimace ; non seulement il avait éprouvé un malaise à la pensée que, en partant, il laissait la place libre à l’émigré ; mais il n’avait pas été sans remarquer le petit tressaillement de satisfaction par lequel Éva venait d’accueillir la déclaration de celui-ci.
— À votre aise, mon lieutenant, dit-il d’une voix qui sifflait un peu. Toutefois, voudriez-vous me permettre de vous dire un mot en particulier ?
César Romero se leva et suivit le brigadier dans l’embrasure de la fenêtre.
Alors, entre ses dents, Floridor parla d’une voix saccadée :
— Vous restez, c’est votre droit. Peu vous importe, après avoir, comme émigré, échappé au peloton d’exécution, de vous faire fusiller comme officier suspect de tiédeur ; seulement…
— Seulement ?… interrogea le jeune homme.
— Voilà. Nous autres, soldats de la Convention, nous avons des idées étroites sur le courage et sur l’honneur, et il est des circonstances où la tiédeur peut passer pour de la lâcheté.
Un éclair brilla dans les prunelles de Romero.
— Brigadier !… gronda-t-il.
— Ah ! mon ci-devant, ricana celui-ci, à votre disposition tant que vous voudrez, pour peu que ça puisse vous faire plaisir. Seulement, laissez-moi vous faire observer qu’ici ce n’est pas moi qui vous traiterais de lâche, mais ces citoyens-là.
Et il désignait d’un hochement de tête l’oncle et la tante d’Éva, dont les regards aigus demeuraient fixés sur les deux hommes.
— Or, poursuivit Floridor, vous devez à l’uniforme que vous portez et qui vous protège, de ne pas le déshonorer, ne fût-ce qu’en apparence.
Le raisonnement était juste, et peut-être précisément parce qu’il était juste, le jeune homme refusa de s’incliner ; il s’entêta.
— Possible, déclara-t-il, mais l’homme que je suis se déshonorerait bien davantage encore si, pour sauver sa vie, il marchait contre ceux qui, hier encore, étaient par le fait ses alliés.
Floridor tourmentait la garde de son sabre.
— Je vous conseille de vous vanter de ça ! fit-il. Quand on a des alliés de cette trempe, on n’en parle pas. Lâches et insolents ! vous les avez vus vos Piémontais ! D’ailleurs, est-ce à coups de langue que vous auriez par hasard l’intention de vous rencontrer tout à l’heure avec votre chevalier ?
Enfin, comme argument suprême, il ajouta :
— Et puis, rien ne dit que, le général ne vous ayant pas commandé, vous ferez partie de l’expédition.
Voyant le jeune homme ébranlé, il dit encore, pour le décider :
— Enfin, citoyen lieutenant, avez-vous le droit de compromettre ceux qui se sont dévoués pour vous sauver ? Je ne parle pas de moi : ma peau n’a pas tellement de valeur que j’y puisse songer. Mais il y a la vivandière qui joue gros jeu dans cette affaire, et dont la tête ne tarderait pas à suivre la vôtre. Il y a son petit qui se trouverait sans maman d’une heure à l’autre, y a votre bambin de frère, auquel vous manqueriez ; sans compter, en fin de compte, la citoyenne Cappardi qui pourrait bien être considérée comme complice et payer cher sa complaisance.
Cet argument, Floridor l’avait conservé pour triompher définitivement de l’hésitation du jeune homme.
Certes, il lui avait beaucoup coûté de faire allusion au sentiment que le blessé lui avait laissé entrevoir pour la jeune fille.
Mais, mordu au cœur par la jalousie et furieux de partir en laissant la place à son rival, il était résolu à tout pour le décider à ne pas rester en arrière.
Le soi-disant César Romero tressaillit, jeta du côté d’Éva un regard inquiet et dit brusquement :
— Soit.
Il décrocha son sabre, et, le casque à la main, s’approcha de la jeune fille.
— Mademoiselle, dit-il, permettez-moi de prendre congé de vous.
« Il paraît que de mon attitude peut dépendre le sort de personnes charitables qui ont bien voulu récemment s’intéresser à moi ; je n’ai donc pas à hésiter.
Il porta à ses lèvres la main qu’elle lui tendait et la baisa avec respect.
Mais sous sa bouche il sentit la chair subitement se glacer, tandis qu’un léger frémissement en agitait les doigts. Il en demeura délicieusement impressionné.
— À ce soir, murmura-t-il très bas.
Puis, après avoir embrassé le petit Jean et pris congé des vieux parents d’Éva, il sortit escorté de Floridor et de Belamour.
— S’agit maintenant d’allonger les jambes, déclara celui-ci, si on ne veut pas trouver la colonne à mi-route.
Heureusement, elle n’était pas partie.
Sur la place, rangés par quatre, le peloton de dragons se tenait, attendant l’ordre de départ, un peu retardé par une distribution de munitions faite à un bataillon d’infanterie.
À l’ombre d’un platane, le général Anselme s’entretenait, très animé, avec un groupe d’officiers.
— Eh bien ! brigadier, cria-t-il, dès qu’apparut le casque de Floridor, est-ce pour aujourd’hui ou pour demain ?
Floridor hâta le pas et vint prendre place devant le général et son entourage.
Alors Anselme aperçut le soi-disant Romero :
— Voilà une heureuse idée, lieutenant, dit-il, et un zèle dont je vous tiendrai compte dans mon rapport… n’en doutez pas !
Interloqué, sur le premier moment, le jeune homme allait répondre.
Heureusement pour lui, Anselme ne lui laissa pas le temps de prononcer une parole qui, sans doute, lui eût été fatale.
— Cela se trouve bien, continua-t-il. L’officier qui était commandé est introuvable. On le cherche encore, mais j’ai déjà perdu trop de temps. Vous voudrez bien le remplacer.
Puis à ses auditeurs :
— Citoyens officiers, vous pouvez rompre.
Et, se tournant vers le trompette, en selle, à deux pas de lui, près de son cheval qu’un soldat tenait par la bride, il commanda :
— Sonne le garde à vous !
Quelques instants plus tard, la petite colonne, rapidement passée en revue, se mettait en marche.
D’abord les dragons en éclaireurs.
Puis, un peloton de fantassins formant avant-garde.
Enfin le général avec ses officiers d’ordonnance, suivis du reste de la troupe.
César Romero figurait parmi l’escorte d’Anselme, marchant à quelques pas des autres cavaliers.
Il se tenait volontairement un peu à l’écart, éprouvant comme un inconscient scrupule à se trouver en semblable compagnie.
Lui, émigré, ayant la haine des idées révolutionnaires, voilà qu’il chevauchait avec les soldats de la Révolution, vêtu comme eux, prêt à verser son sang mêlé au leur. Il marchait en leur compagnie contre l’étendard piémontais, en lequel, la veille encore, il incarnait les idées de royauté et de patrie.
Et, impression singulière, son âme ne se révoltait pas.
Sa poitrine ne se gonflait nullement d’horreur à se sentir comprimée dans le drap de l’uniforme.
Même, il avait conscience que, malgré lui, son buste se redressait orgueilleusement ; que sur son front le poids du casque – lourd cependant pour une tête de recrue – ne pesait pas plus qu’un tricorne brodé ; et que, à ses oreilles, le cliquetis contre l’étrier de l’armature de cuivre qui garnissait le fourreau de son sabre, faisait une délicieuse musique.
Avait-il donc suffi de l’éclat de deux beaux yeux pour transformer à ce point les sentiments de haine que, huit jours auparavant, il nourrissait contre les idées nouvelles et leurs défenseurs ?
N’était-ce pas plutôt que ces sentiments n’avaient poussé en lui que de faibles racines, reflet surtout de ceux qui avait été inculqués en lui ?
Vingt-deux ans, du sang de gentilhomme dans les veines, l’odeur de la poudre dans l’air, et avec cela, dans le cœur et dans l’esprit, l’ardeur généreuse qui est le plus bel apanage de la jeunesse… Voilà ce qu’il avait.
Et, au contact de cet uniforme usé et poussiéreux dont l’avait revêtu par artifice l’ingéniosité amoureuse d’une jolie femme, le soi-disant César Romero s’était souvenu qu’avant tout il était Français.
Néanmoins, il éprouvait une sorte de honte à capter ainsi la confiance du général, celle de ses officiers et le droit de commander ces soldats.
C’est pourquoi il se tenait à l’écart, la tête basse, songeant pour se distraire à Éva Cappardi.
Tout à coup, dans le silence relatif de la rue, une voix de femme s’entendit :
— Salut, lieutenant Romero, et bonne chance !
Le jeune homme tressaillit sur sa selle et releva la tête, cherchant des yeux de quel côté avait bien pu venir cet aimable salut.
Il remarqua que la colonne, en ce moment, passait dans une rue qui longeait le jardin d’Éva Cappardi.
Et le visage de la jeune fille apparaissait, encadré de roses grimpantes et de glycines, au-dessus de la crête du vieux mur de clôture.
À côté d’elle, à califourchon, le petit Jean envoyait un baiser au grand frère.
Et ce baiser, César Romero s’imaginait, grâce à un effet d’optique, que c’étaient les doigts fluets de la jeune fille qui le lui adressaient.
Il salua du sabre.
Éva Cappardi devint toute rouge, car en défilant les officiers et les soldats eux-mêmes, curieux, tournaient la tête de son côté et tous ces yeux s’éclairaient à cette radieuse apparition.
La maison dépassée, le jeune homme repoussa son sabre au fourreau.
L’unique souci de la politesse le lui avait fait mettre au clair ; mais, maintenant, il lui semblait inutile pour lui d’être armé.
Pour rien au monde il ne tirerait son sabre contre les Piémontais, ses alliés de la veille.
Puisque à son sort était lié le sort de ceux qui s’étaient compromis pour lui, il consentait à se résoudre à jouer ce rôle, aussi longtemps que les circonstances l’y contraindraient.
Mais il entendait bien se renfermer en une passivité absolue et il était résolu, s’il fallait charger, à le faire le sabre au fourreau.
Non, jamais, – quoique à sentir si près de sa main la garde de ce grand sabre il éprouvât de singuliers frémissements dans les doigts, – non, il ne pourrait faire usage de cette lame contre ceux dont il avait défendu le drapeau, au péril de sa vie.
Il convenait, il est vrai, à part soi, que les Piémontais n’avaient guère mis d’enthousiasme à le défendre, ce drapeau, et que leur couardise était peu digne d’être soutenue de l’ardeur juvénile qu’il avait déployée.
Mais enfin !…
Depuis la sortie des faubourgs, on montait sous un soleil de plomb qui faisait fondre les fronts encerclés dans les casques ou écrasés par les gigantesques chapeaux.
Les chevaux soufflaient et les hommes traînaient le pied.
Ce qui n’empêchait pas les plaisanteries de courir de rangs en rangs, en fusées.
La gaieté du troupier français ne désarme jamais, même dans les occasions les plus rudes.
Soudain, le bruit d’un trot allongé sur le cailloutis du chemin fit dresser l’oreille au général Anselme.
— Qui vient là ? murmura-t-il en paraissant interroger son escorte.
Au même moment, un casque de dragon apparut derrière une roche, au milieu d’un tourbillon de poussière.
— Quel est cet animal-là ? grogna le général.
Cet animal n’était autre que Floridor qui descendait la pente, grand train, au risque qu’un faux pas le fît rouler dans le précipice qui bordait le sentier.
En travers de sa selle le brigadier maintenait un individu, jeté comme un vulgaire colis.
Arrêté devant le général, il empoigna l’homme, un paysan, par le collet de sa veste et, le soulevant sans effort apparent, le déposa à terre.
— Qu’est-ce que c’est que ça ? interrogea Anselme.
— Ça, mon général, répliqua Floridor, c’est un oiseau que j’ai pincé, au moment où il s’apprêtait à prendre son vol vers la citadelle, – sans doute pour rendre compte à l’ennemi de notre approche.
— Un espion ! gronda Anselme ; qu’on règle son affaire.
Le pauvre diable se prit à trembler comme un peuplier sous l’orage et baragouina, dans un patois presque incompréhensible, des explications auxquelles ni Anselme, ni ses officiers ne comprirent un mot.
Seul, César Romero semblait trouver un sens à ce que racontait le paysan, car son visage reflétait une surprise de plus en plus grande à mesure que l’autre avançait dans ses explications.
Floridor, qui surveillait le jeune homme, demanda tout à coup :
— Mon lieutenant, me tromperais-je en croyant comprendre que vous vous reconnaissez dans le cafouillis de ce drôle ?
Anselme se tourna vers le pseudo-officier de dragons et l’interrogea du regard.
— Mon général, expliqua César Romero, je n’oserais rien affirmer, car cet homme s’exprime dans un langage singulier qui n’est ni de l’italien ni du patois. Néanmoins, je crois comprendre que la garnison s’apprête à évacuer la citadelle.
Le général eut un geste brusque ; ses traits se contractèrent.
— Comment, évacuer ! Les renseignements que j’ai reçus hier sont donc faux. Et les troupes sont-elles en nombre moindre que je ne le croyais ?
— Ah çà ! mon général, déclara Floridor avec le franc-parler qui, à cette époque, était toléré entre les soldats et les supérieurs, ce n’est pas une raison. Sans doute ces fameux lapins de Piémontais ne trouvent-ils pas que Villefranche leur soit un terrier suffisamment protecteur.
Cette plaisanterie eut des échos, et Floridor, encouragé, haussa les épaules, tandis que son regard se coulait, malicieux et quelque peu méprisant, vers César Romero.
— Et voilà sur quels auxiliaires les ci-devants comptaient pour abattre la Convention et envahir la France ! Tant que le drapeau tricolore ne rencontrera pas d’autres adversaires, il n’aura pas grand mérite à faire son chemin.
Le jeune homme n’avait pas bougé.
Seulement, ses doigts nerveux pétrissaient la garde de son sabre et ses dents blanches mordaient ses lèvres pâles sur lesquelles une gouttelette de sang pourpre perla tout à coup.
Anselme demanda au paysan, par l’intermédiaire de Romero :
— Combien sont-ils d’hommes à Villefranche ?
— Plusieurs centaines, avec des quantités de munitions.
Le général tressaillit. Oui, c’était bien là ce que lui avaient appris les renseignements de ses espions.
Et c’étaient surtout les munitions qui l’intéressaient.
Mal approvisionné, tel qu’était son corps d’armée, c’était une aubaine à laquelle il n’aurait pas osé songer, que ces canons, ces obusiers, ces caisses de poudre et de cartouches qui lui tombaient entre les mains.
Il se retourna vers le paysan.
— Et tu prétends que ces gens-là vont détaler ? demanda-t-il.
— Oui, on les dit prêts à partir. Ils ont passé toute la nuit à charger les caisses sur les chariots, à atteler l’artillerie.
Anselme asséna un coup de poing furieux sur le pommeau de sa selle.
C’était bien là ce qu’il craignait.
Il jeta un coup d’œil désespéré vers la troupe qui l’accompagnait et qui, exténuée, soufflait sur le petit plateau où l’on s’était arrêté.
Plus bas, sur le chemin qui grimpait en lacet sur le flanc de la montagne, se voyaient encore de grands chapeaux noirs et des plumets rouges.
Il y en avait, des traînards…
Et à mesure que l’on avancerait, il y en aurait davantage encore.
La montée était rude, sous ce soleil ardent, par ce chemin raviné.
Combien, si le général voulait forcer encore l’allure, en resterait-il autour de lui lorsque l’on atteindrait la citadelle ?
Et, d’autre part, si l’on continuait de grimper de la sorte, en limaçons, quand on arriverait là-haut, il y aurait beau temps que le nid serait vide et les oiseaux envolés, que les munitions si ardemment convoitées seraient hors d’atteinte.
Une idée folle traversa le cerveau du général.
— Lieutenant Romero, commanda-t-il, vous allez prendre avec vous un peloton de dragons, choisis parmi les mieux montés, et vous escaladerez cette pente, grand train.
Pâle de surprise, d’émotion aussi, le jeune homme répondit simplement :
— Bien, mon général !
Mais, malgré lui, il regarda Floridor.
Le brigadier lui parut sourire dans sa moustache.
Anselme s’expliqua :
— Il faut que vous arriviez là-haut avant le départ de la garnison et que, par un coup d’audace foudroyante, vous la fassiez prisonnière.
Floridor ne put retenir une exclamation qui fit se retourner vers lui le visage sévère du général.
— Eh bien ! quoi, brigadier ?… Qu’est-ce qui te paraît si amusant dans ce que je viens de dire ? interrogea-t-il.
Assez décontenancé, Floridor balbutia que c’était l’idée crâne du général qui l’avait stupéfié.
La vérité, c’est qu’il trouvait très divertissant de voir cet émigré d’hier chargé de tailler des croupières à ses amis.
Anselme répéta :
— Vous avez compris, n’est-ce pas ? D’ailleurs, c’est bien simple ! il s’agit tout simplement, avec votre peloton, de charger l’ennemi, comme si vous aviez une division derrière vous.
Il ajouta, la main levée vers les soldats :
— Au surplus, c’est une besogne facile avec les lapins du 2e dragons.
Flattés du compliment, les cavaliers hurlèrent à plein gosier :
— Vive le général !
Celui-ci dit encore, pour surexciter davantage encore les troupiers :
— Allez, lieutenant, et prouvez-moi qu’un officier de Montesquiou est digne de commander les dragons d’Anselme.
Floridor, sans attendre d’ordre, commanda :
— Par deux, au trot… marche !
Anselme n’avait pas eu le temps de faire une observation que le brigadier, à la tête du peloton, dévalait le long du ravin, dans lequel les pierres, arrachées au sol par les fers des chevaux, roulaient avec fracas.
— Bast ! fit le général, autant celui-là qu’un autre. C’est un gaillard qui n’a pas froid aux yeux et qui a une audace extraordinaire. Allez, lieutenant, et bonne chance.
César Romero salua et rendit la main à son cheval, qui partit au galop.
Sur un signe du général, les fantassins rompirent les faisceaux et l’escalade recommença.
Le lieutenant avait rejoint le peloton qu’il devait commander et, filant entre les cavaliers et le ravin, sur la crête même du gouffre, il alla prendre sa place en tête, à deux mètres en avant de Floridor.
Sans hésitation, celui-ci poussa son cheval de façon à se trouver botte à botte avec l’officier.
— Eh bien ! dit-il entre ses dents, pour une bonne farce, c’est une bonne farce, jeune homme. Vous voilà au service de la Convention malgré vous, et obligé de taper sur vos anciens amis.
Le jeune homme fronça les sourcils et déclara :
— Brigadier, faites-moi la grâce de garder vos plaisanteries pour un autre moment.
— Le citoyen est de mauvaise humeur ?
— Mauvaise ou bonne, mon humeur ne veut pas supporter vos brocards ; et si vous persistiez, je pourrais oublier que mes épaulettes m’obligent à garder mes distances.
— Et ? interrogea Floridor, les lèvres pincées.
— Et peut-être n’aurais-je pas la force de résister à l’envie de vous allonger le coup de sabre que vous paraissez chercher.
Le sourire de Floridor s’élargit, et il soupira :
— Oui, c’est dommage que mes galons de laine ne puissent s’aligner avec vos épaulettes. C’est vrai que ça m’aurait fait plaisir de croiser le fer avec vous.
Il ajouta philosophiquement :
— Mais quoi ! c’est un peu de patience à avoir. Vous ne serez pas tout le temps officier de la Convention.
— Vous pouvez croire que, s’il ne dépendait que de moi, en ce moment, je mettrais l’éperon aux flancs de mon cheval…
— … Pour aller rejoindre vos amis les Piémontais, interrompit méchamment Floridor ; ça vous sera facile, puisque nous allons vers eux. Vous n’aurez qu’à faire volte-face, voilà tout.
Le visage de César Romero s’empourpra et, avec violence, il demanda :
— Me crois-tu donc lâche et vil à ce point ? N’aurais-tu même pas de moi l’opinion qu’en a eue cette brave femme de vivandière ?
Et, s’exaltant :
— Quoi ! penses-tu que j’irais, pour sauver ma vie, déshonorer un uniforme auquel je dois d’avoir échappé à la mort ! cet uniforme, surtout, qui est celui de ma patrie ! Je suis Français, moi aussi, et tout aussi bien que toi, j’aime mon pays.
— Seulement, ricana Floridor, nous ne l’aimons pas de la même manière.
— C’est-à-dire que nous ne le voyons pas heureux de la même manière.
Ils continuaient d’escalader au trot la pente rude, ayant, sans y prendre garde, pris, sur la petite troupe qui les suivait, une avance considérable.
— Bigre !… C’est bien imprudent ce que nous faisons là, observa Floridor qui, en se retournant, avait aperçu les casques de leurs hommes, plus bas, au-dessous d’eux, le long du flanc de la montagne.
César Romero haussa les épaules.
— Baste ! dit-il, ce qui doit arriver arrive ; d’ailleurs, le général ne m’a-t-il pas donné l’ordre de faire diligence ?
— Pas tout seul.
— C’est aux autres à me suivre.
Et le jeune homme accéléra l’allure de son cheval.
Un moment hésitant, le brigadier déclara :
— Ça, c’est crâne ! Nous nous ferons peut-être casser la figure, mais je veux que le diable me croque, si je vous cède le pas d’une semelle.
Et, botte à botte, au risque de rouler dans le ravin qui bordait le sentier, ils poursuivirent la route.
Soudain, à un tournant, ils débouchèrent sur une sorte de plateau, – celui-là même qui servait d’assises à la citadelle.
À cent mètres d’eux à peine, les murailles dont le soubassement était taillé dans le roc s’élevaient sombres, menaçantes.
Une sorte de crevasse naturelle, demi-circulaire, entourait, ainsi qu’un fossé, les avancées de la forteresse, la rendant ainsi imprenable, du côté où venaient d’apparaître les deux cavaliers.
De l’autre coté, c’était la montagne qui élevait un mur droit et à pic, jusqu’à une hauteur de deux cents pieds.
Le pont-levis, jeté sur la crevasse, était en ce moment abaissé, pour permettre à la garnison d’effectuer la sortie.
Sur le plateau, déjà, se trouvaient réunis quantité de chariots et de pièces d’artillerie, prêts à suivre les Piémontais dans leur retraite précipitée.
Et une escouade d’avant-garde avait déjà franchi le pont-levis, pour éclairer la route.
— Tonnerre ! clama Floridor, nous arrivons trop tard !
— Trop tard ! répéta ironiquement le jeune homme… tu veux dire tout à fait à pic.
Et il enfonça ses éperons dans les flancs de sa monture, qui bondit.
— Il est fou ! gronda le brigadier.
Mais déjà Romero abordait les Piémontais qui, interdits à la vue de cette apparition soudaine, se replièrent précipitamment dans la direction du pont-levis.
— Rendez-vous ! cria l’officier français.
Il avait laissé son sabre au fourreau et dressait le bras dans un geste dominateur.
Pour toute réponse, des fusils s’abaissèrent dans sa direction ; une salve éclata, dont les balles sifflèrent à ses oreilles.
— Rendez-vous ! cria Romero pour la seconde fois.
Floridor accourait, le sabre haut, hurlant de toute la puissance de ses poumons :
— En avant ! les dragons ! En avant ! comme s’il eût eu derrière lui plusieurs régiments de cavalerie.
Mais, tout en hurlant, il fonçait sur les Piémontais, tel un sanglier acculé sur la meute des chiens.
Son sabre se levait, s’abaissait, volait de droite et de gauche, terriblement, et les fantassins piémontais battaient en retraite précipitamment, ne prenant même pas la peine de recharger leurs armes.
Sous la voûte qui menait au pont-levis, les troupes piémontaises entassées, empêchées d’avancer par les fuyards qui leur barraient le passage, ne pouvaient se rendre compte de la nature du combat.
On criait :
— Les Français ! les Français !
Et cette fuite faisait croire, en effet, à ceux qui se trouvaient en arrière, qu’ils étaient attaqués par des forces imposantes.
Cependant, comme César Romero s’engageait sur le pont-levis, une poussée se produisit, qui jeta sur lui un premier rang de baïonnettes.
Floridor tapait comme un sourd.
— Mais défendez-vous donc, tonnerre de sort ! criait-il. C’est insensé !
Impassible, le jeune homme se contentait de faire ruer et cabrer son cheval, dont les bonds et les ruades écartaient les Piémontais.
Soudain, la monture du brigadier fit un écart formidable, puis, avec un hennissement déchirant, se renversa.
Deux coups de baïonnette venaient de l’atteindre, l’un dans le flanc, l’autre dans le poitrail, et la pointe de l’acier avait touché le cœur.
Avec prestesse, Floridor se redressa, et, le sabre en main, adossé au parapet du pont-levis, s’apprêta à se défendre chèrement. Malheureusement, un des hommes qu’il avait abattus l’empoigna par les jambes et le tira si violemment qu’il perdit pied.
Les Piémontais que, jusque-là, le terrible sabre avait écartés, se ruèrent sur le malheureux.
Ils allaient l’atteindre, lorsqu’un défenseur se dressa entre eux et le cavalier démonté.
Romero avait sauté en bas de sa selle, laissé là son cheval… et, le sabre en main, couvrait de son corps le brigadier.
Avec une maestria incomparable, il parait les coups de baïonnettes, faisant, de la lame étincelante de son sabre, comme un bouclier derrière lequel Floridor était en sûreté.
— Tonnerre ! jeune homme, ne put-il s’empêcher de dire, celui qui vous a donné des leçons d’escrime ne vous a pas volé votre argent.
Il ajouta, voyant que Romero se contentait de parer :
— Mais tapez donc ! morbleu ! tapez donc !
Tout en parlant, il se débattait contre ceux qui le tenaient et réussit à s’en débarrasser, en étranglant l’un, en jetant l’autre hors du pont-levis, dans le ravin.
— Ouf ! soupira-t-il.
Déjà, on entendait les fers des chevaux martelant le roc du sentier, qu’ils escaladaient au galop.
— En avant ! dragons ! cria-t-il. En avant !
Mais à ce moment, le lieutenant, atteint d’un coup de crosse au front, s’affaissa près de Floridor, qui murmura :
— Ah ! le pauvre garçon, et c’est pour moi.
— Je paye ma dette ! balbutia le jeune homme.
Par un effort de volonté suprême, il conserva sa connaissance pour murmurer :
— Ma rencontre avec le chevalier… Mon Dieu !…
Et Floridor qui venait, d’un coup de sabre d’étendre à terre un Piémontais plus aventureux que ses camarades, répondit, entre deux coups de latte :
— Ne craignez rien, mon lieutenant ; j’irai et je tâcherai de ne pas faire trop mauvaise figure.
Les dragons débouchaient sur le plateau.
— En avant ! chargez ! hurla Floridor.
Comme une trombe, le peloton de cavalerie s’abattit sur le pont-levis qui, en une seconde se trouva déblayé, en même temps qu’une poussée formidable se produisit, livrant l’entrée de la citadelle.
À quelques mètres à peine des dragons apparaissait un groupe d’officiers.
C’étaient le général Anselme et son état-major qui, devançant l’infanterie, chargeaient à leur tour en simples soldats.
Floridor avait réussi à tirer hors de la mêlée avec une énergie incroyable, le lieutenant Romero, qui tentait de lutter contre l’engourdissement qui l’envahissait peu à peu.
Mais, défaillant, il se sentit à bout de forces.
— Brigadier, ajouta-t-il, ce soir… Éva Cappardi… sur la jetée… à neuf heures… Tu lui expliqueras…
Il était évanoui.
Au même moment, le général piémontais qui commandait la citadelle de Villefranche envoyait un parlementaire pour traiter de la reddition de la place.
q