‹ Le brigadier FloridorChapitre 2 sur 15 · Chapitre 2 La faction !

Chapitre 2 La faction !

Un peu de clarté traînait dans le ciel, où les derniers reflets du soleil achevaient de lutter contre la lueur des étoiles.
Un grand silence régnait, troublé seulement par le pas cadencé d’une sentinelle, placée à la porte de la cour des Princes, non loin des guichets qui donnaient sur le quai.

Peu à peu, ce factionnaire avait étendu l’espace restreint de sa promenade, de manière à pouvoir varier un peu son horizon ; celui-ci, en effet, se bornait aux maisons qui, à cette époque encore, s’élevaient entre le Louvre et les Tuileries, présentant un amas confus de constructions sordides, d’hôtels princiers, séparés par des jardins touffus et par des ruelles sombres, étroites et tortueuses.

La vue de la Seine, reflétant dans ses eaux paisibles les frondaisons vertes des arbres qui se penchaient pour se mirer dans ses eaux, distrayait les yeux et rompait un peu la monotonie du panorama de la place du Carrousel.

La sentinelle, séduite par le tableau, vraiment joli, qui se découpait dans l’ouverture du guichet, avait fini même par circonscrire sa promenade de ce côté. Et, à un certain moment, arrêtée tout à fait, elle s’immobilisa, perdue dans la contemplation de ce paysage calme et reposant.

Un rayon de lune, passant sous le guichet, venait éclairer le soldat, projetant sur le sol une ombre fine et délicate que surmontait, grotesque en son exagération, le grand chapeau à plumet des gardes nationaux.

Pensif, les deux mains sur le canon du fusil au bout duquel luisait la baïonnette, il se tenait, un peu courbé par la rêverie, élégant cependant d’allures et donnant à son uniforme de drap grossier un je ne sais quoi de particulier.

Soudain, il se redressa, l’oreille frappée par un bruit de pas qui se faisait entendre sur le quai et, saisissant son fusil, prit une posture plus militaire.

Une silhouette parut, sortant de l’ombre de la voûte, qui se dirigea droit sur la sentinelle ; celle-ci croisa la baïonnette.

L’autre continuant d’avancer, elle ajouta :

— Halte-là ! Qui-vive !

— Louis et Marie.

Ces deux noms prononcés, le nouveau venu s’approcha.

Un ample manteau lui tombait des épaules, laissant apercevoir le fourreau d’une épée battant les bottes éperonnées.

Sur la tête, un tricorne orné de galons dorés, que surmontait, de dimensions exagérées, – provocantes même, – une cocarde blanche. Sous le chapeau, les cheveux poudrés pendaient entre les épaules, tressés et réunis par un large ruban de moire.

C’était, pour le moins, un officier général… à moins que ce ne fût un grand seigneur de la cour.

La sentinelle rectifia sa position.

— Eh bien ! mon garçon… ça va ? demanda le nouvel arrivant, qui s’était approché.

— Oui, monsieur le maréchal.

— Tu me connais ? s’exclama l’autre, surpris.

— Il faudrait n’avoir jamais mis le pied à la cour pour ne pas connaître M. le maréchal de Mailly.

Celui-ci se pencha en avant, examina de plus près la sentinelle et laissa échapper un petit rire.

— Eh ! je vous demande pardon, monsieur !… C’est qu’en vérité je vous avais pris pour un véritable garde national.

— Dans l’ombre, monsieur le maréchal…

— Oui, sans doute… et puis, vous portez très bien l’uniforme, mon cher monsieur de… de… le diable soit de ma mémoire… Comment vous nommez-vous donc ?

— Vignerolles… comte Raymond de Vignerolles, monsieur le maréchal.

Celui-ci frappa le pavé du talon de sa botte.

— C’est pardieu vrai ! le fils de mon vieil ami.

Il prit la main de la sentinelle et la serra avec effusion…

— Et toujours à la Jacotière, le marquis ? interrogea-t-il.

— Oui, monsieur le maréchal, toujours impotent ; ce qui l’enrage de ne pouvoir être, en ces circonstances, aux côtés de Sa Majesté.

M. de Mailly fit claquer ses doigts avec désinvolture.

— Bast !… vous êtes là pour le représenter… et le remplacer… sans compter que nous n’aurons pas de peine maintenant à venir à bout de cette canaille.

Et le vieux maréchal hocha la tête dans la direction du Louvre, par-dessus lequel s’apercevaient, déchiquetant le ciel orageux, les toits de la capitale.

Une horloge égrena lentement dans la nuit les neuf coups de l’heure.

— Vous ne laisserez entrer personne, fit M. de Mailly, sauf les bataillons de la garde nationale. D’ailleurs, le général Mandat a donné des instructions : les officiers savent ce qu’ils ont à faire.

Puis, au bout d’une seconde ou deux, brusquement :

— Si vous êtes bien tel que votre père vous a dépeint à moi dans sa lettre, vous êtes brave, monsieur de Vignerolles.

— Je ne sais, monsieur le maréchal, je n’ai que vingt ans, et je ne me suis trouvé encore dans aucune situation qui me permît de vous affirmer ce que je suis…

Le vieux maréchal hocha la tête.

— Enfin, je m’entends… en outre, vous avez du sang-froid, de l’esprit d’à-propos et la repartie facile.

Le jeune homme eut un geste de protestation.

— Mon père, dans sa bonté, a beaucoup exagéré.

— Venez me trouver aussitôt votre faction terminée, j’aurai peut-être une mission à vous confier.

Le maréchal tourna les talons et s’éloigna.

Le jeune homme le vit causer quelques instants avec la sentinelle qui veillait devant la porte de la cour Royale, puis à celle postée devant la porte de la cour des Suisses, et enfin, rentrer dans le château.

Alors, le jeune de Vignerolles jeta son fusil sur l’épaule, d’un mouvement sec, et se mit à déambuler à pas nerveux, prenant plaisir à entendre les semelles de ses chaussures, que garnissaient de gros clous, marteler le pavé.

C’est que, dans sa poitrine, son cœur battait la chamade.

C’est que, dans sa tête, sa cervelle bouillonnait.

Et tout cela, pour les quelques mots que venait de lui adresser M. de Mailly !

Une mission !…

Le premier seigneur de la cour, celui en lequel le roi et la reine avaient placé toute leur confiance, celui qu’ils avaient chargé de défendre, contre la nation entière, leurs droits et peut-être aussi leurs existences, celui-là avait parlé de lui confier une mission !

C’était à peine si, dans sa joie, le jeune homme était certain d’avoir bien entendu.

Comment ! depuis six semaines seulement il était à Paris !

Depuis six semaines, il avait été présenté par M. de Mailly à Sa Majesté, laquelle avait eu la bonté de se souvenir des services rendus autrefois au roi Louis XV par le marquis de Vignerolles, son père.

Et il était question qu’il sortît de l’obscurité dans laquelle il avait craint de végéter longtemps.

C’était une chance inespérée !

Quoi que la modestie l’eût obligé à répondre tout à l’heure, oui, il se sentait brave !… oui, il se sentait du sang-froid !… et c’était ardemment qu’il souhaitait une occasion qui lui permît de prouver ce dont il était capable.

Et cette occasion s’offrait à lui.

Qui sait ? peut-être bien était-ce là le commencement d’une grande fortune !

Soudain, il s’arrêta net, laissa tomber à terre la crosse de son fusil, et s’appuyant des deux mains sur le canon, s’immobilisa, pensif, chagriné.

La fortune !

Dieu sait qu’en prononçant ce mot tout à l’heure, il n’avait en tête aucune pensée d’argent, et que, simplement, il entendait traduire ses ambitions militaires.

Mais, hélas ! dans son esprit, brusquement, venait d’être évoqué le sentiment de sa situation personnelle.

Fils aîné du marquis de Vignerolles, ancien officier général vieilli sous le harnois et qui, pour travailler à la gloire du roi, avait négligé ses intérêts, Raymond n’avait pour tout patrimoine, que son nom et son épée.

Les biens de son père, donnés en garantie de dettes nombreuses contractées pendant trente ans de guerres devaient, après sa mort, tomber entre les mains des créanciers.

Si ce n’eût été que cela, Raymond n’eût point été si triste.

Est-ce que l’argent compte, quand on a vingt ans !

Seulement, il aimait.

Et c’était là la cause de ses souffrances !

Il aimait profondément, de tout son cœur, de tout son être… pour toute sa vie !…

Or, celle qu’il aimait ainsi, sa cousine Gilberte de Chantonnais, une orpheline que M. de Vignerolles avait élevée, était riche, si riche que le vieux marquis avait envoyé son fils à Paris pour couper court à des espérances dont sa dignité repoussait la réalisation.

— Monsieur, lui avait dit le vieux marquis en l’accompagnant à la diligence de Chaulnes, qui devait le conduire à Angers et de là à Paris, monsieur, les Vignerolles ont pour habitude de ne rien devoir qu’à eux-mêmes. De tout temps, nous avons été des gens d’épée, et non des gens d’argent… Renoncez à épouser Mlle de Chantonnais, qui n’est point un parti pour vous…

Il avait ajouté, avec un sourire de fierté :

— Dans notre famille, on est glorieux… on n’est pas riche.

Voilà ce que ce mot « fortune », prononcé à mi-voix dans l’obscurité par le jeune comte de Vignerolles, venait d’évoquer soudainement dans son esprit.

En même temps, ses yeux agrandis voyaient, comme par miracle, se profiler au milieu de la nuit la gracieuse silhouette de celle qu’il aimait.

— Gilberte ! soupira-t-il.

Et, inconsciemment, il forma le vœu que cette mission qui allait lui être confiée, pût lui rapporter à la fois gloire et fortune.

Le jeune homme tressaillit tout à coup.

De l’ombre que projetait sur le sol la voûte du guichet du Louvre, une silhouette de femme venait de surgir.

Un moment arrêtée sur le seuil de la place, elle semblait se demander de quel côté il fallait se diriger.

Immobile, appuyé sur le canon de son fusil, Raymond fixait machinalement cette silhouette, aux contours vagues, noyés qu’ils étaient dans les plis d’un ample manteau dont le capuchon était rabattu sur sa tête.

Enfin, elle se décida à s’avancer vers le factionnaire.

— Halte-là ! Qui-vive ? cria le jeune homme, se rappelant soudain sa consigne.

Timide, mais non effarée, la personne s’arrêta et dit, en élevant la voix :

— Monsieur le militaire, c’est un renseignement que je désirerais.

Ému par le son de cette voix dont l’éloignement et l’épaisseur du capuchon altéraient cependant l’intonation véritable, Raymond s’avança vivement, demandant :

— Un renseignement… quel renseignement, citoyenne ?…

— L’entrée du château… je cherche l’entrée du château…

Ce fut d’un bond que M. de Vignerolles franchit les quelques pas qui le séparaient de la nouvelle venue.

— Gilberte ! clama-t-il, en s’arrêtant saisi, hésitant, doutant du témoignage de ses yeux.

La voyageuse, car c’était elle, poussa un cri de joie.

— Raymond ! Raymond ! vous !

Elle lui avait abandonné ses mains, ses petites mains que brûlait la fièvre, tandis que dans les yeux bruns du jeune homme elle plongeait l’éclair de ses grandes prunelles bleues.

La première, elle se remit et murmura :

— Ah ! Raymond ! quelle chance de vous rencontrer ! j’étais si seule, si perdue dans ce grand Paris.

— C’est vous !… ma cousine ! C’est bien vous que je vois… ici… à Paris… si loin de la Jacotière, vous que je devais croire auprès de mon père…

Saisi d’inquiétude tout à coup, il demanda :

— Il n’est rien arrivé de fâcheux à mon père, au moins ?

Gilberte hésita un moment : le tremblement de ses doigts s’accentua, et ses mains étreignirent plus fortement, plus tendrement, les mains de son cousin.

— Raymond, dit-elle d’une voix douce, rassurez-vous, votre père est en bonne santé ; seulement, vous savez que je suis la filleule de Mme Élisabeth, et que Sa Majesté avait promis à ma pauvre mère – alors qu’elle vivait encore – qu’elle me prendrait parmi ses filles d’honneur… J’ai écrit à Mme de Thomery pour qu’elle rappelât cette promesse à Sa Majesté, et me voici.

Le jeune homme joignit les mains, regardant d’un air apitoyé son interlocutrice.

— Mais dans quel moment arrivez-vous ? gémit-il.

— Au moment où la reine est malheureuse et a besoin d’avoir autour d’elle les cœurs les plus aimants, les dévouements les plus sincères.

— Paris n’est pas sûr !

— Y aurait-il du mérite à y venir ?

— On parle de bataille.

— Fille et nièce de soldats, l’odeur de la poudre ne me fait pas peur.

En dépit de la fermeté de son langage, la jeune fille paraissait fort émue.

Tout à coup, se pressant contre Raymond, elle murmura :

— Écoutez ! qu’est-ce que cela ?

Non loin, dans la direction de la rue Saint-Antoine, retentissait le bruit d’une troupe en marche, d’une troupe nombreuse, accompagnée d’artillerie, dont les pièces rebondissaient sur le pavé avec un vacarme de ferraille.

Presque aussitôt, du guichet qui faisait communiquer la place du Carrousel avec la rue Saint-Honoré, déboucha une tête de colonne.

D’abord un général à cheval, suivi d’un état-major nombreux.

Puis, les tambours dont les caisses de cuivre reluisaient à la clarté du réverbère suspendu à l’entrée du passage.

Ensuite, le commandant à cheval et derrière lui, compagnie par compagnie, un bataillon entier défila.

Après le bataillon, trois pièces d’artillerie avec leurs caissons et leurs prolonges allaient au pas.

« Mordieu ! songea Raymond, qu’est-ce que cela veut dire ? »

Il se demandait si – comme le bruit en avait couru depuis quelques jours – le peuple marchait sur les Tuileries, pour égorger le roi avec toute la famille royale.

Le jeune homme avait en effet reconnu de loin l’uniforme de la garde nationale, et il savait que cette troupe, à de rares exceptions près, faisait cause commune avec le peuple.

Le bataillon, cependant, s’était engagé sur la place, semblant se diriger vers le guichet qui servait de communication entre la place et le quai.

Mais voilà qu’au moment où les tambours étaient arrivés à une trentaine de mètres de Raymond, le mot « halte ! » se fit entendre.

Le bataillon s’immobilisa, sauf le général, qui dirigea son cheval vers le jeune homme.

Celui-ci poussa vivement Mlle de Chantonnais dans une encoignure pleine d’ombre, lui soufflant à l’oreille :

— Sur votre vie, Gilberte, tenez-vous muette, et ne bougez !

Puis il croisa la baïonnette et cria :

— Halte-là ! Qui-vive ?

— Garde nationale ! Bataillon de la Butte des Moulins…

Le jeune homme releva son arme et dit :

— Avancez à l’ordre.

Le général s’approcha et, arrivé près de Raymond, se courba sur l’encolure de son cheval pour murmurer à voix basse :

— Garde, je suis le général Mandat.

— C’est bien, mon général, vous pouvez passer.

L’officier ordonna :

— Faites ouvrir la porte… le bataillon doit prendre position dans la cour des Princes.

Raymond sentit un petit froid dans le dos.

Décidément, les bruits de bataille qui couraient allaient se réaliser.

Une angoisse lui serra le cœur : de la manière dont les événements tourneraient son bonheur dépendait peut-être.

Il courut vers la porte, frappa du poing, et l’officier qui commandait le poste vint en courant donner l’ordre d’ouvrir.

Le bataillon, engouffré dans la cour, suivi de ses canons, la porte se referma et la place retomba dans un grand silence.

Seulement, avant que la porte se fût refermée, Raymond avait entendu le commandant de la garde nationale dire à l’officier, un capitaine de gardes constitutionnels :

— Ceux des Filles-Saint-Thomas et des Petits-Pères nous suivent.

Le jeune homme, appuyé sur son fusil, s’immobilisa, rêveur, oubliant tout, pour un moment, même la présence de celle qu’il aimait.

C’était la bataille, alors !

La bataille entre ceux de la cour et ceux du peuple.

Une voix rauque, derrière lui, demanda, étranglée :

— On va se battre ?

C’était Mlle de Chantonnais qui, sortie de sa cachette, l’avait rejoint.

— Hélas ! je le crains… murmura-t-il avec tristesse.

— Comment, hélas ! s’écria la jeune fille stupéfaite, voudriez-vous que le roi et la reine se laissassent égorger sans se défendre ?

— Non, certes… et je serai le premier parmi leurs défenseurs, déclara énergiquement Raymond.

« Cependant, si le peuple n’en veut pas à la vie du roi…

— Que peut-il vouloir, alors ?

— Peut-être, tout simplement, desserrer les doigts qui, depuis des siècles, lui compriment la gorge… le droit de conquérir, lui aussi, une petite place au soleil.

— Je ne comprends pas.

— Comment ! vous ne comprenez pas que le peuple désire substituer, au régime du bon plaisir qui l’opprime, celui de la liberté et de l’égalité ?

« Ce serait cependant une tentative noble, qui mériterait d’être encouragée par autre chose que des coups de canon et des coups de fusil…

Gilberte sursauta et attacha sur son compagnon un regard dans lequel il y avait autant de surprise que d’affliction.

— Savez-vous, Raymond, dit-elle, que vous choisissez un étrange moment pour philosopher ?

Ce dernier mot se trouva souligné par un accent quelque peu méprisant.

Philosophes ! C’était l’épithète que le parti du roi donnait à ceux qui tenaient pour la bourgeoisie et pour le peuple. Des gêneurs dont les appétits mettaient en danger leurs intérêts égoïstes.

Or, Raymond, dont la mère était morte, lors de sa prime enfance, s’était pour ainsi dire élevé seul.

Son père, tout le temps en campagne à la tête de son régiment, ne s’était guère inquiété de lui que pour savoir s’il apprenait à monter à cheval et s’il était capable de jouer adroitement de l’épée.

Et l’enfant, devenu jeune homme, avait cherché dans la lecture une distraction à sa solitude et peu à peu, à son insu même, son esprit s’était imprégné des théories nouvelles qui tendaient à présenter les hommes comme des frères, à quelque classe qu’ils appartinssent.

De là son émoi, à la veille de cette bataille depuis si longtemps prédite, attendue, espérée, préparée.

Et cependant cette bataille pouvait avoir pour conséquence de réaliser ses rêves de bonheur.

— Philosophe ! répéta-t-il au bout d’un moment ; vous verrez, Gilberte, si un philosophe sait faire son devoir.

— Notre devoir à tous deux est de nous dévouer au roi et à la reine, déclara Mlle de Chantonnais.

— Mais non à ceux de la cour, riposta le jeune homme.

Gilberte eut un hochement de tête et murmura :

— Voilà qui est bien subtil !

Puis, serrant les mains de son cousin :

— Au revoir, dit-elle, à bientôt !

Courant presque, elle atteignit la porte par laquelle les gardes s’étaient engouffrés dans la cour des Princes.

Elle y frappa avec résolution et disparut.

Presque au même moment, des pas lourds écrasèrent de nouveau les pavés, des roues sautèrent bruyamment et des baïonnettes scintillèrent à la clarté louche des réverbères.

C’était le bataillon des Petits-Pères qui arrivait ; la place traversée, il pénétra dans la cour Royale.

Presque aussitôt après lui, le bataillon des Filles-Saint-Thomas entra dans la cour des Suisses.

Et Raymond se sentit tout chagrin en songeant à la réception sanglante qui attendait les insurgés, s’ils avaient l’imprudence de se présenter.

Lentement, dans la nuit, l’horloge du château sonna onze heures.

Comme le dernier coup vibrait encore, la porte s’ouvrit : un groupe d’hommes sortit et vint s’arrêter à deux pas du jeune homme.

C’était l’heure à laquelle on relevait les sentinelles.

Sa faction était terminée.

q

Page 1