‹ Le Choc des racesChapitre 13 sur 24 · 13

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Àce même Conseil des ministres, poursuivit Jane, le Président Kerlog dit des choses qui donnèrent à réfléchir à ses auditeurs : « Je vois, déclara-t-il, notre prédominance menacée, sinon de ruine, du moins de transformations profondes. Le flot nègre monte et la scission elviniste affaiblit notre poids politique. L’électorat blanc est divisé et, à l’heure actuelle, la masse nègre va être, plus que jamais, le fléau de la balance pour les destins de l’Amérique. Nous vaincrons, pourtant, car le concours de Jim, bien qu’il nous le refuse en ce moment pour nous extorquer des concessions, nous sera sans aucun doute possible, assuré au dernier moment. Mais il faut convenir que la situation de notre parti est bien précaire, puisque son existence est à la merci de la bonne volonté d’un leader nègre astucieux… »

« — Quelles concessions exigeait Jim Roy ? demandai-je.

« — Le Ministre de la Sélection artificielle posait justement la même question au Président Kerlog.

« — Il veut, lui répondit le Président, arriver à une entente sur le terrain sélectif. Il insiste pour obtenir une atténuation aux rigueurs de la loi Owen.

« Cette loi avait été renforcée précisément l’année précédente dans le dessein bien net de faire baisser l’indice de la prolifération nègre. Cela contrariait la politique raciale de Jim Roy qui pouvait se résumer tout entière en ceci : favoriser l’expansion de son peuple jusqu’à ce qu’il arrivât à atteindre une force suffisante pour obliger les blancs à diviser le pays en deux parties.

« Les Ministres, en sortant de ce Conseil, étaient si troublés qu’ils ne virent pas, sur le tableau où s’imprimaient, de minute en minute, les communications des agents d’information du gouvernement, un radio lumineux qui venait de s’y inscrire : « Miss Astor est en conférence avec Jim Roy ». Le Président Kerlog regarda ce tableau et resta quelques instants à mordiller une spatule de verre, flexible comme de l’acier : « Je ne l’ai pas comprise, murmura-t-il, nous ne nous sommes pas entendus lors de notre conférence ; mais avec Jim elle va parler le vieux langage intelligible… »

— Que la rencontre de ces deux êtres si différents dut être curieuse, dis-je.

— En effet ? Ces deux êtres n’avaient pas le moindre point de commun ; ils formaient un ensemble bien propre à prouver l’exactitude de la théorie de Miss Elvin. La radieuse beauté de la « Sabina mutans » (c’était ainsi que la zoologie de Miss Elvin classait l’ex-femelle de l’ « homo sapiens ») irradiait une véritable atmosphère de fascination. Aucun individu enveloppé par cette espèce d’aura ne pouvait réussir à se défendre de son charme magnétique. Mais Miss Astor était face à face en ce moment avec l’unique représentant de l’espèce antagoniste, immunisé peut-être contre l’action catalytique de sa beauté. Elle le sentit immédiatement et se rendit compte qu’elle se trouvait devant une force indomptable et impossible à séduire. Comprenant l’inutilité d’échappatoires ondoyantes, elle aborda le sujet de front : « Le choc des races va se produire. Les événements se précipitent. Si l’homme blanc arrive au pouvoir, ce sera un conflit épouvantable car il est le créateur de la haine contre le nègre. Tout changera si, au lieu de cet implacable ennemi commun, il ne reste que nous deux en présence. »

« Jim Roy fronça le sourcil.

« — Ennemi commun, oui, continua Miss Astor. Ennemi de la race noire et de nous autres, les femmes. Nous sommes tous deux ses esclaves. Si le pouvoir suprême nous échoit, le choc sera atténué, car nous saurons être conciliantes ; il y aura alors une énorme économie de souffrances futures si l’alliance politique de l’elvinisme avec l’élément noir se réalise sans tarder.

« Miss Astor continua sur ce ton. Elle fut éloquente et abondante, car elle sentait, devant l’impassibilité du grand leader, que le prestige de sa présence faisait faillite.

« Jim Roy l’écouta avec un calme serein ; ni un sourire ni une ride d’appréhension ne troublèrent son visage et il se borna, dans sa réponse, à des promesses, des formules vagues et à double sens.

« Lorsque les amies et les collaboratrices de Miss Astor, anxieuses de connaître les résultats de la conversation, l’interrogèrent, ce fut avec un air très soucieux qu’elle murmura :

« — Quelque chose me dit que le nègre machine un plan secret.

« — Contre qui ?

« — Je l’ignore ; il est impossible de déduire quoi que ce soit de ce qu’il m’a dit : discours parfait de diplomate. Mais mon sens divinatoire ne me trompe pas : Jim va trahir.

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