‹ Le Club des 400 coupsChapitre 19 sur 24 · 19

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Il en est des mauvaises nouvelles comme des infortunes conjugales, le résultat est immédiat. En moins de temps qu’il n’en fallut à la belle Ferronnière pour faire, de son brave homme de mari, un quelconque Sganarelle, tout le pays fut au courant de la disparition de Petit-Peu.

Les Mouilletois se partagèrent en deux camps : les uns optèrent pour une fugue, les autres pour un rapt. Quant à la Municipalité, elle se garda bien d’avoir une opinion : elle pencha, tantôt pour une explication, tantôt pour une autre. On fait de la politique, ou on n’en fait pas !

Seuls, le curé et le cantonnier se tinrent à l’écart de cette controverse : le premier, parce qu’il en savait peut-être trop, le second, parce qu’il n’était au courant de rien, tout saoul qu’il était encore.

Alerté par Vignasse, le capitaine de gendarmerie de Barcenette dépêcha aussitôt trois de ses meilleurs pandores, sous la direction du maréchal des logis Poileau. Poileau était bien connu aux Mouillettes, depuis l’affaire de la réglementation sur les alcools de consommation. Ce jour-là, n’avait-il pas émis la prétention d’arrêter tous les buveurs de pastis ! Il s’était taillé un brave succès !…

Poileau ! Les habitants de la commune l’appelaient aussi l’ « amputé » parce que, affirmaient-ils, il avait perdu la dernière syllabe de son nom. Pour cette raison, d’ailleurs, les gosses, toujours à l’affût d’une bonne blague, ne manquaient jamais de crier sur son passage :

— Poileau !…

— …cul ! répondait l’un d’eux.

Et tous de s’égailler dans les champs, comme une volée de moineaux.

Le maréchal des logis arriva donc tout fier de la mission qui lui était confiée. En premier lieu, il posta, en faction sur la route nationale, ses collègues Machicouli et Soulacacia, puis il confia au brigadier Bogachi le soin d’enquêter dans le patelin. Quant à lui, il se contenta de pérorer sur la Place de la Mairie, allant de groupe en groupe, avec la suffisance d’un député-sortant, une veille d’élection.

Cependant quelques mâles de bonne volonté, tels que Cantalou, Bricole, Lappat, Sufflot, Jacotin, peu confiants dans le flair de la maréchaussée, s’armèrent de gaffes et de bâtons et, craignant le pire, fouillèrent anxieusement la Jague.

De leur côté, les femmes ne restèrent pas inactives. Devant l’importance de cet événement, qui faisait l’effet d’une bombe dans leur vie sans histoire, elles tinrent conseil. Pensez donc ! Elles avaient l’occasion de potiner, de caqueter, de « blaguasser », elles n’allaient pas la laisser s’échapper ! Sous la conduite de Mme Minute, les plus exaltées se rendirent en délégation chez Monsieur le Curé. Sans s’émouvoir outre mesure, l’homme de Dieu les adressa « in petto » à Saint-Antoine de Padoue. Comme elles revenaient de porter leur obole à ce vénéré magicien de la récupération, elles croisèrent, dans l’ombre de la grande nef la Ginette toute souriante, qui sortait de confesse… Ce mot avait le don de la mettre en joie. La notairesse laissa tomber sur la fille un regard lourd de reproches.

— Cette « bordille » dans la maison du Seigneur ! Quelle profanation ! grogna-t-elle, sur un ton de chaisière offensée.

— Oh ! vous savez ! concilia à voix basse, la Mère Michemolle qui était du voyage, on a bien foutu un vitrail à Marie-Madeleine.

Quant à Vignasse, son restant de barbe au vent, il enfourcha de nouveau son vélo, et, courageusement, se livra à ses investigations personnelles. Ce fut certainement lui qui constitua le plus grave danger pour les membres de l’A.M.C. Par bonheur pour ces derniers, le village, construit au fond d’une sorte de cuvette, était entouré de côtes assez rudes, qui eurent pour effet de ralentir l’ardeur du garde-champêtre.

— Ô fan de chine ! rouspétait-il. Les « pentes », c’est comme les femmes… Dans un sens, ça va… mais dans l’autre !…

Ginot, lui, ne savait rien, il n’avait rien vu, rien entendu ! À Poileau qui le questionnait, il répondit l’air outragé :

— Mon école n’est pas une prison ! Je ne suis chargé que de l’éducation des enfants !

— Ah ! Vous faites bien d’en parler ! de « votre » éducation ! répliqua amèrement le gendarme. Si vous saviez ce qu’ils me crient quand ils me rencontrent !

— Ne vous plaignez pas, mon pauvre ami ! Ils ne vous ont pas encore planté des épingles dans votre chaise, mis de la… chose… dans votre encrier, des chiffons mouillés dans le poêle, des grenouilles dans votre bureau, du papier-mouche dans vos poches, de la colle sur les morceaux de craie, du savon sur les marches de l’escalier, et j’en passe…

— Il faut sévir ! Vous n’avez qu’à changer « votre » méthode… instituteur !

— Et vous, vous n’avez qu’à changer de nom… gendarme !

Isolé dans son manoir, Jean de Saint Fébrier réagit différemment. Il se contenta de maugréer :

— Ça devait arriver ! C’est le régime ! L’instruction obligatoire ! La promiscuité !… Ah ! La pédagogie et le fonctionnarisme ne feront jamais bon ménage ! Un fonctionnaire ne peut pas être pédagogue ! Pas plus qu’un pédagogue, d’ailleurs, ne devrait être fonctionnaire, la première des qualités requises pour l’éducation des enfants, c’est le sens de la responsabilité !

De toutes façons, il se garda bien de prendre part aux recherches. Du reste, il en eût été incapable. D’abord à cause de ses rhumatismes, ensuite, parce que sa voiture, une vieille De Dion-Bouton de l’époque héroïque, avait été réquisitionnée par sa fille, depuis le matin même.

Levée tôt, elle était venue embrasser son père dans sa chambre.

— Papa ! avait-elle déclaré. Je prends la bagnole. Je vais déjeuner à Salignac chez Jacqueline. Je serai de retour à 4 heures.

— Pourquoi ne fais-tu pas atteler Ziki ?

— Je préfère Ferblantine !

C’est ainsi que Monique avait baptisé l’automobile paternelle en raison du bruit de quincaillerie qu’elle émettait en frémissant des ailes.

Sur une pirouette, la jeune fille était partie.

Elle ne revint qu’à la nuit, et par l’autocar, encore. Au manoir, personne ne s’était inquiété de cette absence prolongée, chacun connaissant l’indépendance de la « demoiselle ».

— Qu’as-tu fait de la voiture ? demanda simplement le père. Tu l’as vendue ?

Monique éclata de rire.

— Penses-tu ! Il n’y a pas d’antiquaire dans le pays ! Non. Elle a tout simplement refusé de repartir de Salignac. Elle pétaradait de colère, elle fumait d’indignation, et, quand j’ai voulu embrayer… elle a débrayé !

― Elle a débrayé ?

— Bien, oui, quoi ! Elle s’est mise en grève.

— Tu as une façon de t’exprimer, pour une de Saint-Fébrier ! Et maintenant, où est-elle ?

— Chez le garagiste !

— Qu’est-ce qu’il y fait ?

— Il a commencé par mettre de la graisse sur tous les coussins et du cambouis plein le volant. Ensuite, il a levé le capot, puis il l’a refermé aussitôt en déclarant d’un air pincé : « Euh ! Revenez dans huit jours ! »

Monique ne disait qu’une faible partie de la vérité. Effectivement, elle avait rendu visite à son amie de Salignac, mais à la tombée de la nuit seulement. Pendant toute la journée, elle avait prospecté une partie du département, à la recherche d’une famille susceptible de recueillir un orphelin. Bien qu’elle eût frappé à une dizaine de portes sans résultat, elle était revenue, peut-être un peu triste, mais non découragée et très décidée à persévérer. Toutefois, pourrait-elle sortir « Ferblantine » chaque jour, sans éveiller l’attention de son père ? C’est pour cette raison qu’elle avait imaginé une panne et abandonné la De Dion chez Jacqueline. Le lendemain et durant toute la semaine, elle n’aurait plus qu’à refaire la route de Salignac avec son tonneau. Là, elle récupérerait l’automobile et continuerait ses démarches. Elle devait tenter l’impossible afin de trouver, dans ses nombreuses relations, un foyer pour Petit-Peu. Ne l’avait-elle pas promis à Thermogène ?

Pendant ce temps, nos jeunes amis ne restaient pas les deux pieds dans la même espadrille : dans le Midi, on porte rarement des sabots.

Le Président de l’A.M.C. s’organisa d’une façon étonnante, capable de faire crever d’envie un sous-secrétaire d’État à l’intérieur. Toute la matinée, pendant la classe, il demeura la tête dans les mains et les coudes sur la table.

Le voyant ainsi, pénétré de silence et de méditations, les gamins se dirent :

— Faut pas le déranger, il réfléchit !

— Il est bien studieux aujourd’hui ! pensa de son côté Ginot.

En réalité. Thermogène dormait. Il rattrapait un peu de son sommeil perdu pendant la précédente nuit.

Au bruit si particulier des pupitres qui claquent à la fin de l’étude, des livres que l’on referme, des gosses qui enjambent leurs bancs, il se réveilla et suivit ses camarades.

Sur la route, il fut tout de suite très entouré. En effet le matin, il avait franchi la porte de l’école, au moment précis où l’instituteur se préparait à lui coller un de ces pensums qui font époque dans la vie d’un primaire.

En silence, Thermogène lui avait remis la vieille lettre signée de son père, dont il avait pris la précaution de gratter la date. Puis, il avait gagné sa place, se contentant, au passage, de souffler à l’oreille de Pipermint : « ça gaze… Fais passer ! ».

Les gosses le savaient déjà, que « ça gazait » ! Ce qu’ils désiraient, c’était « parler de l’affaire ».

Jamais la leçon d’histoire ne leur avait parue aussi longue !

Aussi, sur la route, compressés comme des badauds autour d’un camelot, tous parlaient à la fois, tous gesticulaient.

— Pas ici ! fit enfin Thermogène. À la carrière… Allez ! En vitesse !

Ce fut une galopade effrénée.

Lorsqu’ils furent réunis de nouveau, assis en rond, autour de leur Chef, celui-ci prit sa pose familière, et, les yeux encore rouges de sommeil, il commença avec un bon sourire :

— Les amis, je crois qu’on peut être bien content ! Le caganis, comme vous l’a raconté Pâte à Reluire, il a ronflé comme une toupie et puis, ce matin, il s’est envoyé un grand bol de café au lait !

— Hurrah ! crièrent les autres.

— Pourvu qu’on le déniche pas ! fit alors La Mouche.

— Ah ! Toi « commence pas ! s’indigna Pipermint. Tu vas nous porter la guigne !

— Et pourquoi qu’on va pas le voir, maintenant ? demanda Puding.

— Pour que le Vignasse, il nous suive ! T’es pas fondu ?

— Il paraît que le garde est allé chercher les gendarmes ! dit Pisse-huile. Moi, j’aime pas ça !

Thermogène haussa les épaules.

— Si tu nous rencontres les « condés », tu pisseras un coup de plus, vaï ! Et puis, t’en fais pas pour les « flics », j’ai mon plan… Mais maintenant, il y a une chose que je voudrais bien savoir !… Marius !… Pourquoi que t’as fait aboyer le chien, hier au soir ?

— Té ! Parce que j’ai entendu la chouette ! Tu penses pas que je me suis tapé dix kilomètres à pied pour le plaisir !

— Alors, qui c’est-y qui a fait la chouette ?

— C’est pas moi ! protesta Bouche d’Égout.

— Moi, non plus ! affirma Puding. On te l’a déjà dit.

— La Mouche ? C’est toi ?

— Jamais de la vie !

— Je l’ai pas quitté d’une semelle ! assura Pisse-huile.

— Ô petan, je le découvrirai ce pénible !… se fâcha Thermogène. Parce que ça, c’est des trucs à la con !… S’il y a un faux-jeton dans la bande, je me « l’escaguasse » !… Enfin, passons !… Il y a des problèmes plus graves… Ainsi que je vous ai prévenus hier, on a un enfant, on doit le nourrir !

— Faudra pas qu’il ait beaucoup d’appétit ! murmura Puding.

Pasodoble qui était assis à côté de ce dernier, lui décocha une violente bourrade dans l’estomac, en ricanant :

— Évidemment ! Si t’étais à sa place, tu tiendrais facilement le coup, toi ! T’as des réserves dans le buffet.

— Pâte à Reluire ! coupa le Chef. Tu vas filer chez toi… En passant, tu t’arrêteras à la cabane… Tu y rencontreras la Marie.

— Elle est avec Petit-Peu ?

— Elle lui tient compagnie… Et puis, elle connaît bien La Vignasse, et, maline comme elle est, s’il prenait fantaisie au garde de se promener dans la pinède, elle aurait vite fait de l’expédier plus loin… Tu lui diras qu’elle aille déjeuner sans crainte.

— Et si on vient pendant ce temps ?

— À l’heure du pastis ! T’es pas un peu jobasse ? Le feu à la maison, ils bougeraient pas du bistro…

— Bien, Chef !

— Ensuite, t’iras chez toi. Mais, en revenant… fais bien attention à ce que je te dis… en revenant, il faut que tu rapportes au pitchoun un bout de pain, un peu de jambon… enfin ce que tu pourras…

— Mais…

— Allez ! Démerde-toi ! ajouta Thermogène. Tu demanderas… tu raconteras ce que tu voudras… mais n’oublie pas qu’il faut que notre enfant, il mange !

Pâte à Reluire regarda ses camarades, tout fier de cette marque de confiance.

— File ! T’as pas de moments de reste !

— C’est ce premier repas qui était difficile… parce qu’on avait pas eu le temps de se retourner, mais pour les autres, ça va drôlement barder !

— Tu l’as déjà dit hier au soir ! bougonna Puding d’une voix triste. « Plus de quatre heures ».

— Oh ! Mais il n’y a pas que le chocolat et les tartines. Il faut aussi de la viande, du beurre, du lait, des fruits…

— Sans « escaner » ? s’exclama La Mouche.

— Parfaitement ! Si tu veux pas que je te fasse les oreilles comme des aubergines !

— Eh ! Laisse-le tomber ce « pas beau » ! s’écria Pipermint. Tu peux compter sur nous, Thermo ! Le Petit-Peu, il voudra plus jamais bouffer ailleurs ! Pas vrai, les copains ?

Les gosses n’attendaient que cette occasion pour manifester leur dévouement. Ce fut un tonnerre d’applaudissements et de cris de joie. Thermogène se dandina d’un pied sur l’autre, puis, faussement modeste, il murmura :

— Vous êtes bien braves !

— N’empêche qui si t’étais pas là ! dit Pipermint… Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

Le Président de l’A.M.C. parcourut la jeune assistance d’un regard circulaire, toussota pour s’éclaircir la voix comme le curé avant le sermon et déclara :

— D’abord, il faut éloigner les « condés »… Ces enfants de salauds vont fouiller la campagne pour retrouver le caganis… Ils sont pas malins ! Mais avec un peu de chance ! On sait jamais !… Voilà ce que je propose… Petit-Peu, il a un béret blanc. Tout le monde le sait… Alors à partir de maintenant, on va tous porter des bérets blancs ! Enfin, sur notre tête nous nous mettrons tous un mouchoir noué aux quatre coins… Après l’école, les uns iront du côté de Chantecoq, les autres du côté de Salignac, d’autres vers la Route Nationale, et, de loin, ils se laisseront voir par les gendarmes…

— J’ai compris ! s’enthousiasma Puding. Les « condés » les prendront pour le caganis !

— On peut rien te cacher, boule de suif ! fit Thermogène en riant.

— Oh petan, que t’es mariole, toi ! remarqua Pisse-huile avec admiration… Alors des Petit-Peu, il y en aura au moins vingt !

— Laisse-moi faire, ricana Bouche d’Égout qui déjà préparait son mouchoir. Si jamais le Poileau me repère, je me l’emmène jusqu’à Montfort-la-Vilaine !

— Rien que ça ! À trente kilomètres ! s’exclama Thermogène. Bou Diou, tu te rends pas compte que tu te vantes !

Àl’écart, Marius baissait timidement la tête. Il paraissait profondément ennuyé. Pasodoble le remarqua et lui demanda :

— Qu’est-ce qui t’arrive, Marius ? Le plan de Thermo te plaît pas ?

— Oh si ! Seulement… à moins qu’ils soient complètement « empégués », les « mannequins » me prendront jamais pour Petit-Peu.

— T’en fais pas ! On te réservera pour le service de nuit !

La peau du négrillon prit soudain des reflets grisâtres au souvenir de son équipée de la veille.

— Encore ? s’écria-t-il. Ah non, par exemple !

— Te fâche pas, blanc-bec ! poursuivit le chef. Tu comprends pas que je galège !… Allez ! On a assez rigolé !… Vous avez bien compris ? D’abord, éloigner les pandores ! Aujourd’hui, après l’école, tous des bérets blancs !… Ensuite… au ravitaillement !

Le soir même, à la tombée de la nuit, les environs des Mouillettes furent envahis par des fantômes de caganis. Les gendarmes en découvrirent dans tous les coins. À chaque détour des chemins, à chaque haie, chaque buisson, dans les bois, les fourrés, les taillis, les champs de blés, derrière les murs, les fermes, les meules de foin, au bord de la Jague, en haut des collines, au fond des vallées, à chaque instant, ils virent surgir un Petit-Peu.

De déception en déception, ils devinrent mauvais, hargneux.

Les points blancs fleurissaient dans la campagne comme confetti en Carnaval.

Les gamins ne ménageaient ni leur ruse ni leur hardiesse. Et les gros souliers des pandores eurent bien du mal à foncer à travers les ronces sur les traces de ces jeunes jambes.

Lorsqu’un des gosses se trouvait en danger et que la lourde main de l’autorité se faisait trop menaçante, celui-ci cachait prestement son mouchoir dans sa poche et, de l’air le plus innocent du monde, il fournissait les explications les plus fantaisistes.

C’est ainsi que Bouche d’Égout entraîna Poileau à dix kilomètres, jusqu’à Tannebèche, ce qui n’était déjà pas si mal !

Pipermint expédia Bogachi en haut du mont Bezague, où, prétendait-il, le caganis avait coutume de rejoindre, chaque dimanche, Firmin le berger.

Puding affirma devant Machicouli qu’il avait aperçu le petitou derrière le lavoir de La Brède, un autre bourg, à une heure de marche.

Thermogène déclara à Soulacacia :

— Je l’ai rencontré tantôt. J’étais parti chez ma tante pour lui porter des figues et j’ai vu le pitchoun de loin qui se dirigeait vers Brinqueballe. Oh ! Il y est pas encore ! Avec l’autocar il y en a pour une heure… alors avec ses petites pattes !

Et le pauvre Pandore, décidé à suivre toutes les pistes, s’était élancé en direction de Brinqueballe, suant, rouspétant, pestant contre ces « minots ».

Même les fillettes s’étaient mises de la partie.

La Frisette jura qu’elle avait croisé l’orphelin à Cantecaille, La Nichette à Lougasteyre, Pipette à Montapié, la Marie, à Fenlavoine, etc… etc…

Mais, quoique l’on dise, on peut être gendarme et intelligent. Au bout de quarante-huit heures, la maréchaussée flaira quelque chose d’anormal dans cette histoire de fugitif, qui, en même temps, surgissait aux quatre coins du pays. Elle se réunit en grand conseil de guerre et décida que dès le lendemain, on appréhenderait tous les gamins portant un mouchoir sur la tête.

Mais le lendemain, un jeudi, il n’y avait pas un seul « confetti » dans la région.

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