Scène V.
LE CHEVALIER, JULIE, L’ABBESSE, PLUSIEURS RELIGIEUSES.
Julie.
Nous ſommes perdus. (elle ſe laiſſe tomber ſur un ſiége, le Chevalier ſe met devant elle.)
L’Abbesse.
Oh profanation ! un homme dans ces lieux, ſeul avec Julie ! c’eſt Satan qui s’eſt introduit parmi nous ſous ces vêtemens reſpectables.
Le Chevalier, d’un ton ferme.
Madame, reconnoiſſez-moi. Je viens vous diſputer cette victime, il faudra m’arracher la vie avant d’arriver juſqu’à elle.
L’Abbesse.
Le fils de M. de Leuville ! tremblez téméraire, votre père va paroître.
Le Chevalier.
Je ſais ce que je dois attendre de ſon caractère implacable.
L’Abbesse.
Imprudent jeune homme ! je puis encore vous ſauver, fuyez, éloignez-vous.
Le Chevalier.
Moi, fuir ! moi, abandonner à votre barbarie Julie ! mon épouſe !
L’Abbesse.
Son épouſe !
Le Chevalier.
Oui, mon épouſe, puiſque une volonté abſolue & l’amour le plus tendre nous uniſſent.
L’Abbesse.
Julie, vous autoriſez cet audacieux par votre ſilence.
Julie.
Ah ! Madame, ſauvez-le de ſon déſeſpoir. Faites retomber ſur moi ſeule le châtiment d’une erreur involontaire. Que M. de Leuville ignore la témérité de ſon fils. (elle va pour ſe jetter aux genoux de l’Abbeſſe.)
Le Chevalier, l’arrêtant.
Que faites-vous, Julie ? n’attendons rien de ces âmes endurcies par une fauſſe piété. Je le jure à la face du Ciel, je ne ſortirai d’ici que pour te conduire à l’autel de l’hyménée. Ni crainte ni reſpect ne m’en impoſeront.