Scène VI.
LES PRÉCÉDENS, LE MARQUIS, LE GRAND-VICAIRE, LE CURÉ.
Le Marquis.
Que vois-je ? mon fils !
L’Abbesse.
Ce fils, indigne de vous, s’eſt introduit dans cet aſyle ſous ces vêtemens ſacrés. Nous l’avons ſurpris entraînant Julie, qui ſans doute eſt complice de ſon égarement.
Le Marquis.
Malheureux ! que répondras-tu pour ta juſtification ?
Le Chevalier, d’un ton ferme.
Que vous me trouverez toujours ſoumis & reſpectueux, ſi vous approuvez le choix de mon cœur.
Le Marquis.
Sors, & ne me force pas d’invoquer la juſtice des hommes pour t’arracher de ces lieux.
Le Chevalier.
Je ſortirai, pourvu que Julie me ſuive, & que vous nous promettiez de nous unir.
Le Marquis.
Tu réſiſtes après le crime dont tu viens de te ſouiller ? Un rapt dans cet aſyle ſacré… Sais-tu où une pareille profanation peut te conduire ?
Le Chevalier.
Arien, dans ce tems de lumières & de juſtice. Ce ne ſont point les Autels que j’offenſe, je les ſers en défendant l’innocence opprimée. N’attribuez qu’à l’horrible tyrannie que vous exerciez ſur cette innocente victime, la néceſſité de mon déguiſement. L’un & l’autre nous ſommes libres de faire un choix. Les loix, l’humanité, les droits de la nature, nous protégeront contre le fanatiſme & les vengeances de l’orgueil.
Le Marquis.
Si je n’écoutois que mon juſte courroux… Tremble de m’irriter davantage… Sors, te dis-je, avant que je ne me livre à mon indignation.
Le Grand-Vicaire, à part.
Quel moment favorable pour me venger de ce Prêtre rebelle ! faiſons retomber ſur lui l’égarement de ces jeunes gens. (à M. de Leuville.) Je vais chercher main-forte, & je reviens à l’inſtant. (il ſort.)