‹ Le CouventChapitre 16 sur 33 · Scène VII.

Scène VII.

LES PRÉCÉDENS, excepté LE GRAND-VICAIRE.

Le Chevalier.

Je vous l’ai déjà dit : je ne ſortirai qu’avec Julie, & pour aller aux pieds des Autels ratifier la foi que je lui ai donnée.

Le Marquis, à l’Abbeſſe.

Madame, Permettez que je faſſe appeller la Juſtice, & que j’aie recours aux loix pour faire punir un audacieux qui me manque de reſpect, & qui a oſé profaner ce lieu ſaint.

L’Abbesse.

Oui, Monſieur, je vous le permets, il faut un exemple. Vous le devez au culte, à la religion, au ciel même.

Le Curé.

Ah ! Monſieur, qu’allez-vous faire ? La fureur vous aveugle, c’eſt votre fils que vous voulez perdre. Son crime eſt excuſable. La jeuneſſe, la beauté, le malheur de Julie, l’ont égaré. Ecoutez des conſeils plus doux. Il ſe ſoumettra ſi l’on retarde la cérémonie.

L’Abbesse.

Quel langage pour un Paſteur ! eſt-ce ainſi que vous défendez ces Vierges de Dieu des paſſions mondaines ?

Le Chevalier.

Oui, à cette condition je n’inſiſte plus, pourvu que l’on me promette ſolemnellement que Julie ne ſera point tourmentée, & qu’il me ſera libre de la voir en préſence de mon père & de toutes les Religieuſes, afin de les convaincre que mes intentions ſont pures & louables.

Le Marquis.

Vous l’entendez, il prétend encore nous faire la loi. Pour la dernière fois, plus de grace ſi tu perſiſtes.

Le Chevalier.

Quand on eſt inhumain, injuſte, la déſobéiſſance devient un devoir.

Le Marquis.

Ta perte eſt inévitable, ingrat, je te déshérite, & je vais te faire enfermer pour le reſte de tes jours.

Julie, ſe jettant aux genoux du Marquis.

Ah ! Monſieur, ayez pitié de votre fils, moi ſeule je ſuis coupable.

Le Marquis.

Il ne reſte qu’un moyen de le ſauver, c’eſt de monter ſur le champ à l’autel, & d’y prononcer vos vœux. Je jure d’oublier ſon crime.

Julie, ſe relevant.

O Dieu ! ſoutiens mon courage. Pardonne à ma foibleſſe ſi mon cœur dément ce que ma bouche va prononcer. (Elle marche à l’Autel, le Chevalier l’arrête par un mouvement rapide.)

Le Chevalier.

Julie, qu’allez-vous faire ? (Julie, après s’être débarraſſée de ſes mains, marche à l’Autel.)

Le Curé.

Arrêtez, fille infortunée, la violence eſt manifeſte : Dieu rejette des vœux qui ne ſont pas librement prononcés. (à l’Abbeſſe.) Madame, je vous engage, par toute l’autorité de la religion, d’empêcher ce ſacrilége qui retomberoit ſur vous & ſur ceux qui le commandent. (à part.) Mais, qu’entends-je, on arrive en foule ! la juſtice vient à notre ſecours ! O Providence céleſte ! ſauve la victime.

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