‹ Le Crime de la Cinquième AvenueChapitre 26 sur 39 · Partie 2 · XIII

Partie 2 · XIII

Je n’essaierai pas de décrire les sentiments de diverse nature qui m’assaillirent à cette déclaration. De même que, à ce que l’on prétend, un homme qui se noie vit plus en ce terrible instant que pendant une existence entière, de même chacune des paroles de Mary que j’avais pu entendre, depuis la première fois que je l’avais vue dans sa chambre le matin de l’enquête, jusqu’à notre dernière conversation, le soir où M. Clavering était venu lui rendre visite, se dressait comme une fantasmagorie horrible dans mon cerveau, et me laissait pétrifié devant la signification qu’acquérait soudain pour moi toute sa conduite.

— J’ai, je le comprends, jeté dans votre conscience une avalanche de doutes, s’écria mon interlocuteur, avec un accent de supériorité. Jamais, n’est-ce pas ? vous ne vous étiez arrêté à une telle conjecture ?

— Ne me demandez pas quels ont pu être mes sentiments. Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne croirai jamais que votre supposition soit vraie. Jamais Mary, quel que soit, au reste, son intérêt au crime, n’y a pris une part active et matérielle, ajoutai-je par politesse.

— Et qu’est-ce qui vous le fait soutenir ?

— Et vous, qu’est-ce qui vous amène à croire à sa culpabilité ? C’est à vous de prouver qu’elle est criminelle, et non pas à moi d’établir qu’elle est innocente.

— Ah ! répliqua M. Gryce d’une voix sarcastique, vous vous rappelez les principes du droit ! Cependant, si j’ai bonne mémoire, vous n’avez pas toujours été aussi immuable sur la légalité, lorsqu’il était question de savoir si M. Clavering était ou n’était pas l’assassin !

— Lui, c’est un homme, et accuser un homme d’un crime est moins horrible. Mais une femme, et une femme telle que celle-là ! C’est affreux à entendre. Rien qu’un aveu formel ne m’amènera à croire que Mary Leavenworth, ou toute autre femme, a pu commettre une pareille action. Le crime a été trop cruel, trop délibéré, trop…

— Lisez les annales judiciaires, interrompit M. Gryce.

Mais je m’obstinai.

— Je n’ai que faire des annales dont vous parlez. Toutes les annales judiciaires de la terre n’auraient pu me convaincre de la culpabilité d’Eleonore ; j’éprouve la même conviction à l’égard de sa cousine. Mary Leavenworth est peut-être fautive, mais elle n’est pas criminelle.

— Vous êtes, à ce qu’il paraît, plus indulgent pour elle que ne l’était sa cousine.

— Je ne vous comprends pas, murmurai-je, sentant qu’une nouvelle lueur encore plus effrayante venait de se montrer à moi.

— Auriez-vous oublié, au milieu de la rapidité des événements, l’accusation que nous avons entendue formuler chez ces dames le matin de l’enquête ?

— Non, mais…

— Croyez-vous que ce soit Mary qui ait porté cette accusation contre Eleonore ?

— Et vous ?

Oh ! quel sourire illumina le visage de M. Gryce !

— C’est là, fit-il, une erreur dans laquelle je vous ai laissé à dessein, estimant que, vu votre inexpérience, il était bon de ne pas vous désabuser.

La lumière m’écrasait de plus en plus.

— Alors, vous prétendez, m’écriai-je, que c’était Eleonore qui parlait à ce moment ? Et, pendant ces dernières semaines, vous m’avez laissé agir sous le coup de cette atroce méprise, lorsque d’un seul mot vous auriez pu me mettre sur le droit chemin !

— Oui, mais j’avais mes motifs pour vous laisser agir de la sorte pendant un certain temps de votre propre chef. Tout d’abord, je ne savais pas au juste qui avait parlé, quoique je n’eusse guère de doutes. Les voix de ces demoiselles, comme vous avez pu le constater vous-même, se ressemblent beaucoup, et leur attitude lorsque nous sommes entrés pouvait aussi bien s’expliquer par la supposition que Mary venait de lancer une accusation que par celle qu’elle en avait repoussé une. Aussi, quoique je n’eusse pas personnellement d’hésitation à interpréter la scène que j’avais sous les yeux, ai-je été satisfait de vous voir accepter une version différente ; de la sorte, les deux voies contraires devaient être explorées, et cela est très important dans un mystère comme celui qui nous occupe. Vous vous êtes donc mis à suivre l’affaire avec une idée, et moi avec une autre. Vous avez examiné chaque fait au bénéfice de miss Mary et au détriment de miss Eleonore, tandis que j’ai pris la méthode opposée. Quel est le résultat ? Avec vous, il y a doute, contradiction, recours à des arguments bizarres pour consolider les apparences et vos propres convictions ; avec moi, il existe une assurance croissante, et aussi une croyance de plus en plus développée, qui renforce tout et rend tout possible.

Le terrible panorama de faits, de regards et de paroles se déroule encore devant mon imagination. C’étaient les assertions réitérées de Mary au sujet de l’innocence de sa cousine ; c’était le silence inexplicable d’Eleonore sur certains points qu’elle devait regarder comme pouvant conduire à la découverte de l’assassin.

— Il est possible que votre théorie soit juste, dis-je enfin ; indubitablement, c’est Eleonore qui parlait. Elle croit à la culpabilité de Mary, et il faut que j’aie été aveugle pour ne pas l’avoir compris du premier coup.

— Si Eleonore Leavenworth croit que sa cousine est coupable, elle doit avoir ses raisons pour cela.

Je fus obligé de l’admettre.

— Elle n’aurait pas sans motif caché dans son corsage la fameuse clef — trouvée on ne sait où — et détruit ou tenté de détruire la lettre qui représentait sa cousine, pour tout le monde, comme la perturbatrice cruelle et dépravée de la paix d’un honnête homme.

— Non, non.

— Et vous voilà, vous, un étranger, un jeune homme, n’ayant jamais vu Mary Leavenworth que sous le jour où cette coquette créature a bien voulu se montrer à vous, qui vous risquez à soutenir son innocence en face de l’attitude qu’Eleonore Leavenworth a conservée depuis le premier moment !

— Mais, fis-je, dans mon grand désir d’échapper à de pareilles conclusions, Eleonore est faible ; elle a pu se tromper dans ses suppositions. Elle n’a jamais déclaré sur quoi elle fondait ses soupçons, pas plus que nous ne savons pourquoi elle garde l’attitude dont vous parlez. Dans la mesure de ce qu’elle peut et de ce que nous pouvons aussi savoir, il est tout aussi admissible que le crime ait été commis par Clavering que par Mary.

— Votre croyance à la culpabilité de Clavering a quelque chose de superstitieux.

Je réfléchis. M. Gryce avait-il raison ? La conviction fantastique de M. Harwell à l’égard de ce personnage m’avait-elle par trop influencé ?

— Au reste, poursuivit le détective, il se peut que vous ayez raison ; je ne prétends pas qu’il est impossible que je me trompe. Des recherches postérieures nous mettront à même d’être fixés sur M. Clavering, bien que je ne m’y attende guère, car sa conduite, comme le mari secret de la femme ayant eu un intérêt à l’exécution du crime, a toujours été trop conséquente avec elle-même.

— Excepté lorsqu’il l’a quittée.

— Il n’y a pas d’exception.

— Que voulez-vous dire ?

— Je veux dire qu’au lieu de partir M. Clavering a feint seulement de s’embarquer pour l’Europe, comme elle le lui avait demandé ; qu’il n’a pas fait autre chose que changer de logement et qu’il habite maintenant dans une maison juste en face de la sienne et de la fenêtre de laquelle il est à même de surveiller toutes ses allées et venues.

Je me rappelai l’invitation qu’il m’avait adressée en me quittant lors de notre entrevue à l’étude de M. Veeley.

— Mais on m’avait assuré à l’hôtel Hoffman, observai-je, que Clavering était parti pour l’Europe, et j’ai vu l’homme qui déclare l’avoir conduit au paquebot.

— Précisément.

— Et M. Clavering est ensuite entré dans la ville ?

— Oui, avec une autre voiture, et il s’est établi dans une autre maison.

— Et vous soutenez que cet homme est innocent ?

— Non ; je dis seulement qu’il n’y a aucune preuve qu’il soit l’assassin de M. Leavenworth.

Je me mis à me promener en silence, mais au bout d’un instant, l’horloge, en sonnant, me rappela l’heure ; me tournant vers M. Gryce, je lui demandai ce qu’il fallait faire.

— Je ne puis faire qu’une seule chose, répondit-il.

— Et laquelle ?

— Suivre les indices que j’ai recueillis et faire arrêter miss Leavenworth.

J’eus assez de force sur moi-même pour retenir un cri, mais il m’était impossible d’apprendre une telle résolution sans chercher à la combattre.

— Mais, lui dis-je, je ne vois aucune preuve assez certaine qui nous permette d’agir de la sorte. Vous avez vous-même reconnu que l’existence d’un intérêt n’était pas suffisante, alors même qu’il est établi que la personne suspectée était dans la maison au moment du crime. Avez-vous quelque chose de plus contre miss Leavenworth ?

— Pardonnez-moi, interrompit-il, lorsque j’ai dit miss Leavenworth, j’entendais Eleonore Leavenworth.

— Eleonore ! Alors que tous, et que vous-même, êtes d’accord pour proclamer qu’elle est la seule personne qui soit certainement innocente !

— Il n’y a qu’elle qui jusqu’à présent ait été convaincue de faits précis.

J’étais obligé d’en convenir.

— Monsieur Raymond, remarqua gravement M. Gryce, l’opinion publique commence à devenir menaçante, et il est nécessaire, au moins temporairement, de lui donner satisfaction. Eleonore qui est allée elle-même au-devant des soupçons de la police, doit supporter les conséquences de son action. J’en suis désolé, car c’est une noble fille que j’admire, mais la justice est la justice, et quoique je pense qu’elle est innocente, je vais être obligé de la faire mettre en état d’arrestation, à moins que…

— Je me refuse à accepter une pareille mesure, m’écriai-je. Ce serait faire une irréparable injure à une personne dont le seul tort consiste à avoir de l’affection pour une parente indigne. Si Mary est…

— À moins, reprit M. Gryce, comme si je n’avais pas parlé, que quelque chose n’arrive d’ici à demain matin.

— À demain matin ?

— Oui.

— N’accorderez-vous pas un jour de plus ? fis-je avec un accent désespéré.

— Pourquoi faire ?

Hélas ! je n’en savais rien.

— Pour voir M. Clavering et le forcer à dire la vérité.

— Afin de tout renverser ! Non, s’écria M. Gryce ; le sort en est jeté. Eleonore connaît le seul point qui démontre la culpabilité de sa cousine, il faut qu’elle l’explique ou qu’elle supporte les conséquences de son refus.

Je fis un effort.

— Mais pourquoi demain ? Nous avons perdu peu de temps dans nos recherches ; pourquoi n’attendrions-nous pas encore un peu, alors que nous sommes de plus en plus ardents sur la piste ? En imitant encore la façon de procéder de la taupe…

— Laissez-moi donc tranquille ! s’écria M. Gryce hors de lui ; l’heure d’imiter la taupe est passée, monsieur. Quelque chose de décisif doit être fait ; cependant, si je pouvais trouver le seul chaînon qui me manque… .

— Quel chaînon ?

— La raison immédiate de la tragédie ; un commencement de preuve que M. Leavenworth avait menacé sa nièce de son déplaisir ou M. Clavering de sa vengeance me conduirait justement à l’endroit où je souhaité de parvenir, et alors l’arrestation d’Eleonore n’aurait pas lieu. Non, mademoiselle, j’irais tout droit alors dans vos salons dorés, et lorsque vous me demanderiez si j’ai découvert le meurtrier, je répondrais : « Oui », et je vous ferais voir un certain papier qui vous étonnerait, je l’imagine. Mais les chaînons perdus ne sont pas faciles à trouver. C’est vainement qu’on a recours au travail de la taupe, pour user de votre expression ; on n’est parvenu sur ce point spécial à aucun résultat, et rien, sauf un aveu explicite de l’une des personnes qui savent à quoi s’en tenir sur le crime, ne peut nous fournir ce qui nous manque. Je vais vous dire ce que je décide ! s’écria-t-il tout d’un coup. — Miss Leavenworth a exprimé le désir que je la tienne au courant ; elle attend avec anxiété l’arrestation du coupable, vous le savez, et elle a offert une énorme récompense. Il sera fait conformément à ses souhaits. Mes soupçons, unis aux raisons que j’ai pour les avoir conçus, doivent conduire à une intéressante découverte, et je ne serais pas très étonné si une confession également intéressante n’en était pas la suite.

J’étais saisi d’horreur.

— En tous les cas, on peut essayer, poursuivit-il ; Eleonore mérite à tous les égards qu’on coure un pareil risque pour elle.

— Cela n’amènera aucun bon résultat, dis-je. Si Mary est coupable, jamais elle ne l’avouera ; si elle ne l’est pas…

— Elle dira quel est l’assassin.

— Non, elle ne le dira pas, si l’auteur du crime est Clavering, son mari.

— Si, répliqua M. Gryce, elle le dira, quand même ce serait son mari. Elle n’a pas le cœur d’Eleonore.

J’étais obligé d’en convenir. Mary n’était pas femme à cacher des clefs pour sauver une autre personne, et si on l’accusait elle parlerait sans doute. L’avenir qui s’ouvrait devant nous était sombre, et lorsque, quelques instants plus tard, je me trouvai seul au milieu de la rue bruyante, la pensée qu’Eleonore restait libre fut pour moi la première de toutes et me domina tellement que le souvenir de ma promenade de ce jour sous la pluie est demeuré profondément gravé dans mon esprit. Ce ne fut qu’une fois la nuit tombée que je compris nettement combien, si la théorie de M. Gryce était exacte, la situation de Mary devenait critique, et je fus assailli par les plus noirs pressentiments.

Pendant toute une nuit sans sommeil, je me répétais sans cesse : « Il faut que quelque chose empêche M. Gryce de mettre son projet à exécution. » Puis mon imagination s’efforçait de conjecturer ce qui pouvait arriver : M. Clavering avouerait-il ? Hannah serait-elle retrouvée ? Mary prononcerait-elle enfin le mot qu’une fois j’avais vu trembler si longtemps sur ses lèvres ? Tout cela fut inutile, et je m’endormis à l’aurore afin de rêver que Mary menaçait M. Gryce avec un pistolet ; ce fut un coup sonore frappé à ma porte qui m’arracha à cette aimable vision. Je me levai en hâte et demandai qui était là. Pour toute réponse, on me fit passer un billet sous la porte.

M. Gryce m’écrivait :

« Venez immédiatement : Hannah Chester est découverte. »

· · ·

— Hannah Chester est découverte ?

— Oui ; nous avons du moins des raisons pour le croire.

— Quand ? Où ? Par qui ?

— Asseyez-vous, je vais vous le dire. Dormez tranquille, fit M. Gryce en marquant que nos yeux regardaient impatiemment de tous les côtés de la chambre, — demeurez tranquille ; elle n’est pas dans l’armoire, et nous n’avons aucune certitude absolue qu’elle soit n’importe où. Mais on nous a informés que le visage d’une fille ressemblant à Hannah a été aperçu à une fenêtre de l’étage supérieur d’une maison située à — ne vous étonnez pas trop ! — située à R…, dans laquelle elle avait l’habitude d’aller lorsque les demoiselles Leavenworth habitaient à l’hôtel. Maintenant, comme il est complètement établi qu’elle a quitté New-York la nuit même du crime, par la gare de …, nous estimons qu’il y a lieu de se livrer à des investigations.

— Mais…

— Si elle est là-bas, elle est tenue au secret et de bien près. Personne, excepté notre indicateur, ne l’a encore vue, et dans le voisinage on ne se doute aucunement de sa présence.

— Hannah serait tenue au secret dans une maison à R… ? Quelle est cette maison ?

M. Gryce me gratifia d’un sourire quelque peu grimaçant.

— Le nom de la personne qui y habite, fit-il, est, nous dit-on, Belden : Mme Amy Belden.

— Amy Belden ! le nom écrit sur une enveloppe déchirée qui a été trouvée par un domestique de M. Clavering ?

— Précisément.

Je ne cherchai pas à dissimuler ma satisfaction ; nous étions donc sur le point de faire une découverte ; la Providence nous venait en aide et Eleonore serait sauvée.

— Mais, demandai-je, quand avez-vous été prévenu ?

— Pendant la nuit dernière, ou plutôt ce matin. C’est M. Pourquoi qui m’a apporté cette nouvelle.

— C’était un message envoyé à M. Pourquoi ?

— Oui ; c’est là le résultat de son travail de taupe à R…, à ce que je suppose.

— Quel est le signataire de l’avis ?

— Un respectable étameur qui habite à côté de Mme Belden.

— Est-ce là la première indication que vous receviez de l’existence d’une Amy Belden à R… ?

— Oui.

— Veuve ou mariée ?

— Je ne sais pas ; je ne connais rien, sauf son nom.

— Mais vous avez déjà envoyé M. Pourquoi faire des recherches ?

— Non ; l’affaire est un peu trop sérieuse pour que je la confie à lui seul. Il peut se présenter des circonstances dans lesquelles il sera nécessaire d’avoir de la cervelle, et quoique M. Pourquoi soit un habile fureteur, il n’est pas à la hauteur des grandes occasions ; et il serait utile qu’un esprit exercé vint à son secours.

— En résumé…

— Je vous prie d’aller là-bas, puisque je ne puis pas y aller moi-même ; je ne connais personne autre que vous qui soit à même de conduire l’affaire à bien. Vous comprenez qu’il ne serait pas suffisant de découvrir cette fille et de s’assurer de son identité. L’état actuel des choses exige que l’arrestation d’un témoin aussi important soit tenue aussi secrète que possible. L’homme à même de s’introduire dans une maison étrangère située dans un village, d’y découvrir une fille qui est tenue au secret, de l’effrayer, de l’enjôler, de l’obliger au besoin à quitter sa retraite et de venir se présenter à un inspecteur de la police de sûreté, et tout cela, sans que les voisins s’en doutent, cet homme-là a besoin de jugement, d’intelligence, presque de génie. Et la femme qui la garde cachée ! Il faut qu’elle ait ses raisons pour agir de la sorte, et ces raisons, il est indispensable de les découvrir. Tout cela est très délicat. Vous croyez-vous capable de réussir ?

— Tout au moins, je l’essaierai.

M. Gryce s’installa plus commodément sur son canapé.

— Et penser, murmura-t-il en regardant ses jambes impotentes, que c’est à vous que je dois d’être privé d’un plaisir qui m’était légitimement réservé ! Mais occupons-nous de notre affaire. Quand pouvez-vous partir ?

— Immédiatement.

— Parfait ! Il y a un train à midi un quart. Prenez-le ; une fois que vous serez à R…, vous déciderez des meilleurs moyens à employer pour faire la connaissance de Mrs Belden, sans éveiller ses soupçons. M. Pourquoi qui va vous accompagner, se trouvera prêt à vous fournir toute l’assistance dont vous pourrez avoir besoin ; seulement, il est bien entendu que, comme il sera très probablement déguisé, vous n’aurez pas l’air de le reconnaître et ne chercherez pas à vous mêler à ses plans et démarches avant qu’il vous y ait invité par un signe convenu d’avance. Vous travaillerez, lui de son côté, et vous du vôtre, jusqu’au moment où les circonstances exigeront que vous agissiez de concert. Je ne puis même pas vous dire si vous le verrez ou si vous ne le verrez pas, car il peut juger utile de se tenir à l’écart. Mais, en tous les cas, vous pouvez être sûr d’une chose, c’est que s’il vous arrive de déployer un… par exemple, un foulard rouge… avez-vous un foulard de cette couleur ?

— Je m’en procurerai un.

— S’il vous arrive de déployer un foulard rouge, cela signifiera que vous réclamez son concours, soit que vous le teniez à la main, soit que vous le suspendiez à la fenêtre de votre chambre.

— Sont-ce là toutes les instructions que vous ayez à me donner ?

— Oui ; je ne vois rien autre. Vous aurez beaucoup à compter avec votre propre discrétion et les exigences du moment, et pour l’instant il m’est impossible de vous dire ce que vous aurez à faire. Au reste, votre inspiration personnelle sera pour vous le meilleur des guides. Seulement, si vous le pouvez, arrangez-vous de manière à ce que j’aie de vos nouvelles ou à ce que je vous voie demain à la même heure.

Et il me remit une clef de télégrammes chiffrés pour le cas où j’aurais à lui envoyer quelque dépêche.

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

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