‹ Le Crime de la Cinquième AvenueChapitre 38 sur 39 · Partie 4 · V

Partie 4 · V

« Je ne suis pas un homme pervers, mais j’ai un caractère qui porte tout à l’excès. L’ambition, l’amour, la jalousie, la haine, la vengeance, tous ces sentiments qui, pour beaucoup de gens, ne sont que des émotions fugitives, sont, au contraire, pour moi, des passions terribles. Ceux qui me connaissent le mieux et ma mère elle-même l’ignoraient.

Àl’école, personne ne me comprit. On me croyait très doux et mes camarades m’avaient surnommé la demoiselle. Depuis trois longues années, ils m’appelaient ainsi, lorsqu’un jour je me révoltai. Je provoquai le plus ardent d’entre eux et le renversai par terre en le piétinant sous moi… Il ne m’a plus jamais appelé demoiselle, celui-là.

On me plaça ensuite dans un grand magasin où je fus moins apprécié encore. Comme je faisais mon travail d’une façon irréprochable et que j’étais l’exactitude même, on me prenait pour une bonne machine et rien de plus. Un homme qui ne jouait pas, qui ne fumait pas, qui ne riait jamais, avait-il du cœur, du sentiment ? Je pouvais, il est vrai, parfaitement tenir les comptes, mais cela ne demandait guère de qualités morales. Jour par jour, mois par mois, je faisais des écritures où il n’y avait pas l’ombre d’une rature, et l’on insinua que j’étais un excellent automate. Au reste, je ne cherchai à désabuser personne, étant sûr que tôt ou tard on serait forcé, comme cela était déjà arrivé, de changer d’avis. Le fait est que je n’aimais personne suffisamment, pas même moi, pour me soucier de l’opinion d’autrui. Mon existence, dépourvue de tout intérêt, ressemblait à une immense et interminable plaine à travers laquelle il fallait cheminer bon gré mal gré. Et cela aurait duré jusqu’à aujourd’hui sans doute, si je n’avais pas rencontré Mary Leavenworth. Mais quand, il y a de cela neuf mois à peine, je quittai mon bureau pour entrer chez M. Leavenworth, une flamme brûlante embrasa soudain mon âme d’un feu qui ne s’est pas éteint et qui ne s’éteindra jamais jusqu’à l’heure où la destinée qui m’attend se sera accomplie.

Ah ! qu’elle était belle ! Lorsque, le soir de mon arrivée, mon nouveau patron me conduisit dans le salon où se trouvait cette femme séduisante et redoutable, j’entrevis comme dans un éclair ce que serait mon avenir si je restais dans cette maison. Elle était d’humeur altière ce soir-là et m’accorda à peine un coup d’œil distrait. Mais alors, son indifférence ne me faisait pas grand effet ; il me suffisait de pouvoir contempler sa beauté. C’était regarder le cratère d’un volcan dangereux dissimulé sous des fleurs. Chaque instant était rempli pour moi de crainte et de charme, mais alors même que je l’aurais voulu, je me sentais incapable de m’éloigner.

Il en a été toujours ainsi. Je la regardais avec une émotion mélangée de douleur poignante et de bonheur indicible. Je ne cessais pas une seconde de l’étudier : son sourire, ses gestes, ses regards, tout ! En agissant ainsi, j’avais pour but de fixer d’une façon indélébile chaque détail de sa beauté dans chacune des fibres de mon être, car je compris clairement à cette époque, aussi bien qu’à présent, que, toute coquette qu’elle fût, elle ne s’abaisserait jamais jusqu’à moi. Non, je me serais couché à ses pieds, je l’aurais laissée marcher sur moi qu’elle ne se serait même pas retournée !

Je ne lui étais rien et jamais je ne lui serais rien, à moins que — et cette pensée me vint peu à peu — à moins que, par un moyen ou par un autre, je ne réussisse à devenir son maître !

J’écrivais sous la dictée de M. Leavenworth, qui était content de mes services. Quant à l’autre nièce, miss Eleonore, elle me traitait comme pouvait le faire la femme d’une nature fière, mais sympathique, qu’elle était ; sans être familière, elle était bonne, et si elle ne me considérait pas comme un ami, j’étais du moins un habitant de la maison qu’elle devait voir tous les jours aux repas et qui, cela était visible, n’était guère heureux.

Six mois s’écoulèrent ; j’avais appris deux choses : d’abord, que Mary Leavenworth avait une passion immodérée et presque extravagante pour sa situation d’héritière, et ensuite qu’elle cachait un secret qui mettait cette situation en danger. Ce secret, quel était-il ? Je restai un certain temps sans parvenir à le découvrir, mais plus tard, lorsque j’eus acquis la conviction que c’était un secret d’amour, je me mis à espérer. Cela, j’en conviens, peut paraître étrange.

Je connaissais alors le caractère de M. Leavenworth presque aussi bien que celui de sa nièce ; je devinais qu’il serait implacable dans une question de ce genre et que, dans le conflit entre ces deux volontés, quelque chose pourrait survenir qui me donnerait prise sur elle. Ce qui me préoccupait surtout, c’était mon ignorance du nom de l’homme auquel elle s’intéressait.

Un jour — il y a de cela un mois maintenant — je m’occupais comme d’habitude à ouvrir le courrier de M. Leavenworth lorsqu’une lettre, — l’oublierai-je jamais, cette lettre ! — tomba sous mes yeux ; elle contenait les lignes suivantes :

1 mars 1884.

« Cher monsieur,

« Vous avez une nièce que vous aimez, en laquelle vous avez toute confiance et qui semble digne de l’affection et de la foi que vous, ou un autre homme, pourriez lui accorder ; elle est si belle, si charmante, si tendre dans son visage, dans son attitude, dans sa conversation ! Mais, cher monsieur, chaque rose a ses épines et votre rose ne fait pas exception à la règle commune. Jolie comme elle l’est, charmante comme elle l’est, tendre comme elle l’est, elle est non seulement capable de fouler aux pieds les droits de quelqu’un qui s’est fié à elle, mais encore de briser le cœur et de désespérer l’esprit de celui auquel elle doit cependant soumission, honneur et respect.

« Si vous ne me croyez pas, interrogez cette cruelle et ensorcelante créature ; elle vous apprendra qui est celui qui se dit son humble serviteur et aussi le vôtre.

Henry Ritchie Clavering

Une bombe aurait éclaté à mes pieds ou le diable lui-même me serait apparu que ma stupéfaction n’eût pas été plus grande. Le signataire de cette lettre curieuse ne m’était pas seulement inconnu, mais encore cet homme se croyait son maître, et c’était là, vous le savez, la situation à laquelle j’aspirais moi-même. Pendant quelques minutes, je demeurai en proie à un sentiment terrible d’indignation et de colère ; puis je repris mon sang-froid en me disant qu’avec cette lettre en ma possession je devenais de fait l’arbitre de sa destinée.

Il y a des hommes, peut-être, qui seraient allés la trouver à l’instant même et qui, en menaçant de livrer la lettre à son oncle, auraient obtenu d’elle des supplications, sinon davantage ; mes plans étaient plus machiavéliques. Je me rendais compte qu’il fallait qu’elle fût d’abord réduite au désespoir avant de se rendre, qu’elle se sentît glisser par-dessus le bord du précipice avant de consentir à accepter le secours qui lui serait offert.

C’est pour ces motifs que je me décidai à remettre la lettre à M. Leavenworth ; mais elle avait été ouverte. Comment la lui donner sans éveiller ses soupçons ? Je ne vis qu’un moyen : c’était de l’ouvrir devant lui, comme pour la première fois. J’attendis son entrée dans la bibliothèque, puis je me levai pour le saluer, et, faisant semblant de déchirer les extrémités de l’enveloppe, j’ouvris la lettre ; après un rapide coup d’œil, je la jetai sur la table.

— Ceci paraît une lettre personnelle, lui dis-je, bien que l’enveloppe ne porte aucun signe extérieur à cet effet.

Il la prit pendant que j’étais près de lui. Il tressaillit au premier mot et me regarda, mais il parut convaincu, d’après ma physionomie, que je n’avais pas eu le temps de lire suffisamment pour en comprendre la teneur ; il s’assit et en dévora le contenu en silence. J’attendis un instant, ensuite je repris ma place derrière mon pupitre. Un minute, puis deux s’écoulèrent en silence ; il relisait la lettre. Il se leva alors et quitta la chambre avec précipitation ; lorsqu’il passa à côté de moi, j’aperçus son visage dans une glace, et l’expression que j’y découvris n’était pas faite pour diminuer l’espérance qui naissait dans mon cœur.

Je le suivis dans l’escalier ; il entra tout droit chez Mary, et quand, un peu plus tard, la famille se réunit à l’heure du dîner, je m’aperçus sans peine qu’une barrière infranchissable s’était élevée entre lui et sa nièce préférée.

Deux jours se passèrent, deux jours d’une inquiétude mortelle et constante pour moi. M. Leavenworth avait-il répondu à cette lettre ? Tout cela se terminerait-il sans que le mystérieux Clavering fît son entrée sur la scène ? Je n’en savais rien.

Et pendant ce temps je continuais le travail monotone qui broyait mon cœur sous sa roue implacable. J’écrivais, j’écrivais toujours jusqu’au moment où il me semblait que mon sang s’en allait avec chaque goutte d’encre. J’étais toujours aux écoutes, toujours sur le qui-vive, mais en craignant aussi toujours que l’on ne s’aperçût à la longue de ma surveillance incessante. La troisième nuit, j’eus un rêve que j’ai déjà raconté à M. Raymond, et qu’il est inutile de raconter ici. Je désire cependant faire une seule rectification à mon récit. J’avais dit à M. Raymond que le visage de l’assassin de M. Leavenworth était celui de M. Clavering. J’ai menti ! Le visage que j’ai vu dans mon rêve, c’était le mien ! Quant aux autres détails, ils étaient exacts.

Je fus affecté au delà de toute expression par cette vision. Était-ce un avertissement, ou une indication des moyens à employer pour arriver à posséder cette ravissante créature ? Était-ce la mort de son oncle qui devait combler l’abîme jeté entre nous ? J’étais sur le point de penser que c’était la seule route qui me conduirait au bonheur. Dans mon imagination, j’allai même jusqu’à me la figurer se tournant vers moi dans un élan de reconnaissance et me remerciant de l’avoir sauvée du danger qui la menaçait !

Quoi qu’il en fût, une chose était hors de doute : j’avais vu comment il fallait accomplir mon œuvre ! Pendant toute ma longue journée de travail, je voyais sans cesse une forme descendre l’escalier à pas de loup et s’approcher, le revolver à la main, du vieillard inconscient. Mes regards se tournaient à chaque instant vers la porte par où l’apparition devait entrer, et je me demandais à quel moment je m’y trouverais véritablement, mais je ne me figurais pas que cette heure fût si proche.

Même lorsque je quittai ce soir-là M. Leavenworth après avoir bu à sa santé le verre de sherry dont j’ai parlé au cours de l’enquête, je n’avais pas l’idée que l’instant d’agir allait venir. Mais trois minutes après m’être retiré chez moi, j’entendis le frôlement d’une robe ; c’était Mary qui passait devant ma porte et se rendait à la bibliothèque.

Je compris alors que l’heure fatale avait sonné et que quelque chose se ferait ou se dirait, qui rendrait le crime inévitable. Quoi ? Je voulus le savoir.

Me rappelant tout à coup que le ventilateur qui parcourait la maison entière débouchait d’abord sur le corridor situé entre la bibliothèque et la chambre à coucher de M. Leavenworth, et ensuite dans le cabinet de toilette de la grande chambre vide qui était à côté de la mienne, j’ouvris rapidement la porte qui séparait ces deux pièces et je m’installai dans le cabinet.

Le son des voix arriva immédiatement à mes oreilles ; tout était ouvert en bas, et en me plaçant près du ventilateur je percevais aussi clairement la conversation de Mary et de son oncle que si j’eusse été moi-même dans la bibliothèque.

J’en entendis assez pour confirmer l’exactitude de mes soupçons : c’était une question de vie ou de mort pour elle. M. Leavenworth, conformément à une menace qu’il lui avait faite, à ce que je compris, depuis un certain temps déjà, prenait à cette heure même des mesures pour modifier les clauses de son testament.

Elle était venue implorer le pardon de sa faute et la continuation de sa faveur. Quelle était cette faute ? Je ne le sus pas. Elle ne parla pas de M. Clavering comme étant son mari, et je l’entendis simplement affirmer que l’acte qu’elle avait commis avait été plutôt le résultat d’un caprice que l’obéissance à un véritable sentiment d’amour.

Elle ajouta qu’elle regrettait vivement ce qu’elle avait fait, et qu’elle souhaitait ardemment être à jamais délivrée de toute obligation envers celui qu’elle voulait oublier, et elle promit de devenir de nouveau pour son oncle ce qu’elle était avant de connaître l’homme dont il s’agissait.

Je crus, insensé que j’étais, qu’elle ne faisait allusion qu’à une simple promesse de mariage, et ces paroles m’inspirèrent les plus folles espérances. Mais M. Leavenworth répondit d’un ton de grande sévérité qu’elle avait perdu pour toujours et son affection et ses droits à son immense héritage.

Je n’eus pas besoin de son cri déchirant de honte et de désappointement ni de l’appel désespéré par lequel, au milieu de son angoisse, elle réclamait aide et protection, pour signer mentalement l’arrêt de mort de son bourreau.

Retournant doucement dans ma chambre, j’attendis que miss Mary fût remontée chez elle, puis, tel que je m’étais vu dans mon rêve, je descendis l’escalier à pas de loup ; j’étais en pleine possession de mon sang-froid. Après avoir frappé légèrement à la porte, j’entrai dans la bibliothèque. M. Leavenworth écrivait, assis à sa place habituelle.

— Excusez-moi, lui dis-je quand il leva la tête. J’ai perdu mon carnet et je crois l’avoir laissé tomber ce soir dans le corridor, lorsque je suis allé chercher le vin.

Il fit un mouvement d’acquiescement et je passai rapidement.

Une fois dans le corridor, j’entrai dans sa chambre à coucher, je pris le revolver, puis, presque sans me rendre compte de ce que je faisais, je vins me placer derrière lui. Je visai et le coup partit.

Vous connaissez le résultat.

Il ne poussa pas un gémissement, sa tête tomba en avant sur ses mains.

Mary était désormais la maîtresse des millions qu’elle convoitait avec tant d’ardeur !

Ma première pensée fut de m’emparer de la lettre qu’il était en train d’écrire. M’approchant de la table, j’y jetai un coup d’œil à la hâte ; c’était, comme je l’avais deviné, une demande d’entrevue adressée à son avoué ; je la mis dans ma poche, ainsi que la lettre de M. Clavering, que j’aperçus sur la table toute maculée de sang.

Je pensai ensuite à ma sécurité personnelle et à l’écho qu’avait pu produire dans la maison le bruit de la détonation.

Jetant le revolver à côté de la victime, je m’apprêtais à crier au premier venu que M. Leavenworth venait de se brûler la cervelle ; mais une pareille folie me fut épargnée.

Le coup de feu n’avait pas été entendu ; personne ne vint et je pus contempler mon œuvre à loisir et réfléchir à la meilleure marche à suivre pour éviter d’être découvert. Un seul regard à la blessure faite à la tête par la balle me convainquit de l’impossibilité d’attribuer l’événement à un suicide, ou même d’en accuser un voleur. Pour quiconque avait quelque expérience, M. Leavenworth devait paraître avoir été la victime d’un assassinat prémédité.

Mon unique espoir était d’entourer le crime du plus de mystère possible et de détruire toute trace du motif et de la manière dont il avait été commis

Je ramassai le revolver et l’emportai dans l’autre chambre afin de le nettoyer, puis, ne trouvant rien qui pût servir à cet usage, je revins chercher un mouchoir que j’avais aperçu par terre auprès de M. Leavenworth. Il appartenait à miss Eleonore, mais je ne remarquai ce détail qu’après m’en être servi pour essuyer le canon. La vue des initiales de cette jeune fille m’impressionna alors si vivement que j’oubliai de nettoyer le cylindre ; je ne songeai plus qu’au moyen de faire disparaître cette preuve si compromettante de l’emploi fait de son mouchoir. Je cherchai quelque moyen de le détruire ; mais, n’en trouvant aucun, je crus me tirer provisoirement d’embarras en l’enfouissant profondément sous les coussins d’un fauteuil, avec l’intention de le reprendre le lendemain à un moment propice.

Cela fait, je rechargeai le revolver, le replaçai dans le tiroir que je fermai à clef, et je m’apprêtai à quitter l’appartement.

C’est à ce moment-là que l’horreur qui est la conséquence de tels forfaits me frappa comme un coup de foudre ; pour la première fois, je me mis à hésiter et à trembler. En sortant, je fermai la porte à clef, ce que je n’aurais jamais fait si j’avais été en pleine possession de mes facultés.

Ce fut seulement en arrivant en haut de l’escalier que je me rendis bien compte de l’imprudence que j’avais commise, mais il était déjà trop tard, car là, debout devant moi, le bougeoir à la main, foudroyée par la surprise, se tenait Hannah, l’une des domestiques.

— Mon Dieu ! monsieur ! fit-elle d’une voix basse et épouvantée, d’où venez-vous ? On dirait que vous avez rencontré un revenant !

Et elle regarda d’un air soupçonneux la clef que je tenais à la main.

Il me semblait que l’on me saisissait à la gorge. Mettant la clef dans ma poche, je fis un pas vers elle et je murmurai :

— Je vous raconterai ce que j’ai vu si vous voulez descendre avec moi ; nous dérangerions ces demoiselles si nous restions ici.

Je me calmai de mon mieux et je cherchai à l’attirer près de moi. Pour quel motif ? Je ne me l’explique guère ; mon mouvement avait été instinctif plutôt qu’autre chose ; mais lorsque je vis l’expression de joie qui éclaira ses traits en sentant ma main et l’empressement qu’elle mit à me suivre, je repris courage et je me rappelai les diverses occasions dans lesquelles je m’étais aperçu de l’influence tout à fait particulière que j’exerçais sur cette fille, influence qui pouvait servir en ce moment-là à assurer la réussite de mes projets.

Nous descendîmes au rez-de-chaussée, et après être allé jusqu’au fond du grand salon, je lui fis part le plus doucement possible de ce qui était arrivé à M. Leavenworth. Elle fut naturellement émue, mais elle ne poussa aucun cri. Elle éprouva un immense soulagement lorsque je lui assurai ne pas savoir quel était l’auteur du crime, mais j’ajoutai qu’on n’hésiterait pas à m’en accuser si on apprenait qu’elle m’avait vu sur l’escalier avec la clef de la bibliothèque à la main.

— Je n’en dirai rien, murmura-t-elle, tremblante de peur et d’émotion. Je garderai cela pour moi et je soutiendrai que je n’ai vu personne.

Je lui démontrai sans peine qu’il lui serait impossible de garder le secret si la police se mettait à l’interroger ; je lui dis beaucoup de choses tendres et je finis par le persuader de quitter la maison jusqu’à ce que tout fût terminé. Mais même après avoir obtenu son consentement, j’eus beaucoup de mal à lui faire comprendre qu’il fallait partir tout de suite et sans remonter chez elle pour chercher ses effets. Ce fut seulement lorsque je l’eus rassurée et comblée de joie en lui promettant de l’épouser plus tard si elle m’obéissait en cette circonstance, qu’elle comprit la gravité de la situation et fit preuve d’une véritable intelligence.

— Si je pouvais seulement arriver à R…, Mme Belden me donnerait asile, j’en suis sûre, fit-elle. Elle ne renvoie jamais personne et elle me gardera, surtout si je lui dis que je viens de la part de miss Mary. Mais je ne puis pas aller jusque-là ce soir.

Je m’efforçai de lui prouver le contraire. Le train de minuit ne quittait New-York que dans une demi-heure et elle pouvait aisément faire en un quart d’heure le trajet de la maison à la gare. — Elle n’avait pas d’argent ! Je lui en donnai. — Elle craignait de ne pas trouver la rue qui menait au chemin de fer ! Je lui fournis les indications les plus minutieuses… Elle hésita de nouveau, puis consentit enfin à partir après que nous eûmes convenu de la manière de correspondre ensemble. Nous trouvâmes dans l’office un châle et un chapeau appartenant à la cuisinière qui lui allèrent à peu près et, une minute plus tard, nous étions dans la cour.

— Rappelez-vous bien que, sous aucun prétexte, vous ne devez parler à âme qui vive de ce qui s’est passé, lui dis-je tout bas, au moment où nous nous faisions nos adieux.

— Souvenez-vous, vous aussi, que vous devez bientôt venir me rejoindre et m’épouser ! répondit-elle en se jetant à mon cou.

C’est probablement en faisant ce mouvement qu’elle laissa tomber la bougie qu’elle tenait à la main. Je lui promis tout ce qu’elle voulut et elle referma doucement la grille.

L’agitation qui me saisit après le départ de Hannah ne pourrait se décrire. J’en donnerai une faible idée en disant que je commis une nouvelle imprudence ; en rentrant dans la maison, je verrouillai la grande porte et n’eus pas l’idée de me débarrasser de la clef de la bibliothèque, qui était toujours dans ma poche, en la jetant dans la rue ou ailleurs ! À vrai dire, j’étais tellement absorbé par la crainte du danger qui me menaçait du côté de Hannah que j’oubliais tout le reste. Le visage pâle de la pauvre fille, son regard douloureux, plein d’effroi, en me quittant, tout cela m’obsédait malgré moi beaucoup plus que le cadavre de M. Leavenworth. On aurait dit que j’étais attaché à cette femme par un lien invisible. Le courage lui manquerait-il ? La trouverais-je le lendemain à moitié morte de frayeur sur les marches du perron ? Ces pensées étaient pour moi un véritable cauchemar. Je craignais qu’elle ne sut jamais arriver jusqu’à la maisonnette dans cette petite ville éloignée. Cette fille n’était-elle pas un danger ambulant qui reviendrait avec l’aurore afin de m’accabler ?

Toutefois, ces pensées finirent par s’effacer devant l’immensité du péril où me mettait la possession de la clef et des papiers. Comment m’en défaire ? Je n’osais ni quitter ma chambre une seconde fois ni ouvrir ma fenêtre. Quelqu’un pourrait me voir et s’en souvenir ; j’avais peur même de remuer : M. Leavenworth pourrait m’entendre ! Oui, ma terreur morbide était arrivée à un tel point que je craignais même celui dont j’avais à jamais clos les oreilles !

La nécessité d’agir, de faire quelque chose de ces preuves de culpabilité terrassa enfin mon inquiétude ; je tirai de ma poche les deux lettres, — je ne m’étais pas encore déshabillé, — je choisis la plus dangereuse, celle écrite par M. Leavenworth, et, après l’avoir mâchée jusqu’à ce qu’elle fût réduite en pâte, je la jetai dans un coin. Mais l’autre était tachée de sang, et l’espoir même de l’impunité était impuissant à me la faire toucher du bout des lèvres. Je me couchai la tenant serrée dans ma main, et la vision de Hannah en fuite me poursuivit sans trêve jusqu’à l’aube.

Avec le jour vint l’espérance. Étaient-ce les rayons de soleil dardant sur la muraille qui évoquèrent l’image de Mary et tout ce que j’étais prêt à faire pour l’amour d’elle ? Était-ce mon stoïcisme habituel qui renaissait en présence d’une aussi grande nécessité ? Je ne le sais. Quoi qu’il en soit, je me levai calme et maître de moi.

J’avais aussi résolu le problème de la lettre et de la clef. Les cacher ? Non ; ce n’était pas chose à tenter. Il fallait, au contraire, les placer bien en vue et se fier au hasard pour qu’on ne les vît pas. Je fis des allumettes de la lettre et les plaçai dans un vase dans la chambre d’ami. Je pris ensuite la clef et je descendis, espérant pouvoir la mettre dans la serrure en passant. Mais miss Eleonore me suivait de près et il me fut impossible de le faire. Je réussis cependant à la glisser, sans qu’elle s’en aperçût, dans la garniture du bec de gaz du second vestibule, puis, le cœur plus léger, j’entrai avec sang-froid dans la salle à manger, où le premier déjeuner était servi. Mary s’y trouvait déjà, pâle et l’air désolé ; chose surprenante, son regard croisa le mien ! J’avais presque envie de rire en pensant à son affranchissement, dont bientôt je pourrais me proclamer l’auteur.

Je n’ai pas à raconter en détail l’émotion que causa la découverte du crime, ni ma façon d’agir, mais je me conduisis absolument comme si je n’y avais pris aucune part et, à vrai dire, je m’efforçai de penser qu’il en était ainsi. Je m’abstins de toucher à la clef, d’aller à la chambre d’ami ou de faire aucun mouvement que tout le monde n’aurait pas pu voir, car d’après l’aspect premier de l’affaire, il n’existait pas l’ombre d’une preuve dans toute la maison contre moi, le secrétaire si travailleur, si résigné, dont la passion pour une des nièces de M. Leavenworth était inconnue, même de celle qui en était l’objet. Il était impossible de m’accuser d’un crime qui me privait d’une bonne situation. Aussi fut-ce avec toute la tranquillité possible que j’accomplis tous les devoirs de ma fonction ; je prévins la police et je me rendis chez M. Veeley, en essayant d’effacer de ma conscience les événements de cette terrible nuit.

Ce fut sur ce principe que je basai ma conduite pendant l’enquête. Sauf l’omission de la demi-heure pendant laquelle le crime avait été commis et de ses effets immédiats, je me décidai à répondre à toutes les interrogations le plus exactement possible, le grand défaut de ceux qui se trouvent dans une position pareille étant ordinairement de trop mentir et de se contredire dans des détails de première importance. Mais, hélas ! en faisant tous ces projets pour assurer ma propre sécurité, j’avais oublié une chose : c’était le péril dans lequel allait être Mary Leavenworth à cause de sa qualité d’héritière de cette immense fortune. Ce ne fut que lorsqu’un juré observa que le verre de sherry laissé presque intact par M. Leavenworth prouvait que sa mort devait avoir eu lieu presque aussitôt après mon départ, que je m’aperçus combien je l’avais compromise en avouant avoir entendu le frôlement d’une robe sur l’escalier quelques instants après être rentré chez moi. Je n’étais nullement rassuré, au reste, par l’impression générale qui se faisait jour qu’Eleonore avait causé ce léger bruit, car elle était tellement étrangère au crime qu’il m’était impossible de prendre ces soupçons au sérieux. Mais Mary ! Je compris aussitôt quelle serait sa position si l’attention publique se portait sur elle et, afin de réparer mon erreur, je me mis à mentir. Contraint d’avouer qu’il existait depuis quelque temps un désaccord entre M. Leavenworth et une de ses nièces, je fis allusion à Eleonore afin de dérouter les esprits, et je niai formellement que M. Leavenworth eût reçu une lettre de nature à expliquer le mobile du crime. Les conséquences de cette affirmation ont été plus graves que je ne l’avais prévu. J’avais ouvert la porte à des soupçons que chaque nouvelle déposition tendait, par une singulière fatalité, à fortifier. Il fut prouvé non seulement que le crime avait été commis avec le revolver appartenant à M. Leavenworth et par un habitant de la maison, mais on me força, en quelque sorte, à avouer que, peu de temps auparavant, j’avais montré à miss Eleonore comment il fallait se servir de cette arme, et c’était là une coïncidence diabolique.

Aussi avais-je grand’peur des réponses de Mary et d’Eleonore. Si Mary avouait qu’après m’avoir entendu rentrer chez moi elle était descendue chez son oncle afin d’implorer son pardon, quelles seraient les conséquences de cet aveu ? J’étais dans une agonie d’anxiété. Mais des événements que j’ignorais à cette époque influencèrent ces demoiselles ; Eleonore, jugeant, paraît-il, d’après certains indices, avait conçu des soupçons contre sa cousine et l’avait même accusée du crime, tandis que Mary, folle de terreur en se voyant entourée de tant de preuves d’évidence morale, prit la résolution de nier tout ce qui pourrait tourner contre elle et de se fier à la générosité d’Eleonore pour ne pas être contredite. Sa confiance fut bien placée, et bien que, dans la voie où elle s’était engagée, Eleonore fût obligée d’augmenter les présomptions qui existaient déjà contre elle, elle s’abstint non seulement de contredire sa cousine, mais encore elle refusa formellement de répondre aussi souvent qu’une déclaration catégorique eût pu lui être nuisible, car elle ne pouvait se résoudre à mentir, même afin de sauver une personne qui lui était chère.

Sa conduite éveilla mon admiration et j’aurais voulu lui venir en aide si je l’avais pu faire sans danger pour moi. D’autre part, je ne me dissimulais pas le péril où nous nous trouverions aussi longtemps que la lettre et la clef resteraient dans la maison, et, même avant la production du mouchoir, je m’étais décidé à tenter de les détruire ; mais, lorsque M. Gryce apporta le mouchoir, mes craintes devinrent si vives que je me levai et sortis de la salle sous un prétexte quelconque ; montant à l’étage supérieur, j’enlevai la clef de la garniture du bec de gaz, les allumettes du vase, et je me rendis du côté de la chambre de Mary Leavenworth, dans l’espoir d’y trouver du feu et de les y jeter. À ma grande contrariété, il n’y avait plus dans la cheminée que quelques cendres presque éteintes ; je ne savais que faire lorsque j’entendis des pas sur l’escalier. Être découvert dans cette chambre à un pareil moment était grave ; je lançai les allumettes de papier dans la cheminée et me précipitai vers la porte ; mais dans ce brusque mouvement je lâchai sans le vouloir la clef qui tomba par terre sous une chaise. Terrifié de cette malchance, je m’arrêtai ; les pas se rapprochaient ; alors, perdant la tête, je m’enfuis. Je n’avais, en effet, guère de temps à perdre, et j’étais à peine arrivé à ma porte lorsque Eleonore, suivie de deux domestiques, apparut sur le palier et se dirigea vers la chambre que je venais de quitter. Cela me rassura : elle verrait certainement la clef et la ferait disparaître, et j’eus tout lieu de supposer qu’il en avait été ainsi, car je n’entendis plus parler ni de la clef ni de la lettre.

Ce qui précède expliquera pourquoi la position fâcheuse d’Eleonore ne m’inquiéta pas outre mesure, car je pensais que les soupçons ne reposaient que sur sa singulière façon d’être devant le jury d’enquête et sur le fait que son mouchoir avait été trouvé sur le théâtre du crime. J’ignorais que l’on possédait une preuve presque positive de sa culpabilité. Mais, alors même que j’aurais su à quoi m’en tenir, je n’aurais pas agi différemment. Le péril de Mary pouvait seul m’émouvoir, et elle me paraissait tout à fait hors de danger. Chacun s’accordait à la reconnaître innocente. Si M. Gryce, que j’appris bientôt à redouter, ou M. Raymond, que je reconnus immédiatement pour être mon ennemi le plus acharné, bien qu’inconscient, avaient témoigné de la moindre méfiance à son égard, j’aurais pris l’éveil, mais il n’en était rien ; leur attitude m’inspira une trompeuse sécurité, et les jours s’écoulèrent sans que je m’inquiétasse à son égard. Cependant ma situation personnelle me causait de poignantes angoisses ; l’existence de Hannah était une source incessante de danger, surtout parce que la police était résolue à la retrouver à tout prix.

En outre, j’acquis la douloureuse certitude que j’avais perdu du terrain, au lieu d’en gagner, auprès de Mary Leavenworth. Elle témoignait non seulement d’une horreur invincible pour le crime qui lui avait donné les richesses de son oncle, mais — et j’attribuai cette attitude à l’influence de M. Raymond — elle se conduisait de façon à démontrer qu’elle perdait, jusqu’à un certain point, les qualités d’esprit et de cœur qui m’avaient fait espérer que mon forfait m’amènerait à faire sa conquête.

Cette certitude, jointe à la terrible contrainte qui m’était imposée, faillit me rendre fou. Mainte et mainte fois je me suis arrêté dans mon travail en pensant que j’allais être incapable de me contenir un moment de plus, mais je finissais toujours par me dompter. M. Raymond s’étonnait parfois de me voir occuper le fauteuil de M. Leavenworth. Grand Dieu ! c’était mon unique sauvegarde ; c’était en ayant l’assassinat toujours présent à l’esprit que j’arrivais à contenir la douleur et la rage qui me rongeaient, en songeant que la récompense que j’avais espérée m’échapperait !

Il vint pourtant un moment où mon agonie dépassa toute mesure. Un soir, en descendant avec M. Raymond, j’aperçus un monsieur inconnu, debout dans le grand salon et qui regardait Mary Leavenworth d’une façon qui m’aurait mis hors de moi, même si je ne lui avais pas entendu prononcer ces paroles :

— Mais cependant vous êtes ma femme, malgré tout ce que vous pouvez dire ou faire !

Ce fut un écrasement ! Après ce que j’avais fait pour l’obliger à être à moi, entendre un autre la réclamer comme son bien, ah ! c’était à devenir fou ! Il me fallait faire quelque chose : ou crier de fureur, ou, dans ma haine, faire un mal inutile à cet homme.

Je n’ai pas crié, j’ai frappé. Je demandai son nom à M. Raymond ; il me répondit : Clavering ; je m’y attendais, et alors, jetant aux quatre vents la prudence, la raison, le bon sens, tout, je le dénonçai, dans ma frénésie, comme l’assassin de M. Leavenworth.

Un instant plus tard, j’aurais voulu pouvoir reprendre mes paroles, car, en agissant ainsi, je n’avais fait qu’attirer l’attention sur moi ; mais il n’était plus temps alors. Après une nuit de réflexions, je me décidai à expliquer mon accusation d’une façon surnaturelle et je racontai mon rêve à M. Raymond, ainsi que je l’ai dit déjà.

Je voulais m’arrêter là, mais quand je m’aperçus que, pour une raison ou une autre, M. Raymond se laissait aller assez facilement à soupçonner M. Clavering, la soif de la vengeance m’envahit alors tout entier, et je me demandai comment on pouvait faire retomber sur cet homme tout le poids du crime. Je ne croyais, au reste, guère au succès, lorsque j’entendis, par hasard, deux des domestiques raconter qu’on avait vu M. Clavering entrer dans la maison la nuit même de l’attentat et que personne ne l’en avait vu sortir. Ma résolution fut prise. À quoi ne pouvais-je pas arriver avec un point de départ semblable ? Hannah seule me barrait le chemin, et, tant qu’elle vivrait, je serais impuissant et menacé dans ma sécurité. C’est alors que je me décidai à la faire mourir et à assouvir ensuite d’un seul coup ma haine contre M. Clavering. Mais comment ? Par quels moyens atteindre cette fille sans abandonner mon poste ? Comment la faire disparaître sans exciter de nouveaux soupçons ? Le problème paraissait impossible à résoudre ; mais ce n’était pas pour rien que Trueman Harwell avait si longtemps joué le rôle d’une machine. Je n’eus pas besoin d’étudier la question pendant vingt-quatre heures pour en trouver la solution : le moyen d’arriver au succès était d’amener Hannah à se tuer elle-même !

Mon parti une fois pris, je me mis sans tarder à l’œuvre, et sachant combien les risques étaient énormes, je pris toutes les précautions imaginables. Je m’enfermai à clef dans ma chambre ; je lui écrivis une lettre en caractères imprimés, — elle m’avait dit elle-même ne pouvoir déchiffrer l’écriture courante ; — dans cette lettre, je me jouai de son ignorance, de son attachement aveugle pour moi et de sa superstition toute irlandaise ; je lui racontai que je rêvais d’elle chaque nuit ; je lui demandai si elle en faisait autant pour moi, et j’ajoutai que, craignant le contraire, je lui envoyais une poudre magique qui, si elle s’en servait conformément à mes instructions, lui donnerait les visions les plus enchanteresses. Je lui ordonnai : d’abord, de brûler ma lettre, ensuite, de prendre dans ses mains le paquet enfermé dans l’enveloppe, d’avaler la poudre qui y était jointe et de se coucher immédiatement.

La poudre était une énorme dose d’un poison mortel ; le paquet, vous le savez, était une fausse confession qui accusait à tort Henry Clavering. J’enfermai tout cela dans une grosse enveloppe dont je marquai l’un des coins d’une croix et je l’adressai par la poste à Mme Belden, ainsi que cela avait été convenu.

Vint ensuite la période d’inquiétude la plus atroce que j’aie jamais endurée. Quoique je n’eusse pas signé la lettre, je sentais cependant combien étaient nombreuses les chances de découverte. Le moindre écart dans les instructions que je lui avais données devait être fatal. Si elle décachetait l’enveloppe qui contenait la confession, si elle se défiait de la poudre, si elle se confiait à Mme Belden, ou si seulement elle ne brûlait pas ma lettre, tout était perdu ! Je ne pouvais être absolument sûr d’elle, et ce n’était que par les journaux que je pouvais apprendre le résultat du plan que j’avais conçu. Vous pouvez comprendre combien je guettais le visage de ceux qui m’entouraient ! Je parcourais avec ardeur les nouvelles télégraphiques. Je tressautais à chaque coup de sonnette.

Ah ! quel sentiment de soulagement j’ai éprouvé, lorsque, il y a quelques jours, j’ai lu dans le journal le court paragraphe annonçant la mort de la femme que je redoutais par-dessus tout !

Mais à quoi bon revenir encore sur le passé ? Six heures plus tard est arrivée la lettre de M. Gryce qui m’invitait à me rendre chez lui à trois heures et…

Que les murs de cette prison, que cette confession vous racontent le reste ! Je ne suis plus capable ni de parler ni d’écrire ! »

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