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Aucune d’elles ne peut délivrer l’homme… de l’homme. Cette matière misérable et sacrée de l’humain sert à d’infâmes expériences. Des hommes, on les tue comme des mouettes, pour rien, pour le plaisir. Comme celui des bêtes, le ventre des femmes fournit des sujets pour la vivisection.
Et le monde est fait de tourmenteurs et de tourmentés. Un effroi panique, venu des profondeurs de l’hérédité, nous incite à nous prêter comme une matière docile à ceux qui nous manient et nous trompent, à ceux qui portent notre cerveau à une telle tension qu’il doit céder ou se rompre. Aussi obéissants que le métal en fusion, nous nous plions de telle façon que le veulent nos ferronniers !
Car les hommes ressemblent à ces pauvres bonbons, roses et bleus, gros comme la tête des épingles de mercerie et tassés en une chétive bouteille qu’on vend deux sous, dans les fêtes foraines, aux plus malheureux gamins. Suivant les hasards de sa fantaisie, le gosse secoue le flacon, et les bonbons roses prennent la place des bleus ou leur cèdent la place. Mais les uns et les autres viennent au goulot qu’on a coiffé d’une tétine de caoutchouc et sont happés par la bouche en suçoir de l’enfant.
Ainsi des hommes. Suivant la marée et le remous des révolutions, les uns et les autres sont portés jusqu’au goulot de la bouteille. De quelque couleur qu’ils soient, les pauvres fous seront toujours dévorés. Qu’il est donc facile de nous abuser et de nous vaincre ! Pauvres humains, pauvres enfants, pauvres fous qui laissons passer le mérite sans un regard, nous nous contentons de mirages. Mais c’est une nourriture creuse qui nous affame davantage.
La seule révolution qui changera le sort de l’homme, c’est celle qu’il fera en lui — car l’homme sain doit se vaincre et se gouverner soi-même.