‹ Le CrimeChapitre 14 sur 28 · 14

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C’est la faiblesse de la victime qui tente les malfaiteurs. S’il n’y avait à chasser que des bêtes féroces, des serpents et des rapaces, les chasseurs ne chasseraient guère ! Le gibier et le malheureux sont toujours dans leur tort. Notre force nous défend sans même que nous en usions. Il fait bon tuer quand le gibier fuit parce qu’il a peur. Parfois c’est l’homme qui est le gibier, la guerre n’est qu’une chasse à l’homme.

On protège les espèces sauvages mais point le gibier innocent. Pour ces beaux animaux couronnés de « bois » qui semblent pris à la forêt embellie de leur propre beauté, de leur course, de leurs amours, on use de ce terme de vénerie ; Massacre du cerf. Puisqu’il faut abattre des bêtes qui n’ont d’autre tort que d’être prolifiques, tels que les paisibles lapins doux et roux comme un propice automne, n’en faisons ni un jeu, ni une fête.

Cette houppe de plumes qui s’échappe du tir aux pigeons, elle a un cœur gros comme une noisette et qui tremble, qui tremble comme sous la rude écorce de sa peau, malgré sa fureur, quelque chose tremble chez la bête du toril, comme sous l’habit pavoisé bat le cœur du matador… Et le cheval, ses jarrets frémissants, se hérisse et hennit de frayeur.

L’homme est toujours plus ou moins assassin.

Les acrobates vont tout nous donner du spectacle de leur corps, jusqu’à la sueur de leurs aisselles, car ils sont à peu près nus, seuls et nus, c’est-à-dire sans défense devant un public que protègent ses habits et son nombre. Cela ne nous suffit pas, nous voulons les voir en danger de même que l’aviateur. Nous voulons notre frisson.

Du moins le cirque était-il resté comme un lieu ennobli où se perpétuent les fastes du courage et de l’adresse humaine où, pour satisfaire leur public, pour un gain modeste, pour vivre ! des artistes risquaient la mort. Quand ils tombaient de leur ciel… de cirque ! c’était chez eux, sur cette piste étoilée du sang des leurs. Des mains pieuses et fraternelles les ramassaient, déjà enfouis dans la sciure, eux qui, tout à l’heure, avaient des ailes d’ange et de papillon. Mais voici qu’ils doivent s’exhiber dans des établissements de plaisir pour ajouter singulièrement par leur position critique à l’entrain de ceux qui mangent et s’étourdissent de champagne, cette boisson de fête ! avant que de faire l’amour.

Ou bien il nous faut la vue de ce nouveau supplice, cette danse de mort et de famine où des couples de malheureux en toilette tournent jusqu’à l’épuisement et l’hallucination.

… Et ces acteurs que nous sifflons, tandis qu’ils nous apportent leurs nouvelles inventions et des vieilles recettes qu’ils pouvaient croire infaillibles après les avoir trop souvent étudiées dans le dénuement, la faim et l’angoisse !

Cependant nous voulons bien rire, mais c’est d’eux que nous voulons rire ! des vieux cabots à perruque et de la chanteuse inexpérimentée. Pour de tels malheureux on inventa « le crochet » qui les ramasse et les rejette, comme fait pour la gadoue, la pelle du balayeur.

Ah ! pourquoi ceux que nous traitons ainsi ne nous retournent-ils pas nos outrages comme ce singe du Zoo furieux d’avoir reçu un bouton de culotte en place de cacahuète, qui nous montre son derrière.

Notre silence suffirait à glacer des présomptueux venus devant nous, sans s’y être préparés suffisamment. Cette froideur, nous la réservons à des auteurs et des artistes qui n’ont que le tort de ne pas penser comme nous ou de nous donner à penser !

Au théâtre, nous sifflons et nous manifestons notre ennui et notre mécontentement comme des gens mal-appris. Avec une désinvolture calculée, nous regardons le travail passionné des artistes et nous accueillons leurs confidences (et il n’en est pas de plus terribles et involontaires qu’une œuvre d’art) ou bien notre indifférence est choquante ? Pourquoi nous être rendus à l’invitation de l’artiste ? Il fallait rester chez soi. C’est que nous sommes curieux comme des oies et, dans notre folie, incontentables.

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