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Nos vieux, nos béquillards, nos assurés sociaux, on les force sur leurs béquilles et leurs quilles à aller chercher eux-mêmes comme une aumône ce prix de leur sang… qu’ils ne touchent pas si longtemps, car les rangs s’éclaircissent. Avant qu’ils ne la palpent, leur allocation est déjà écornée, puisqu’ils ont été obligés de se faire accompagner et convoyer.
… Et l’ouvrière qui vient d’être reconnue malade par le médecin, avait dû auparavant se lever, dans le tremblement de la fièvre, pour quérir à la mairie la feuille de maladie que le médecin contresigne.
Plus tard, si elle en réchappe ! il lui faudra perdre des heures de travail et risquer ses maigres forces de convalescente pour aller toucher « l’assurance ».
C’est ainsi que nous comprenons notre devoir envers les membres de la communauté.
… Les hommes ne pensent pas aux humbles nécessités de leurs compagnes. Maints petits édicules gratuits existent pour eux seuls. Et la femme, retenue par sa timidité et de laquelle on exige une constante réserve ne rencontre aucun lieu gratuit à son usage. Cependant il est lourd le « besoin » au ventre de la vieille femme, de la femme souffrante et miséreuse, de la femme enceinte…
Aux vieillards hospitalisés dont le seul crime est de vivre encore, on donne à manger des « fayots » qui explosent comme des balles dans leur vieux ventre.
Car le régime de certaines maisons d’hospitalisation n’est pas tellement différent de celui des prisons.
… À six heures du matin, dans les hôpitaux, c’est le réveil tremblant des malades… des condamnés, pourrait-on dire, avec distribution des cuvettes. Oh ! le pauvre effort des bras de l’opérée qui ne sait plus tenir le peigne pour ratisser ses cheveux revenus à la sauvagerie et cruellement emmêlés, ces cheveux qui la déparent après avoir été sa parure. Les mollasses ne sont pas des « simulatrices ». La maladie et ses tristes loisirs leur ont refait des mains de « dames », mais faibles comme des mains d’enfants !
Ce cruel réveil, les malades doivent le subir pour que les « toilettes » soient assurées par les infirmières « de nuit » avant que leurs camarades « de jour » viennent prendre un service lourdement chargé.
Cependant les médecins et les chirurgiens sont savants, le personnel dévoué et les administrateurs ingénieux et intègres. Ces crédits qui leur manquent, ils les mendieraient à l’occasion… car ils aiment leurs malades et leurs vieillards.
Mais les peuples ne trouvent d’argent que pour des futilités et les plus effroyables dépenses : celles de la guerre !
Cette vilenie ou cette maladresse envers le faible quand nous affectons de le soutenir, nous la retrouverons comme le ver au cœur du fruit… dans quantité de nos œuvres sociales. Sommes-nous donc si maladroits quand nous voulons faire le bien ? Ce ne sont pas les hommes, c’est l’homme qu’il faut changer dans sa nature d’homme, ce sont les institutions qu’il faut combattre.
Que peuvent les hommes les plus justes et les mieux doués mis aux postes les plus avancés et qui le méritent devant des lois faites par une humanité délirante et dans des cadres étroits fabriqués à sa mesure !