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Nous prétendons tout savoir et cependant nous restons ignorants de nous-mêmes et criminels envers notre descendance. Tandis que nous nous efforçons vers des biens illusoires, nous négligeons les seuls biens véridiques : la santé pour le corps et l’équilibre de l’esprit.
On exige des commerçants des livres, des registres, mais chez le médecin qui l’a traité, il ne reste aucune trace du passage du malade. Et comment parler de secret professionnel… de confession ? Le confesseur guérit par l’absolution les pires plaies de l’âme ; il faut de longs traitements pour soulager les maux du corps… La matière spirituelle et la matière corporelle sont de deux sortes.
Sciemment ou inconsciemment, par hypocrisie, par légèreté, par bêtise, nous trompons le médecin qui n’a devant lui qu’un livre fermé et ne soigne que des apparences. Les praticiens réclament cette première base à leurs investigations. Le mystère d’un chacun, c’est chez les ascendants qu’il convient de le chercher. Car rien n’est plus différent d’un homme qu’un autre homme.
Mais les chiens et les chevaux de luxe ont un pedigrée, les petits des hommes naissent comme des portées de mulots.
Ce mystère dans lequel nous vivons par lâcheté, c’est le secret de nos faiblesses, de nos anomalies, de nos terribles impulsions. L’hérédité tient la porte ouverte aux maladies de l’âme et du corps.
Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes…
Tant d’obscurité dans un siècle dit de lumière, tant d’ingéniosité dans le mal ! tant de maladresse à faire le bien ! Mais revenons de notre folie.
Le carnet de santé replacera l’homme en face de son humanité qu’il méconnaît. Il vole, mais les oiseaux le font aussi et avec moins de péril. Il s’enorgueillit de sa mémoire et de ses sens quand ceux des bêtes sont infaillibles et leur sensibilité plus dépouillée et généreuse.
L’homme, cette bête à chagrin, serait-il donc la plus sale bête ? Non, car en cruauté, les insectes nous en remontreront toujours…
Nous nous croyons des manières de dieux, disposant de la foudre, arrêtant la mer et captant le soleil.
Mais laquelle de nos fonctions intestinales avons-nous eu le pouvoir de transformer ? Nos boyaux se vident tout comme ceux des sauvages et des animaux et avec moins d’aisance… Il serait sage que nous retournions à l’humilité de notre condition humaine. Revenons de notre folie !
Le Carnet de Santé fera baisser la température des masses humaines, cette fièvre d’orgueil, de jouissance et de domination qui les dévore. Ils y gagneront la paix qu’on trouve dans l’humilité, car l’homme qui vole dans le ciel portant des engins de massacre et celui qui les inventa, c’est l’homme meurtrier.
D’aucuns qui pensent avoir quelque chose à dissimuler (comme si l’hérédo n’était pas mal de l’espèce), puisque nous sommes nés de l’homme et de la femme et que des siècles d’ancêtres nous ont précédés, feignent de croire qu’on veut s’attaquer à la liberté individuelle. Mais depuis beau temps, nous avons perdu le goût de la liberté et nous n’en sommes pas moins fiers pour cela. Ne sommes-nous pas surveillés et nos poches retournées afin de ne rien dissimuler ?
La santé n’est pas un bien propre, c’est le bien de notre descendance. Notre vie n’est pas à nous, puisque nous devons la donner à d’autres…
Est-ce donc une vie empoisonnée que nous passerons à nos enfants ? Sans les soigner, sans les avertir pour qu’ils se tiennent sur leurs gardes. C’est les aveugler aussi sûrement que si nous leur crevions les yeux.
Le syphilitique, l’hérédo, le tuberculeux, le cancéreux, s’ils ne sont dûment traités, en plus de leur malheur, deviennent des dangers publics.
L’enfant, l’homme futur, a lui aussi sa liberté individuelle que nous violons parce qu’il est trop faible pour la défendre.
Nous ne respectons pas plus l’enfance que la vieillesse. L’enfant n’appartient pas à ses procréateurs comme une paire de souliers que l’on entretient ou que l’on délaisse à volonté. Il fait partie du cheptel humain et nous devons rendre des comptes de gérance, comme nourriciers, pour ses intérêts moraux et corporels. Le couple, la famille sont déjà une société et peut-être la société idéale.
Nos jeunes gens ont le respect de leur corps qu’ils tiennent en harmonie avec la nature et ses éléments par l’exposition à la lumière, à l’air, à l’eau, par la pratique des sports Ils veulent un beau corps solide et des vertus viriles. Ils ont le droit de connaître leurs ennemis héréditaires.
Une mesure qui atteint tous les individus ne peut être vexatoire. Le carnet de santé sera la première mesure commune, et non pas à sens unique, prise par les hommes.
Jusqu’ici la mort seule nous était commune… et ce n’était pas de notre fait !
Puisse l’homme de 1937 faire montre d’indépendance.
D’autres pays y sont venus avant nous, hélas ! et c’est chez eux que la démocratisation est la plus avancée et la plus harmonieuse.
Avec une santé surveillée et une médecine préventive, la prolongation de la vie entrera en ligne de compte.
Le carnet sera notre sécurité et la protection de nos enfants.