‹ Le culte du moi 2: Un homme libreChapitre 16 sur 20 · III

III

JE SUIS SATURE DE VENISE

Gregoire XI: "C'est ici que mon ame trouve son repos dans l'etude et la contemplation des belles choses."

Sainte Catherine de Sienne: "Pour accomplir votre devoir, tres Saint-Pere, et suivant la volonte de Dieu, vous fermerez les portes de ce beau palais, et vous prendrez la route de Rome, ou les difficultes et la malaria vous attendent en echange des delices d'Avignon."

Au degre ou j'etais parvenu, je ne ressentais plus ces violents mouvements qui sont ce que j'aime et desire. J'etais sature de cette ville, qui des lors n'agissait plus sur moi; je glissais peu a peu dans la torpeur. L'homme est un ensemble infiniment complique: dans le bonheur le mieux epure nous nous diminuons. Je jugeai opportun de me vivifier par la souffrance et dans l'humiliation, qui seules peuvent me rendre un sentiment exquis de l'amour de Dieu. Nulle part je ne pouvais mieux trouver qu'a Paris.

(Il est juste d'ajouter qu'a ces nobles motifs se joignait un desir d'agitation: desir mediocre, mais apres tout n'est-ce pas un synonyme interessant de mes beaux appetits d'ideal. Il faut que je respecte tout ce qui est en moi; il ne convient pas que rien avorte. Or ma sante s'etait fort consolidee, et des parties de moi-meme s'eveillant peu a peu, ne se satisfaisaient pas de la vie de Venise.)

Pour me maintenir dans l'Eglise Triomphante, il faut sans cesse que je merite, il faut que j'ennoblisse les parties de peche qui subsistent probablement en moi. Je ne les connaitrai que dans la vie; j'y retourne.

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