‹ Le culte du moi 3: Le jardin de BéréniceChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE NEUVIEME

CHAPITRE NEUVIEME

LE CHAPITRE DES DEFAILLANCES.

LES MIENNES.--ON NE RIVE PAS SON CLOU A L'ADVERSAIRE.--DEFAILLANCE SINGULIERE DE BERENICE.

Des mon retour dans Arles, l'action electorale commenca. Nous organisions chaque semaine des reunions sur quelque point de l'arrondissement, et je ne manquai jamais de me rendre a celles de nos adversaires. Souvent j'etais rappele d'Aigues-Mortes par depeche.

Un soir je quittai en hate Berenice, et comme je marchais dans la nuit, le long des grandes murailles, vers la gare, trois petites filles me precedaient, qui chantaient d'une voix douce et qui pourtant va loin sur la plaine, d'une voix qui va jusqu'a mon coeur.

... Que de fois ailleurs je l'ai entendue, cette chanson! Mais pourquoi ce soir me decourage-t--elle?... J'irai jusqu'au bout de la pensee qui m'attristait: les landes de ce pays pour moi n'eurent jamais de mirages; elles ne font apparaitre qu'a d'autres les princesses des Baux. Huguette, Sibylle, Blanchefleur et Baussette, me disais-je, pourquoi les herbes de la Grau ne m'ont-elles pas conserve l'odeur de vos corps exquis? ou plutot pourquoi donner mes belles soirees a de grossieres taches?

C'est sur les canaux de Venise, dans les faubourgs de cette ruine somptueuse que, pour la premiere fois, j'entendis cette cadence que me repetent trois pauvres enfants. Soirees divines, celles-la! Satures de toute sensualite, mes yeux, mes oreilles gorges de splendeurs, au point que dans cette abondance ils ne pouvaient plus rien percevoir, je pris conscience de l'essentiel de moi-meme, de la part d'eternite dont j'ai le depot. Saurai-je jamais les exalter assez haut par-dessus toutes mes heures, ces jours d'acrete et de manie mystique ou, jusqu'alors simple coureur amuse de choses d'art, je sentis la beaute abstraite sur les Fondamenta Zattere, en face de cette eglise de Palladio, qui, par un effet contraire au metaphysicien Goethe revela la beaute classique?

O mon cher Rousseau, mon Jean-Jacques, vous l'homme du monde que j'ai le plus aime et celebre sous vingt pseudonymes, vous, un autre moi-meme, vous les avez connus a l'ile de Saint-Pierre, au milieu du lac de Bienne, cette haine des vivants, ces longues solitudes avec la peur de rencontrer des hommes, ces instants ou l'on se circonscrit en soi, ne percevant rien que le sentiment de son existence.... Vous fussiez-vous soumis aux conditions de la tache que m'impose la culture methodique de mon moi?

Pourtant mon but n'est pas a desavouer Aigues-Mortes, qui est une Venise plus avancee dans son developpement, une lagune morte comme il arrivera des lagunes de l'Adriatique, determine une evolution superieure de mon moi. La qualite a l'acquisition de quoi je contribue ce soir me sera plus precieuse qu'aucune. Ce que je veux, c'est collaborer a quelque chose qui me survive. Il ne faut pas qu'un seul instant je perde la claire vision de ma tache, et sa dignite doit me soutenir contre mes defaillances.

Alors, songeant quelle est ma superiorite, puisque j'ai la comprehension de tous les appetits, et qu'au contraire nul ne peut comprendre mes motifs, j'entrai dans la salle pleine de fureur.

Or, les incidents qui s'y passerent ce soir-la n'etant pas caracteristiques, puis-qu'ils sont communs a toutes les reunions, ni generaux, car ils ne signifient rien d'essentiel a la race, ne meritent pas que nous nous y arretions.

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ON NE RIVE PAS SON CLOU A L'ADVERSAIRE

Le lendemain, j'ai rencontre l'Adversaire, qui me parle de mes reunions: "Cela doit bien vous ennuyer!" Je l'assure que je me plais plus avec les travailleurs du peuple que dans un salon d'Arles ou au cafe.

--Mais enfin, qu'y a-t-il de commun entre vous et un ouvrier?

--Les differences sont en effet sensibles, moins fortes toutefois qu'entre le tour d'esprit d'un fonctionnaire, par exemple, et le mien. Mais vous commettez une erreur ou je tombais dans les premiers temps. En causant avec des electeurs d'une certaine classe, pris individuellement, je croyais avoir affaire au peuple; cela est faux. Les hommes reunis par une passion commune creent une ame, mais aucun d'eux n'est une partie de cette ame. Chacun, la possede en soi, mais ne se la connait meme pas. C'est seulement dans l'atmosphere d'une grande reunion, au contact de passions qui fortifient la sienne, que, s'oubliant lui et ses petites reflexions, il permet a son inconscient de se developper. De la somme de ces inconscients nait l'ame populaire. Pour la creer, seuls valent des ouvriers, des gens du peuple, plus spontanes, moins lies de petits interets que des esprits reflechis. Elle est analogue a chacun de ceux qui la composent, et n'est identique a aucun. Elle depasse tout individu en energie, en sagesse, en sens vital. Ce qu'elle decide spontanement, ce sont les conditions necessaires de la vie.

L'Adversaire s'est mis a rire. Et du ton d'un homme qui a passe des examens:

--Croyez-vous qu'une foule trouve une solution algebrique?

--Il ne s'agit pas de cette sagesse-la, mais de vivre. Un arbre, sans rien soupconner des belles theories de l'Ecole forestiere, sait mieux qu'aucun garde general quand il doit se developper, dans quel sens, selon quelle forme. C'est le secret de la vie que trouve spontanement la foule.

--Voila bien de la philosophie, dit Martin en secouant la tete, mais comment un philosophe traite-t-il ou laisse-t-il traiter avec tant d'aprete ses adversaires? Par quel biais vous pretez-vous a faire votre partie dans le concert des injures, vous qui vous piquez de comprendre toutes les opinions et de degager ce qu'il y a de legitime dans chaque maniere de voir?

--Raisonnons, lui dis-je, et vous comprendrez que si un peu de philosophie eloigne du ton ordinaire de la polemique, beaucoup y ramene.

Dans ses elements en effet la philosophie nous enseigne que ni vous ni moi ne sommes la verite complete, et nous engage ainsi a une grande modestie l'un envers l'autre. Mais poursuivons le raisonnement des maitres: "Personne, disent-ils, n'est la verite complete, tous nous en sommes des aspects." Donc si l'un de nous n'existait pas, un des aspects de la verite manquant, la verite complete ne serait plus concevable. Ainsi faut-il que je satisfasse a toutes les conditions de mon individualisme, parmi lesquelles une des plus imperieuses est que je vous nie.

Mais voici mieux encore: en admettant la mechancete et la mauvaise foi de mes adversaires (ce qui est le theme ordinaire de toute polemique), je fais une hypothese tres precieuse et bien conforme a la methode indiquee par Descartes dans ses Principes, par Kant dans sa Critique de la raison pure, et par Auguste Comte, qui vous touche peut-etre davantage, dans son Cours de philosophie positive. La science, en effet, admet couramment ceci: "La planete Neptune, n'eut-elle jamais ete vue, devrait etre affirmee. Fut-elle un astre purement fictif, la concevoir serait rendre un grand service a l'astronomie, car seule elle permet de mettre de l'ordre dans des perturbations jusqu'alors inexplicables." De meme les vices de mes adversaires, fussent-ils fictifs, me permettent de relier, sans trente-six subtilites de psychologue, un grand nombre de leurs actes facheux; c'est une conception qui explique d'une maniere tres heureuse la reprobation et l'animosite qu'ils doivent en effet inspirer, quoique pour des raisons un peu plus compliquees. En combattant leurs vices imaginaires, vous triomphez de leurs defauts reels. Pour ce procede je m'en rapporterai a un maitre que vous goutez certainement: personne n'a vu la figure du ferment rabique; personne n'a constate expressement son existence, et Pasteur guerit de la rage en cultivant ce microbe hypothetique, peut-etre absolument fictif.

Martin qu'offensait ma logique coupa court en souhaitant du moins que je n'aboutisse pas a une desillusion trop penible.

--Je n'ai guere l'angoisse du resultat, lui repondis-je. Quand on s'est institue un fort dedain du jugement des hommes et du but poursuivi, peu importe, hors que nous mourrons un jour. J'ai une vision si nette de ce que valent les choses, sitot possedees, et des moyens de les acquerir, que la seule mesure de mon sentiment a leur egard tient en ceci que ce sont toujours ma compagnie et mon occupation du moment que je juge les plus miserables.

La conclusion paraitra seche pour ce pauvre Adversaire qui, dans mes instants de loisir, m'amusait pourtant comme une petite oie vaniteuse et sans bonte. Mais quoi! de fois a autre ne faut-il pas deblayer un peu toute cette racaille ou nous commet la vie active! C'etait d'ailleurs exprimer a Martin de profitables verites. Je dois a quelque habitude d'analyser le sens des mots le privilege de ne pas assujettir mes idees a la phraseologie familiere.

Beaucoup de personnes, par l'usage quotidien de certains termes, "haine, rancune, regrets, desirs," sont tentees de croire a la realite de ces sentiments en elles. Pour moi, je vois que les evenements n'eveillent guere sur mon moral d'impressions plus variees que la tuile qui me frole en tombant; je note, pour l'eviter, le toit d'ou elle glissa, je me soigne si elle m'a blesse; en aucun cas, je ne m'attarde a m'en faire une opinion sentimentale. Seulement j'ai a l'egard des tuiles possibles une continuelle mefiance, a laquelle je donne une allure de deference. Un homme fort distingue, employe d'une grande administration, disait: "Je salue les huissiers le premier, pour etre sur qu'ils me salueront."--"Moi aussi", lui repondis-je. Comme je ne suis employe d'aucune administration, il crut que je ne l'avais pas ecoute. Mais en realite que de fois je consulte des niais, simplement pour eviter qu'ils me conseillent ou me desapprouvent!

Il faut opposer aux hommes une surface lisse, leur livrer l'apparence de soi-meme, etre absent. De qui donc a-t-on dit qu'il regardait tous les citoyens comme ses egaux, ou pour mieux dire comme egaux entre eux, ce qui fait qu'il plaisait assez naturellement a la masse?

Charles Martin etait incapable de comprendre l'elevation morale, le parfait desinteressement de ces principes. C'etait avec toute la fureur d'un sectaire, et meme la reflexion d'un homme methodique, qu'il se composait des preferences! Par un mecanisme tres frequent, ses convictions d'ailleurs s'accordaient toujours avec ses interets. Il eut ete incapable de trouver des torts a celui qu'il aimait. C'est par la qu'il arrivait a joindre l'agrement de relations douteuses a la satisfaction de s'elever contre les mauvaises frequentations. J'en avais un piquant exemple sous les yeux. La biographie de Berenice, pour qui il avait une passion sensuelle, naturellement voilee sous l'interet le plus eleve, le genant fort, il la concevait comme l'histoire d'un jeune homme de grande famille que les siens avaient brutalement empeche d'epouser cette jeune fille. Version qui avait un instant etonne mon amie, puis tres vite lui avait paru la verite, tant nous sommes tous conduits a modifier les faits d'apres nos sentiments.

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DEFAILLANCE SINGULIERE DE BERENICE

Je touche ici un point delicat de la vie de Petite-Secousse. La presence aupres d'elle de Bougie-Rose, jolie fille un peu lourde, m'avait souvent etonne. "Ces deux personnes, me disais-je n'ont guere de point de contact, car Berenice a naturellement une sentimentalite tres fine. Se plairaient-elles par quelque autre cote que le sentimental?"

Des allures tres molles de Bougie-Rose, un fin sourire de mon amie eveillerent ma perspicacite.

Je confessai Berenice; elle me repondit avec une aisance, bien eloignee de l'effronterie et melee de douceur, qui me toucha d'une sensualite un peu malsaine. Je pus me convaincre que les images plaisantes et libres, tous ces jeux de la passion dont elle avait nourri ses yeux de petite fille, dans le musee du roi Rene, lui avaient donne une opinion fort differente de celle que nous nous faisons pour l'ordinaire des rapports de la sensualite et de l'amour. Son esprit ne s'etait pas plie a etablir entre ces deux formes de notre sensibilite les attaches etroites qui font que pour nous l'une ne va guere sans l'autre.

Et pour achever de vous devoiler la pensee de Berenice, telle que je la surpris dans des entretiens d'un charme inexprimable, j'ai lieu de croire que ce vice naquit chez mon amie d'une extreme delicatesse: jeune et ardente, desoeuvree et solitaire, elle n'aurait pourtant pas voulu tromper M. de Transe; elle crut lui garder son amour, jusque dans les cheveux demeles de sa molle amie.

Du point de vue de la raison froide, peut-etre Berenice a-t-elle raison. L'amour n'a pas grand'chose a voir avec les gestes sensuels. Une femme parfaite se choisirait un amant plein d'ardeur dans l'elite de la cavalerie francaise et, pour l'aimer d'amour, un pretre austere, comme notre divin Lacordaire, dont le seul regard la penetrera plus qu'aucune caresse dans aucun lit. Ces reflexions pourtant ne me satisfaisaient guere a cause du caractere peu harmonieux de cette defaillance de Berenice.

Comment, me disais-je, ce petit animal, de qui le merite est d'etre instinctif, se laisse-t-il aller a ces deviations? Quand elle s'abandonne, ne voit-elle pas les details facheux de sa chute: Bougie-Rose, sans doute, a un tact naturel assez developpe et puis elle-meme ferme les yeux. N'empeche qu'un jour; dans une de nos promenades, je me laissai aller a lui vanter avec amertume les delicates amours des plantes.

Peut-etre avais-je trop lourdement appuye. Elle m'ecouta avec surprise, puis, dans une penible confusion, ses yeux se remplirent de larmes. Si touchante, en ce moment, si confiante toujours, elle m'attendrit, me fit rougir de ma sotte enquete; et quand mes soupcons auraient quelque justesse, mon indignation n'etait-elle pas faite, pour une part, de froissements personnels?

Je pris sa main emue dans ma main et lui dis:

--Petite fille, vous etes pour moi une chere fontaine de vie. Ce serait d'un homme grossier de reflechir sur les inconvenients des diverses attitudes que notre condition d'homme nous contraint a prendre. Croyez bien que je n'ai pas cette mediocrite d'arreter mon imagination sur les complaisances auxquelles vous engagent peut-etre ces sens et cette beaute charnelle que vous recutes de vos aieux. Si je m'inquietai, c'est uniquement par piete pour M. de Transe. Apres reflexion, il me semble bien que vous avez sauve le meilleur de ce que vous lui donniez. Sans doute, aujourd'hui comme toujours, vous avez ete la plus sage en faisant la part du feu. Et meme s'il vous arrive de priver celui qui est dans le cercueil d'une de vos pensees, qui sont maintenant tout ce qu'il peut attendre de vous, si quelque tendre erreur un jour humilie votre vertu, rassurez-vous: la puissance surabondante de l'amitie que je lui voue et des sacrifices que je lui fais, en ne demandant rien de votre beaute, s'appliquera a l'expiation de vos peches.

Elle m'embrassa, et c'est ainsi que fut clos cet entretien.

Dans la soiree, Berenice, qui est toute faite d'esprit de finesse et de douceur, crayonna un petit dessin, comme elle a coutume, tandis que je lui developpe mes theories, puis me le tendit: c'etait elle-meme et une jeune femme, au-dessous de qui elle avait ecrit "Bougie-Rose", pour qu'on ne put s'y tromper, et cette legende, legerement modifiee, de la divine parabole: "Marthe, vous vous embarrassez de soins superflus; Philippe a choisi la meilleure part."

J'admirai que cette petite fille cachat une malice si gracieuse derriere sa physionomie. Cette misere la mit dans mon imagination plus pres encore de la nature, et la grace avec laquelle elle s'en expliqua transforma en sympathie un peu triste la repugnance que j'avais de sa defaillance.

"O ma beaute, disais-je, je vous remercie de ce que vous avez daigne etre imparfaite, en sorte qu'il me restat quelque embellissement a apporter a votre edifice."

Dans la suite je dus reconnaitre que le sentiment exprime sous forme seduisante dans cette phrase etait gros des plus lourdes erreurs, C'est la que je rapporte l'origine des funestes manoeuvres que j'allais tenter contre l'instinct, sous pretexte de faire rentrer Berenice dans la sagesse vitale.

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Ainsi, l'un et l'autre, nous avions nos defaillances et nos chagrins, et quoique sachant nous en faire des images supportables, nous etions loin de la pleine satisfaction de l'Adversaire, a qui nul homme ni evenement ne rivera jamais son clou.

Ma Berenice, en me devenant suspecte, et mon contact perpetuel avec les electeurs me mettaient dans un etat assez particulier de tristesse nerveuse. Peut-etre la fievre qui monte des etangs d'Aigues-Mortes aux approches du printemps put-elle y contribuer. J'avais un desir apre et indefini de solitude; j'aurais voulu rever seul en face de ma pensee. Une depeche qui sonne a ma porte, mon courrier a depouiller me faisaient d'absurdes battements de coeur. Jamais je n'eus a un degre aussi intense l'ennui de faire de nouvelles connaissances, la fatigue de leur donner une image de moi-meme conforme a leur temperament, et tout l'ecoeurement de leur entendre exposer les principales anecdotes de leur existence avec la description de leur caractere. Mon reveil du matin, dans ces journees ecrasees de menues besognes, etait deja trouble: n'ai-je pas entendu, me disais-je, un visiteur dans l'escalier?

Pour reagir contre cet etat nerveux, il n'est qu'un remede, empirique mais vraiment pas mauvais: dans les plus fortes angoisses de la vie de societe et surtout dans les reveils de nuit, se raidir et prononcer une phrase, un raisonnement prepares a l'avance. Cela peut surprendre, mais ces angoisses sont le resultat d'une force qui tourbillonne en nous (souvent un afflux de sang au cerveau). Il s'agit de l'utiliser, cette force; il faut ordonner un cerveau desordonne.

Deux ou trois fois, dans notre enervement, Berenice et moi, nous dumes convenir que nous augmentions notre malaise. Elle surtout, dans ce melange malsain de sa tristesse et de mes inquietudes, etait prise de vertige, et l'Adversaire, visiteur plus rude accueilli, avec moins d'amitie et de confiance que moi, reposait pourtant l'enfant brisee.

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