‹ Le dîner interrompu ou Nouvelle farce de JocrisseChapitre 9 sur 11 · Scène 11

Scène 11

Jocrisse, Plumet, Laflûte

1 (note de l’auteur). — Pendant tous ces a-parte, il ne faut pas que la scène languisse, (M. Plumet chantonne entre ses dents, il rit, il regarde Vincent, Laflûte est derrière lui, il rit)

Plumet

Ah ! ça ! Mais qu’a-t-il donc ? est-il devenu fou ? Qu’est-ce que ça signifie de se sauver ainsi ? Diable qu’est ce qui l’a pris ? J’en suis tout effrayé !… Mais courez donc après lui, ramenez le… Pauvre Vincent, que peut-il avoir ? ramène-le… peut-être est-il malade ? Je ne sais que penser ?

Jocrisse

Ah ! Dame, Monsieur, Dame, faut pas s’fier à la mine de tout l’monde ; on dit toujours : l’eau dormante est plus traître que l’eau courante.

Plumet

Allons, à l’autre, à présent, que diable viens-tu me chanter avec ton eau dormante et courante.

Jocrisse

Dame, Not’ maître, ça pourrait ben être que’qu’chose comme ça ?

Plumet

Eh va t’en au diable avec tes paraboles et tes proverbes, qu’est-ce que tout ça signifie ? Voyons en sais-tu quelque chose toi ? Parle.

Jocrisse

C’est que, quand on vous veut du bien vous r’poussez vot’ monde… Oui j’sais qu’equ’chose et c’qu’equ’chose, c’est p’t’être ben vot’ vie qu’était menacée aujourd’hui, et j’veillais sur vous ! là !

Plumet (commençant à avoir peur)

Comment ? Que me dis-tu là Jocrisse ? Ma vie menacée ? Et par qui, Grand Dieu ?

Jocrisse (avec aplomb)

Par qui ?… Par vot’ ami Vincent !

Plumet

Vincent ? Allons donc, c’est impossible ?… Quel intérêt le pousserait d’attenter à mes jours ?

Jocrisse

(à part) Voyons… ah ! j’y suis (haut) pas un intérêt mais une maladie… une maladie grave… triste et surtout dangereuse.

Plumet

Oh ! mon Dieu !… Dis vite, Jocrisse.

Jocrisse

Eh ben, not’ maître, c’pauvre Monsieur Vincent, j’sais pas où diable il a pêché ça, mais ça y est venu tout d’un coup, sans qu’il y pense j’crois ben, mais d’après l’dit-on qu’j’ai appris c’matin seulement, il est attaqué d’une… d’une… (à part) Diable quel nom y donner… ah ! (haut) d’une maladie qu’on nomme effraction vicieuse.

Plumet

Effraction vicieuse ?

Laflute

(à part) Diable, de Jocrisse va ! (haut) Non cousin, c’est pas comme ça qu’m’sieur robard l’a nommé c’est une constipation vertueuse.

Plumet

Que diable me chantez-vous là, mais ces deux êtres là me donnent la chair de poule et m’écorchent les oreilles avec leurs mots qui n’ont ni queue, ni tête, mais, imbéciles que vous êtes a-t-on jamais entendu parler de ces maladies-là ?

Jocrisse

Dame ! Not’ maître, ça rime toujours un peu comme ça… j’suis pas ben sûr, moi ?

Plumet

Attendez-donc, ce ne serait pas des crispations nerveuses.

Jocrisse

Bon ! Bon ! Not’ maître, c’est ça. Eh ben, tant y est que l’pauvre M. Vincent en est attaqué et quand ses nerfs le prennent, faut qu’y tue, n’importe quoi.

Laflute

Àpreuve, c’est qu’au moment qu’y s’est ensauvé, j’ai z’aperçu sous son gilet la crosse d’un pistolet qu’il avait ben sûr, pour poignarder qué qu’un.

Plumet

Mais puisqu’il s’est sauvé, alors, c’est qu’il n’avait pas l’intention de me tuer.

Jocrisse

(à part) Ah Diable ! Ah ! mais attendez not’ maîtr’ y paraît dans ces maladies là, l’individu connaît son mauvais moment, M. Vincent s’en s’ra aperçu et…

Plumet

Je comprends à présent… delà, sa frayeur, sa crainte de commettre un crime causé par sa cruelle maladie, et il s’est enfui. Pauvre ami ! Je le plains… n’importe il faut savoir où il est allé ?… Ah Diable ! Voilà une triste fête d’anniversaire.

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