‹ Le Divorce par DemoustierChapitre 20 sur 21 · SCÈNE VI.

SCÈNE VI.

THÉRÈSE, LE JUGE, GUILLAUME.

Thérèse, au Juge, en entrant.

C’est à vous, Monsieur, que j’ai recours.
Je demande mon fils, au nom de la nature,
Au nom du Ciel !

Guillaume.

Monsieur, je vous conjure
De m’écouter !

Thérèse, à Guillaume.

Eh ! vos discours
Peuvent-ils balancer les larmes d’une mère !

Guillaume.

Mais la raison ?…

Thérèse.

Qu’est-elle à côté de l’amour ?

Guillaume, au Juge.

Écoutez la justice !

Thérèse.

Écoutez ma prière !

le Juge

(à part.)  (haut.)
Je les tiens. Parlez tour à tour.

Guillaume

J’y consens.

Thérèse.

Pouvez-vous refuser à mes larmes
L’Être à qui j’ai donné le jour !
Le fruit de mes amours, l’objet de mes alarmes,
L’enfant né dans mes bras, du sein de mes douleurs,
Couvert de mes baisers et baigné de mes pleurs !
Tout son sang est le mien, et sa vie est la mienne.
Il n’est point de lien par lequel il ne tienne
Au sein qui le conçut, au sein qui l’a nourri,
Au cœur qui l’a toujours si tendrement chéri.
Cette bouche a reçu sa première caresse.
C’est en me respirant qu’il connut la tendresse ;
Le premier nom qu’il a prononcé, c’est le mien.
Son ame, son esprit, son cœur, tout m’appartient…
Il me coûte assez cher ! Que sont les droits d’un père,
Près des soins, des travaux, des douleurs d’une mère ?
Mon fils est mon trésor, mon cher fils est mon bien.
Dans les bras de sa mère il est inviolable.
Oui ! pour nous désunir il faut nous déchirer ;

Et le ciel qui m’entend, n’oseroit séparer
Ce que l’Amour et Dieu rendent inséparable.

Guillaume.

Monsieur, défiez-vous des pleurs
Et des soupirs. Vous savez qu’une femme
N’use de ces moyens que faute de meilleurs.
(à Thérèse.)
La nature a prescrit votre empire, Madame.
De votre fils si vous avez pris soin,
Dans les jours périlleux de sa première enfance,
C’est de moi qu’il aura besoin
Dans les jours orageux de son adolescence.
Il vous doit jusqu’ici la vie et la santé ;
Mais ce courage et cette fermeté,
Cette vigueur de caractère,
Ces talens, ces vertus qui seules peuvent faire
Les hommes et les citoyens,
Un fils ne peut jamais les devoir qu’à son père.
Mon fils est un enfant dans les bras de sa mère.
Pour être un homme, il faut qu’il passe dans les miens.
(avec ame).
Eh ! d’ailleurs, de quel droit une épouse volage,
En exilant le bonheur de ces lieux,
Prétend-elle encore à mes yeux
Enlever jusqu’à son image !
Prenez un autre époux et faites son bonheur.
Allez lui prodiguer vos faveurs et vos charmes.
Otez-moi tous mes biens en m’ôtant votre cœur ;
Mais laissez-moi mon fils pour essuyer mes larmes !

Thérèse, émue.

Vos larmes ?

Guillaume.

De ces larmes délicieuses
Que nous versions ensemble !

Thérèse, à part.

Hélas !
Quels regrets !

Guillaume, à part.

Quels tourmens !

le Juge, à part, en les considérant.

Ah ! qu’il faut de combats
Pour séparer deux âmes vertueuses !
(haut)Mes amis, je vais prononcer…
Vous tremblez ?

Guillaume, tremblant.

Ce n’est rien.

Thérèse, de même.

Cela va se passer.
Parlez.

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