‹ Le Droit à la vie et le minimum de salaireChapitre 2 sur 5 · Conclusions du Rapport présenté au 6 Congrès de la « National Women’s Trade Union League of America » Kansas-City, 4 juin 1917

Conclusions du Rapport présenté au 6 Congrès de la « National Women’s Trade Union League of America » Kansas-City, 4 juin 1917

L’étude de l’Histoire des Doctrines établies par les écoles chrétienne, socialiste, utilitariste, sur le minimum de salaire, montre combien l’idée est ancienne et se base sur un indéfectible idéal de justice.

Elle montre aussi comment, malgré de profondes divergences de tendances, ces trois écoles se trouvent unanimes pour reconnaître au travailleur :

Le droit à la vie, qui a pour contre-partie :

Le devoir de fournir au travailleur, en compensation de son effort, ce qui est nécessaire à l’entretien de son existence.

Elle nous permet aussi de voir, à travers le temps, la notion du nécessaire se modifier, s’élargir…

Le nécessaire a cessé d’être ce qui est strictement indispensable à la conservation de la vie physique.

Les besoins moraux, intellectuels, ont pris, peu à peu, une place qui est destinée à grandir encore en proportion du développement de la civilisation.

« L’homme ne vit pas seulement de pain… »

D’autre part, l’étude des faits prouve, irréfutablement, les progrès accomplis et la rapidité croissante avec laquelle ils se réalisent.

Enfin, l’examen critique des objections et, plus encore, les enseignements des expériences faites — dont quelques-unes sont déjà assez anciennes pour que les résultats acquis aient leur pleine valeur de démonstration, — peuvent nous convaincre de la fragilité et du caractère artificiel de ces objections.

Par contre, nous avons constaté :

1 Que le minimum de salaire, en même temps qu’il améliore les conditions de la vie du travailleur protège l’employeur consciencieux contre une concurrence déloyale ;

2 Qu’il augmente la production en quantité et qualité ;

A. En mettant le producteur dans de meilleures conditions physiques, morales et intellectuelles ;

B. En établissant la concurrence entre travailleurs, non pas sur le salaire, mais sur la qualité du travail, et celle entre patrons, non plus sur les salaires de famine, mais sur le perfectionnement des moyens de production ;

3 Qu’il est propre à assurer plus de stabilité dans les rapports d’employeurs à employés et, par là même, une sécurité qui n’est pas moins désirable pour le patron que pour l’ouvrier ;

4° Que, pour ces raisons, et pour bien d’autres encore, il est aussi profitable pour la collectivité que pour l’individu.

Les faits dominent ici les théories.

Comment continuer à affirmer que le minimum de salaire n’est pas réalisable puisqu’il est réalisé, sur une vaste échelle même ?

Comment soutenir qu’il est contraire à l’intérêt économique quand on peut vérifier son heureuse influence sur la production et quand on voit, en même temps, sur des points multiples du globe, dans des pays différents, comme situation géographique, comme régime intérieur, etc., États, employeurs et employés tomber d’accord pour étendre le système, après expérience ?

Comment prétendre qu’il est en opposition avec l’intérêt social quand on constate que, partout où il est appliqué, les salaires se sont élevés et « l’efficiency » du travailleur s’est accrue à mesure que s’améliorait son état physique, moral et intellectuel.

L’évolution vers le minimum de salaire suit une courbe accidentée mais, dans son ensemble, ascendante.

Il nous semble que l’heure actuelle, heure de bouleversement mondial, doit être propice aux révolutions… contre les préjugés traditionalistes.

Beaucoup d’antiques erreurs érigées en dogmes ont déjà été ruinées.

Les économistes libéraux auraient-ils seuls conservé le privilège de l’infaillibilité ?

Le vieux monde est ébranlé, ses anciennes bases craquent de toutes parts ; le temps de la réédification viendra bientôt ; pour se préparer à la tâche immense, il faut s’efforcer d’oublier les formules surannées.

Il ne s’agit pas, certes, de rejeter systématiquement tout ce qui tient au passé, mais simplement d’aborder avec un esprit dégagé de toute routine, de toute idée préconçue, les nouveaux problèmes qui vont surgir, afin d’y apporter des solutions appropriées.

Quant à nous, nous avons un idéal bien défini : Nous souhaitons plus de justice dans le travail, plus d’humanité dans les rapports sociaux.

Nous avons un but immédiat très précis : Nous voulons que le minimum de salaire soit enfin donné en garantie contre l’exploitation illimitée des travailleurs.

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